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Peneque Pietra (dir.), 2022, Anthropologie de la parenté. Le débat des avatars. Nanterre, Société d’ethnologie, coll. « Recherches thématiques », 291 p.[Record]

  • Antoine Rignault

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  • Antoine Rignault
    Département d’anthropologie, Université de Montréal, Montréal (Québec), Canada

Le nom de l’autrice de cet ouvrage aura tôt fait d’intriguer le lecteur rompu à l’anthropologie de la parenté et n’ayant jamais lu tel nom auparavant. Il faut dire que derrière l’anagramme Pietra Peneque se cachent en réalité 26 anthropologues de l’équipe parenté du Laboratoire d’anthropologie sociale, répartis en 8 groupes de travail qui animent — de manière anonyme — autant d’« avatars » correspondant chacun à une perspective théorique développée dans ce livre. Ainsi s’affirme une première ambition de l’ouvrage : renouveler la forme du débat en anthropologie, en le libérant « des enjeux personnels, institutionnels et militants communément attachés aux noms propres » (p. 29) qui engendrent une variété de biais, et qui constitueraient autant d’obstacles à la confrontation pure des idées. La seconde ambition est évidemment de remettre la lumière sur ce champ de l’anthropologie, qui connaît un déclin cruel dans l’intérêt que lui portent les anthropologues depuis la fin de l’âge d’or structuraliste. L’ouvrage entend montrer que l’anthropologie de la parenté est bien vivante, et foisonne même d’un point de vue théorique. La structure du livre ne rend pas exactement compte de sa gestation. Celle-ci débute dans le cadre d’un atelier en 2016, avec huit courtes motions présentées par chaque avatar et reproduites à la fin de l’ouvrage, qui répondent à la question centrale du débat qui est ici proposé : peut-on penser la parenté sans faire référence à la procréation ? Quelques discussions anonymes et lettres échangées plus tard, les avatars accouchent de contributions finales, qui constituent le coeur de l’ouvrage ; à ce titre, on pourra même suggérer au lecteur de commencer cette lecture par la fin, pour mieux comprendre le cheminement qui a mené les avatars à leur contribution finale. Afin de dépasser l’ambiguïté entourant la notion de procréation, chaque avatar trouve, au fil de l’ouvrage, son point d’entrée spécifique dans le débat, modifiant même les termes de la question initiale. Aucun d’entre eux en tout cas n’y répond de manière tranchée, les contributions se situant toutes entre la disjonction totale et la superposition parfaite, en faisant correspondre à ces deux propositions deux bornes théoriques, souvent érigées en figures d’épouvantail, et qui constituent en fait les deux sources principales de renouvellement du champ de la parenté dans les dernières décennies. La première borne, parfois désignée comme « culturaliste » et « postmoderne », est évidemment incarnée par l’ouvrage de David Schneider (1984), qui a durablement marqué l’histoire du champ. L’auteur y remet en cause son autonomie et sa légitimité en tant que telles, en arguant de l’ethnocentrisme des anthropologues qui auraient, en projetant leur modèle procréatif et « victorien » de la parenté sur la réalité sociale des groupes humains du monde entier, imposé des catégories qui ne reflètent en rien les conceptualisations émiques. L’anthropologie de la parenté qui se fait dans le sillage de Schneider — avec les New Kinship Studies — entend faire table rase du passé du champ, en promouvant notamment la notion de relatedness (Carsten 2000) pour remplacer celle de lien de parenté, en ne présumant pas du contenu de ce lien. Cette notion est, dans l’ouvrage, peu ou pas utilisée, car plus ou moins tous les avatars se mettent d’accord sur le type de relationnalité singulière et hétérogène que constitue la parenté : « Une relationnalité transmise, dont la structure distinctive reflète la forme spécifique de cette transmission, à la fois asymétrique (d’une génération à l’autre) et différenciée (par la voie du genre) » (p. 24). La deuxième borne est ainsi la borne « biologisante », associée à la sociobiologie et au thème de la sélection …

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