Avec les années, les recherches portant sur les femmes ont pris de l’ampleur dans le champ de la criminologie, et ce, bien qu’elles occupent une place encore minoritaire au sein des institutions de justice pénale. Un consensus fort s’organise maintenant autour de l’idée que la réalité des femmes judiciarisées est foncièrement différente de celles des hommes (Bloom et al., 2003). Non seulement les raisons à la base de leur délinquance et de leur judiciarisation sont différentes (Couvrette et Leclerc, 2021), mais leur expérience du processus judiciaire, de la prison et des peines dans la communauté diverge également (Krusttschnitt et al. 2000 ; May et Wood, 2010). Malgré la reconnaissance de cette différence et l’importance de mener des études distinctes sur ces populations, les recherches sur les femmes judiciarisées sont encore trop peu nombreuses, parfois restreintes par des cadres d’analyse masculins. Bien que ces recherches soient nécessaires et utiles, les connaissances sur leurs profils, mais surtout sur la complexité de leur réalité, demeurent plus limitées. Un grand constat qu’il est néanmoins possible de faire suite aux recherches menées auprès des femmes réside dans la spécificité de leur vécu. Ainsi, la réalité des femmes judiciarisées est distincte de celles de leurs homologues masculins, et ce, à bien des égards. Plusieurs facteurs de vulnérabilité (ou besoins), largement documentés, permettent de comprendre l’hétérogénéité des trajectoires des femmes (Kruttschnitt et al., 2019). Le trauma et les épisodes de victimisation sont sans doute les éléments qu’il est impossible de passer sous silence. La majorité des femmes judiciarisées ont rapporté avoir vécu des événements traumatiques, tels que des abus sexuels, psychologiques ou physiques, ou encore de la négligence durant l’enfance (Bureau de l’enquêteur correctionnel [BEC], 2015 ; Jones et al., 2019 ; Chesney-Lind et Pasko, 2013 ; Dehart, 2018 ; Salisbury et Van Voorhis, 2009). De plus, il importe de souligner la polyvictimisation (soit le fait d’avoir subi différents types de violence) de ces femmes et les épisodes de victimisation qu’elles ont connus, à l’enfance et à l’adolescence, qu’elles continuent de subir à l’âge adulte, et qui ont de graves conséquences sur leur vie (Karlsson et Zielinski, 2020 ; Radatz et Wright, 2017). Les problèmes de santé mentale figurent également comme un facteur de vulnérabilité important. Il est estimé que près de 75 % des femmes américaines incarcérées présenteraient des problèmes de santé mentale (James et Glaze, 2006), dont les plus courants seraient l’anxiété et la dépression. Le portrait de santé physique fait état de conditions chroniques, de problèmes de tabagisme et d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (Courtemanche et al., 2016 ; Giroux et Frigon, 2011 ; Nolan et Stewart, 2017). La consommation de substances psychoactives (SPA) fait également partie de la réalité de nombreuses femmes judiciarisées et leur usage serait plus préoccupant en termes de précocité, de fréquence et de sévérité de la dépendance que celle des hommes (Giroux et Frigon, 2011 ; Leverentz, 2006 ; Plourde et al., 2007 ; Stone, 2020). Plusieurs femmes judiciarisées se retrouvent dans une position particulièrement défavorisée sur le plan économique. La recherche indique qu’elles sont prises dans des cycles de précarité importants, dus à une faible scolarisation, ou au peu d’expériences de travail ou de qualifications professionnelles, et vivent de l’instabilité liée à l’emploi (Augsburger et al., 2022 ; Chéné et Chouinard, 2018 ; Fourouzan et al. 2012). Enfin, les difficultés relationnelles font également partie des facteurs de vulnérabilité conséquents trouvés dans la littérature. Les relations conjugales de ces femmes sont fréquemment décrites par des dynamiques de violences, parfois réciproques, par la consommation de SPA et par la criminalité du conjoint (Couvrette et Turpin, 2025 ; Leverentz, …
Appendices
Références
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