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Pruvost Geneviève, 2024, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte. Paris, La Découverte, 504 p.[Record]

  • Rosalie Rainville

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  • Rosalie Rainville
    Département des sciences humaines et sociales, Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi (Québec), Canada

Dans La subsistance au quotidien, la sociologue Geneviève Pruvost présente le mode de vie alternatif en circuit court d’une jeune famille de paysans-boulangers installée en habitat léger (à faible emprise sur le sol) sur des parcelles d’environ dix hectares de friches et de bois, achetées au fur et à mesure, sans emprunt, pour y réaliser principalement des activités vivrières sans visée commerciale. L’auteure emprunte une approche théorique et méthodologique qui renouvelle les perspectives écoféministes. Elle propose ainsi de « conter ce qui compte », pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage, soit de mettre en lumière, à l’échelle d’une maisonnée, toutes les activités quotidiennes et d’intendance que requiert cette manière de vivre et d’habiter singulière en prise directe avec un milieu de vie, qui, à l’encontre du mode de vie consumériste basé sur la délivrance, nécessite d’assurer au quotidien sa propre subsistance. Le mode d’installation et « le métier de vivre autrement » (p. 347) deviennent ainsi des formes de résistance par la subsistance. Des « luttes feutrées » (p. 465) qui, comme l’explique l’auteure, n’en sont pas moins écologiquement et politiquement radicales. À partir d’une riche enquête ethnographique réalisée entre 2010 et 2020, la chercheuse nous transporte à Valondes (nom fictif), un territoire rural situé en France, et plus particulièrement dans la yourte de Florian, Myriam et leur fille, Lola. Le réseau alternatif de Valondes s’est constitué au début des années 2000 autour d’une vingtaine de jeunes et de leurs projets de « Champ collectif » et de « Pain sauvage » (p. 39). En gravitant autour de cette grappe alternative de relations, Myriam et Florian constituent pour ainsi dire la deuxième vague d’alternatifs s’installant dans cette campagne où se côtoient différents mondes agricoles (« des alternatifs aux gros éleveurs et céréaliers » [p. 160]). Le couple revendique la mise en marche d’une activité vivrière qui n’impose « pas d’obligation de rentabilité » (p. 87). À la clairière, ils sont à même d’expérimenter un mode de vie autonome en eau, en électricité et en nourriture, « l’aventure radicale de vivre en yourte, de faire du pain au feu de bois et la traite à la main » (p. 91). Pour eux, la liberté s’ancre dans la subsistance, ce qui nécessite une grande polyvalence dans le travail. Ils ne possèdent ni chauffe-eau ni douche, n’ont que des toilettes sèches extérieures, pas de lave-vaisselle ni de lave-linge, pas de congélateur ni de réfrigérateur. Le couple fait ainsi le pari qu’il est possible de « vivre bien » d’une installation paysanne atypique au regard d’une installation agro-industrielle conventionnelle. L’auteure arrive de manière exemplaire à nous faire saisir toute l’importance de ce mode d’attention paysan (p. 235) nécessaire aux écologies de la subsistance qui, en premier lieu, « consiste à ne pas séparer le travail de subsistance du bel ouvrage » (p. 349). Geneviève Pruvost analyse ces valeurs et modes de vie anticapitalistes, paysans, écologiques et « touche à tout », non pas comme des formes de déclassement social, mais comme des formes de déplacement social, du côté d’un engagement au monde alternatif et d’une « écologie politique en zone rurale » (p. 362). L’auteure donne à voir une nébuleuse d’alternatives, qui, « dans une perspective de relocalisation radicale » (p. 393), engagent des bifurcations qui renouent avec des gestes élémentaires et politisent le moindre geste. Pour entretenir ce rapport vivrier à la nature, le couple cumule les compétences techniques, mais entretient aussi des logiques d’interdépendance et sollicite tout un réseau d’entraide avec des humains, des animaux et des plantes. Tout l’enjeu est de favoriser et de multiplier les liens avec d’autres personnes du …

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