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Fausto Carlos, 2024, Le jaguar apprivoisé. Essais dethnologie amazonienne, présentation et traduction d’Emmanuel de Vienne. Toulouse, Presses universitaires du Midi, coll. « Les Anthropologiques », 309 p.[Record]

  • Daniel A. Restrepo Hernández

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  • Daniel A. Restrepo Hernández
    École d’études sociologiques et anthropologiques, Université d’Ottawa, Ottawa (Ontario), Canada

Si l’on ouvre le livre de Carlos Fausto, Le jaguar apprivoisé. Essais d’ethnologie amazonienne, et qu’on lui consacre une lecture minutieuse, on ne sera guère étonné d’y saisir la force de frappe et le caractère foisonnant et complexe de la mosaïque thématique d’un monde amazonien dans toute sa richesse ethnographique. Les grands débats anthropologiques propres au grand bassin tropical y font figure : la question de la prédation en lien avec le chamanisme, la nature des rapports humains-animaux, les schémas relationnels de la chasse et de la maîtrise, le statut du cannibalisme dans l’histoire, les équivoques qui surgissent entre cultures, la ritualité protéiforme des peuples à la suite des contacts avec la colonialité, entre autres. Par-delà cet éventail thématique — l’ouvrage est d’ailleurs composé de six articles isolés divisés en deux parties, traduits en français par Emmanuel de Vienne —, l’intérêt de ce livre réside tout d’abord dans la focale portée sur ces sujets : l’auteur brasse et adopte des approches diverses tout en demeurant fidèle, tout à la fois, à une exploration théorique poussée, à un travail comparatif et à des terrains ethnographiques de longue haleine auprès des Parakanã et des Kuikuro du Haut Xingu. Il en résulte une contribution cherchant à dépasser les contradictions entre structure et évènement singulier, entre déterminisme structuraliste et singularité historique. Outre l’exploration des compatibilités entre approches et visions du monde faisant émerger dans les paradoxes et la complexité des rapports entre semblables et distincts ce qui perdure comme sous-bassement relationnel, l’auteur se fraye un passage dans le noyau des principaux débats de l’ethnologie classique de l’Amazonie brésilienne. L’un des apports les plus féconds (et les plus élaborés d’ailleurs) chez Carlos Fausto est l’approche à l’égard de la question de la prédation : dans la première partie du livre, celle-ci est mise en rapport avec des modes d’incorporation reliés à la filiation adoptive et à la reproduction sociale. Dans ce sens-là, la prédation (apparentée à la chasse et la guerre) n’est pas uniquement subjectivante — incorporant des identités et des qualités des proies servant à la constitution des personnes et des chamanes —, elle est tout aussi « familiarisante », reliée à l’élargissement et à la production de la parenté. De ce fait, toute entité doit être familiarisée ou rapportée à une structure de parenté afin de bien pouvoir la consommer ou la battre, quitte à affronter (pour le chaman, le chasseur ou le guerrier) des dangers reliés à la maladie, la vengeance spirituelle ou la mort. Ainsi, ceci donne forme au fond cosmique à la « théorie de la maîtrise », où cannibalisme et anthropophagie ne renvoient plus à une même idée, tout comme la consommation du cru et du cuit comporte un traitement ontologique bien différent. En conséquence, cet abordage inscrit directement l’auteur dans les principaux débats de l’anthropologie amazonienne, jalonnée entre autres par les travaux de Claude Lévi-Strauss, Eduardo Viveiros de Castro et Philippe Descola. Le domaine se voit certes enrichi d’une voix théorique proprement brésilienne, déjà quasi incontournable à l’heure de concevoir ce qui fait cuisson sous les frondes d’une anthropologie sud-américaine qui évolue tout en reprenant ses propres contagions, entrecroisements et versants historiques. Dans la deuxième partie du livre, il y a un élargissement du spectre thématique, d’après l’auteur lui-même. La théorie ne se confine plus à l’illusion d’une Amazonie historique cristallisée en elle-même, il est plutôt question de trois études de changement dans les suites des contacts inter-ethniques et d’une colonisation surplombante toujours inédite dans ses variations. Trois études de cas le confirment : il est question de demandes d’exhumation pour la résurrection des morts, de dieux-jaguars …

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