Abstracts
Résumé
Les principales prières associées au culte marial et aux Heures de la Vierge (Ave, Magnificat, Nunc dimittis) entretiennent des liens importants avec la narration dans la mesure où elles sont toutes extraites du récit évangélique. La narration lucanienne préparait l’émergence d’une parole appelée à supplanter la diégèse : en termes quantitatifs, par l’importance qu’elle donne au discours rapporté ; en termes qualitatifs, par les différents types de discours qu’elle introduit (bénédiction, louange, salutation). Les traductions, latines d’abord, puis vernaculaires dès le xiie siècle, renforcent cette attention portée à des discours qui sont entretemps devenus prières. Les éléments qui se trouvaient dans le texte grec (relations verbales de temps et de personne permettant de séparer le discours de l’histoire, lexique qualifiant les différentes modalités des paroles rapportées) ont été consolidés et déployés grâce aux processus de traduction et de commentaires. La brèche ainsi ouverte a été l’occasion de forger de nouveaux récits qui ont pris de plus en plus de distance avec la liturgie officielle, jusqu’à créer de véritables petits romans qui finissent par assumer leur part de fiction.
Abstract
The principal prayers associated with Marian devotion and the Hours of the Virgin (Ave, Magnificat, Nunc dimittis) maintain important ties to narrative, insofar as all are drawn from the Gospel account. The Lukan narrative prepared the emergence of a discourse destined to supplant the diegesis: quantitatively, through the emphasis it places on reported speech; qualitatively, through the various forms of utterance it introduces (blessing, praise, salutation). The translations—first into Latin, then into the vernacular from the 12th century onward—reinforce this focus on utterances that, in the meantime, have become prayers. Elements present in the Greek text (verbal markers of tense and person that distinguish speech from narrative, and lexical features that characterize the different modes of reported discourse) were consolidated and expanded through the processes of translation and commentary. The breach thus opened created an opportunity to forge new narratives that increasingly distanced themselves from official liturgy, eventually giving rise to genuine short narratives that came to embrace their share of fiction.
