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Buu-Sao Doris, 2023, Le capitalisme au village. Pétrole, État et luttes environnementales en Amazonie. Paris, CNRS Éditions, 320 p.[Record]

  • Marine Bobin

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  • Marine Bobin
    Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, Guyancourt, France

Dans ce premier ouvrage, issu de sa thèse de doctorat en sciences politiques, Doris Buu-Sao nous propose une étude originale sur le rapport entre les industries pétrolières et les populations autochtones dans le nord du Pérou. Cette recherche est le résultat d’une enquête ethnographique au long cours menée entre 2012 et 2014 dans les environs du village d’Andoas, sur les rives du fleuve Pastaza, au sein de l’Amazonie péruvienne et à la frontière avec l’Équateur. Il s’agit d’un ouvrage important du fait de l’approche nuancée qu’il propose des problématiques extractivistes. A contrario d’une vision qui opposerait simplement politiques extractivistes et peuples autochtones, Buu-Sao s’intéresse aux ambivalences des postures de ces derniers et à la manière dont les habitants s’approprient autant qu’ils contestent ce système extractiviste. Elle y décrit ainsi finement les « frictions de l’extractivisme » (p. 15) et les différents rapports quotidiens qu’entretiennent les populations locales avec l’industrie pétrolière. Buu-Sao propose de prêter attention à la manière dont les populations locales s’approprient l’ordre capitaliste et, en s’inspirant du géographe marxiste David Harvey, de parler de « capitalisme par appropriation » (p. 17) pour appréhender la manière dont les industries extractives se sont implantées dans l’Amazonie péruvienne. L’autrice ne place pas son ouvrage dans la lignée des recherches en anthropologie de l’Amazonie. Si elle s’y reporte ponctuellement, cette littérature est mobilisée à la marge, affirmant son ancrage disciplinaire dans les sciences politiques. Néanmoins, sa méthode comme le regard qu’elle porte sont indéniablement ethnographiques. Les vignettes présentes tout au long de l’ouvrage sont à cet égard d’une grande richesse, rendant le propos vivant et permettant de mieux percevoir la complexité des interactions entre acteurs. C’est en effet par le bas, depuis l’observation des pratiques et le quotidien des communautés autochtones, que Buu-Sao a décidé de placer sa focale. D’une grande rigueur méthodologique, l’autrice situe toujours ses interlocuteurs, s’attachant à transmettre de manière détaillée et claire (comme dans le tableau, p. 68-69, ou dans l’annexe, p. 303) leur trajectoire comme leur catégorie socio-professionnelle. Dans le premier chapitre, l’autrice s’intéresse, dans le temps long de l’histoire de l’Amazonie, à la manière dont l’exploitation des ressources naturelles a contribué au contrôle et au gouvernement de ce territoire, permettant de poser le cadre des évènements actuels. Pour saisir les enjeux de ce capitalisme par appropriation, différentes échelles vont ensuite être mobilisées tout au long des onze chapitres qui structurent l’ouvrage. Au niveau étatique, l’autrice va porter une attention toute particulière à l’action publique qui soutient les industries pétrolières. À un niveau plus local, elle s’intéressera, et c’est là la grande force de son ouvrage, comme évoqué plus haut, à l’ordinaire de la cohabitation de ces industries avec les habitants, notamment à travers le développement des entreprises communales, sous-traitantes de cette industrie pétrolière (chapitres 2 et 3). Dès lors, l’autrice montre bien comment ces entreprises communales constituent « une instance de socialisation qui favorise la diffusion de la rationalité capitaliste dans l’espace quotidien des villages » (p. 87). Si les habitants cherchent à obtenir des réparations pour les dommages écologiques causés par l’industrie fossile, ils réclament dans le même temps, dans une logique compensatoire, l’accès à un emploi salarié durable au sein même de cette industrie. Enfin, l’étude des mobilisations autochtones face à l’extractivisme et leurs réponses (dans différents registres et de différente intensité, de la répression la plus sanglante aux processus de consultation se voulant les plus pacifiés) permettent de saisir la manière dont l’État et le capitalisme impriment leur marque et se déploient dans ces territoires. À ce titre, le regard de politiste de l’autrice s’avère particulièrement précieux pour décrire les différentes pratiques de …

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