Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Comptes rendusBook ReviewsReseñas

Adell Nicolas, Laurence Charlier Zeineddine et Ludovic Coupaye (dir.), 2024, Suivre les pierres. Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « Techniques & Culture », numéro 79, 194 p.[Record]

  • Victoria Poirier

…more information

  • Victoria Poirier
    Département d’anthropologie, Université Laval, Québec (Québec), Canada

Lorsqu’il est question de pierres, l’idée d’une analyse sociale semble souvent limitée. En anthropologie, l’angle de recherche privilégié pour explorer la rencontre entre les êtres humains et le matériau lithique se situe principalement au sein de l’anthropologie religieuse et rituelle, de l’anthropologie économique, ou de l’anthropologie des techniques et du patrimoine. Ainsi, ce sont les pierres « déplacées, transformées, travaillées, modifiées, gravées, sculptées, taillées et inscrites dans des dispositifs techniques et dans des ensembles cérémoniels complexes » (p. 13) qui ont traditionnellement suscité l’intérêt des chercheurs en sciences sociales. À l’opposé de ces approches conventionnelles, ce numéro de la revue Techniques & Culture se consacre à l’analyse des pierres laissées pour compte, lesquelles n’ont pas été manipulées par les humains et sont communément relevées par les sciences naturelles. Sous la direction des anthropologues Nicolas Adell, Laurence Charlier Zeineddine et Ludovic Coupaye, ce renversement de perspective ouvre un champ d’analyse novateur, répondant à un courant épistémologique invitant à considérer ces minéraux dans leur état brut et à explorer les significations et les interactions qui peuvent en découler. Ce numéro vise donc à élargir les contextes exprimant les relations entre cailloux, pierres et autres éléments, en examinant les formes et les possibilités de ces agirs. Ce recueil de douze articles, tantôt artistiques, tantôt intimes et sensoriels, traite le monde lithique selon une perspective « à hauteur de pierre » (p. 15), qui tend à transcender l’anthropocentrisme pesant sur l’anticipation des relations des êtres humains avec les pierres et les rochers. Bien que cette approche puisse susciter une certaine appréhension, il ne s’agit pas d’entreprendre des ethnographies minérales s’affranchissant des êtres humains. Au contraire, les auteurs mettent en valeur les perspectives de divers agents culturels qui confèrent aux pierres une intentionnalité et des qualités distinctes, indépendamment de leurs relations avec les humains. Ces qualités peuvent être déterminées par la manière dont les pierres existent et par leurs intrications avec des éléments naturels tels que la lumière, le vent, l’eau et la végétation. Ces initiatives révèlent la richesse des interactions lithiques, souvent perçues comme marquées par une asymétrie considérable. L’ouvrage fait ainsi face à un enjeu de taille : ajuster le rapport de force entre un rocher et un être humain, sans viser une symétrie systématique. Les thématiques abordées dans ce numéro se concentrent sur les écosystèmes relationnels, les régimes d’apparition et les modes de présence des pierres — qu’il s’agisse de leurs taxinomies et usages langagiers, de leurs mobilités et manifestations — ainsi que sur leurs qualités intrinsèques, leurs temporalités débridées, et les frontières du vivant. Les auteurs interrogent les fondements et la nature des relations qui se tissent, soulignant que les modèles d’interactions humaines ne déterminent pas nécessairement celles avec les pierres. Cette perspective ouvre un champ d’exploration inusité sur la manière dont les pierres contribuent à façonner l’histoire. Suivre les pierres cherche à engager une réflexion sur les qualités lithiques révélées par ces interactions, tout en prenant ses distances vis-à-vis des concepts d’« affordance » et de « qualisigne » (p. 22), dont les limites sont également mises en lumière. L’ouvrage propose des réflexions stimulantes sur les paradoxes minéraux et leurs changements d’échelle, explorant la pluralité des temporalités « à hauteur de pierre », où les temps se superposent et s’entrelacent — des profondeurs minérales aux temporalités humaines, en contraste avec les approches privilégiées par les géologues. Ces collisions temporelles se manifestent par des caractéristiques de permanence et de résistance du monde géologique, mais aussi par des points de rupture permettant une lecture du paysage, du temps et du sens. Ce télescopage confère parfois aux pierres des propriétés apparemment contradictoires : …

Padlock

Access to this article is restricted to subscribing institutions and individuals; only the abstract or an excerpt is displayed.

Please view our access options for more information.

Access options