Abstracts
Résumé
Cet article s’intéresse aux premiers poèmes abécédaires en français composés aux xiiie et xive siècles. Ces sept textes, la plupart sous la forme de prières à Marie en rimes équivoquées, cumulent les contraintes sémantiques et formelles : il s’agit de débuter chaque strophe par une lettre selon l’ordre de l’alphabet et de trouver pour elle un énoncé signifiant dans le cadre de la louange. La prière se déroule ainsi horizontalement au fil des vers, tandis que, verticalement, l’ABC se déploie en acrostiche. Ce corpus, héritier de la production lettriste médiolatine et précurseur de la Seconde Rhétorique, oscille entre la perpétuation de la tradition et l’innovation mue par les ressources inédites de la langue d’oïl. À ce titre, et c’est l’hypothèse de l’article, il forme l’un des creusets dans lesquels s’élabore la poésie en français. Son instabilité foncière, rendue sensible par le style poétique, notamment par la virtuosité des équivoques, exprime la quête par laquelle le langage, humain et faillible, s’élève vers le ciel.
Abstract
This article examines the earliest abecedarian poems composed in French in the 13th and 14th centuries. These seven texts—mostly in the form of prayers to Mary written in equivocal rhymes—accumulate both semantic and formal constraints: each stanza must begin with a letter in alphabetical order and produce a meaningful utterance within the framework of praise. The prayer thus unfolds horizontally across the lines of verse, while vertically, the alphabet appears as an acrostic. This corpus, heir to medieval Latin lettrist production and precursor to the Seconde Rhétorique, oscillates between the perpetuation of tradition and innovation driven by the previously unknown resources of the langue d’oïl. In this respect—and this is the article’s hypothesis—it constitutes one of the crucibles in which French poetry is forged. Its fundamental instability, made perceptible by its poetic style, notably by the virtuosity of its equivocations, expresses the quest by which human, fallible language rises toward the heavens.
