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Recensions

Origgi, G. (2024). La vérité est une question politique. Albin Michel[Notice]

  • Jérôme Gosselin-Tapp

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  • Jérôme Gosselin-Tapp Université Laval

Dans ce court essai, l’épistémologue Gloria Origgi interroge la place de l’expertise scientifique dans la délibération démocratique à l’ère de la « désinformation massive » (p. 149). S’il est clair que le paradigme de la postvérité menace nos démocraties, les pratiques épistémiques en mesure de le combattre restent toutefois encore à déterminer. La vérité est une question politique propose en ce sens une réflexion de fond sur les conditions dans lesquelles sont produites et mobilisées les connaissances, et sur les mesures à prendre pour protéger la·le citoyen·ne, face au « tsunami informationnel » qu’est notre époque (p. 148). Dans le contexte actuel, qu’Origgi décrit comme une « guerre contre la vérité » (p. 13), son livre tente ainsi de restaurer la confiance dans le discours scientifique, tout en évitant un scientisme naïf qui ignorerait les avancées majeures du 20e siècle en épistémologie et en philosophie des sciences. Les trois premiers chapitres examinent les fondements épistémologiques du modèle actuel de production de l’expertise scientifique. Dans le premier chapitre, Origgi montre en quoi « aucune vérité scientifique qui existerait “en dehors” du politique ne peut servir de toile de fond […] aux décisions politiques », bien que l’action politique dépende largement de l’expertise scientifique, de nos jours (p. 27). Le deuxième chapitre revient aux origines du « modèle aristocratique de la science » pour expliquer les tensions entre la science moderne et la démocratie (p. 35). Origgi montre, entre autres, comment l’« égalitarisme cognitif » – l’idée qu’« aucune voix n’a plus de poids qu’une autre » – au coeur des valeurs démocratiques, entre en conflit avec le rôle que prennent les expert·e·s dans les décisions publiques (p. 41). Le troisième chapitre s’intéresse à la légitimation de l’expertise et à la construction politique de la séparation entre le discours scientifique et le discours profane. S’appuyant sur les thèses de Michel Foucault, Origgi interroge aussi la distinction classique entre faits et valeurs, montrant sa portée elle-même politique. Reprenant en partie les travaux de Philip Kitcher, l’auteure appelle à l’établissement de « normes publiquement reconnaissables et partagées pour le recrutement des experts » (p. 73) et à des actions pour limiter les injustices épistémiques qui traversent les communautés d’expert·e·s. Les trois derniers chapitres abordent plus concrètement la place que devrait jouer la connaissance scientifique en démocratie. Dans son quatrième chapitre, Origgi expose son « réalisme à visage humain », inspiré de Hilary Putnam et de W. V. O. Quine (p. 103). Elle réplique au passage à certaines « naïvetés alarmantes » que mettent de l’avant les critiques – actuellement en vogue – du constructivisme et du postmodernisme (p. 106). Le cinquième chapitre trace la ligne entre la persuasion politique légitime et la propagande (laquelle doit absolument être limitée en démocratie). Origgi analyse et compare les pratiques de persuasion non rationnelles – notamment la gouvernance par les nudges – en fonction de leurs buts perlocutoires. Ce chapitre fournit des outils pour mieux classer ces pratiques et ainsi éviter de « mettre tout dans le même sac et de faire de tout acte de communication politique un délit propagandiste » (p. 140). Le sixième et dernier chapitre atterrit dans les enjeux concrets propres à l’ère de la postvérité et qui caractérisent nos sociétés hautement connectées. L’heure est, selon l’auteure, au développement d’une « pédagogie nouvelle », à même de limiter la vulnérabilité épistémique des citoyen·ne·s, en développant leur capacité à faire face à la désinformation et à la propagande (p. 148). La conclusion de l’ouvrage risque néanmoins de laisser la·le lecteur·rice sur sa faim, ce dont l’auteure semble d’ailleurs consciente : « Des solutions, en …

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