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Introduction[Record]

  • Nicolas Hebbinckuys

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  • Nicolas Hebbinckuys
    Université de Waterloo

À l’heure de la mondialisation, dans une période marquée par une crise climatique inquiétante et de profondes reconfigurations géopolitiques, la notion de mobilité s’impose comme l’un des grands enjeux de notre époque. Dans une société en tension traversée par des conflits armés et des migrations contraintes, la circulation des personnes, des marchandises et des idées – fragilisée par la reconfiguration des frontières et la prolifération des fake news –, ne constitue qu’une facette d’un épiphénomène beaucoup plus global. Aussi n’est-il guère surprenant de constater que la littérature contemporaine d’expression française ait produit plusieurs études collectives sur cette thématique en l’abordant notamment par le prisme de l’exil ou de l’exode. La mobilité, quelle que soit sa nature, occupe inévitablement l’espace public : elle alimente le débat politique, ouvre ou fracture le dialogue social, interroge les institutions culturelles et il semble presque naturel de l’associer à la notion de modernité. Pourtant, de nombreuses manifestations liées au déplacement des individus (qu’il soit forcé ou volontaire), à la circulation des textes et des oeuvres d’art, traversent les corpus littéraires depuis longtemps, notamment dans le cadre de la première modernité. Dans le sillage de la Renaissance – espace emblématique, s’il en est, de l’effervescence du mouvement (qu’il soit intellectuel, artistique ou culturel) –, la notion de mobilité revêt une dimension polymorphe, révélatrice des profonds changements que connaît alors la société occidentale à l’heure de l’humanisme. Expéditions lointaines, transferts de savoirs, échanges culturels, mouvements artistiques en ébullition, ce ne sont là que quelques-unes des déclinaisons possibles de la mouvance des êtres, des choses et des conceptions… Dérivé du verbe « movere », qui signifie « (se) déplacer », le terme « mouvement » désigne avant tout un « changement de position », matérialisant ainsi le « passage d’un lieu à un autre » (Académie). Ce déplacement qui s’inscrit dans le monde physique l’est également « dans le domaine des idées [et] des convictions » (idem). Le terme s’emploie aussi bien au sens propre qu’au sens figuré, mais également par métonymie – l’objet (inerte ou animé) renvoyant alors aux mécanismes complexes produisant l’effet du mouvement (la roue, le compas, l’horloge) – ou encore par analogie : on parle alors de mouvements naturels (marées, cycles, révolutions célestes), de mouvements artistiques, de mouvements idéologiques, etc. Par extension, le mouvement désigne donc une évolution, voire une révolution, qu’elle soit d’ordre social, moral, politique ou religieux. Dès la fin du xviie siècle, Antoine Furetière saisit parfaitement toute la complexité d’un substantif qu’il tente de définir dans son Dictionnaire universel. S’apparentant au « transport d’un corps en un autre lieu », le mouvement incarne d’abord un « changement de place » (1690 : entrée 1). Mais le lexicographe convoque rapidement d’autres autorités pour circonscrire les sens, et l’essence, de cette notion : Descartes, qui « n’a supposé [considéré] que la quantité et le mouvement pour expliquer toute la nature » ; les « Astronomes », désormais « persuadés du mouvement de la terre d’Occident en Orient » ; ou encore Galilée, dont les travaux sur la vitesse et la résistance des corps ont donné naissance à ce que Furetière appelle la « Science nouvelle du mouvement » (1690 : entrée 3). Cherchant à sortir d’une impossible aporie, Furetière en cerne les limites par des contre-exemples, rappelant que le mouvement « se dit aussi de ce principe de chaleur qui conserve la vie dans tous les corps animés » (1690 : entrée 2). Dans un syllogisme imparable, la mort constitue donc la preuve absolue de l’absence de circulation : le coeur, à l’arrêt, cessant d’alimenter « ce qui entretient …

Appendices