
Revue Gouvernance
Governance Review
Volume 21, numéro 2, 2024 Varia
Sommaire (4 articles)
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« Boucliers numériques » ? L’impact du télétravail sur le harcèlement et la discrimination au travail : une étude qualitative
Fatou Bèye
p. 1–20
RésuméFR :
À mesure que, partout dans le monde, les organisations adoptent le télétravail, la dynamique du harcèlement et de la discrimination sur le lieu de travail subit des changements significatifs. Cette étude examine l’influence du télétravail sur ces comportements problématiques, en se concentrant plus particulièrement sur les expériences et les perceptions des employés fédéraux canadiens. Elle étudie la manière dont le passage d’un environnement de bureau traditionnel à un environnement à distance affecte les interactions interpersonnelles et la manifestation de problèmes sur le lieu de travail. La séparation physique entre collègues dans le cadre du télétravail tend à minimiser les confrontations directes, ce qui peut réduire la fréquence du harcèlement et de la discrimination. Cependant, l’étude révèle également des défis critiques associés aux environnements de travail virtuels. L’anonymat et le détachement physique qui caractérisent la communication numérique peuvent parfois intensifier les comportements discriminatoires. En l’absence d’interactions directes, il est plus difficile d’identifier ces comportements et d’y remédier, car le support numérique peut masquer l’identité des auteurs et réduire la responsabilité généralement présente dans les espaces de travail physiques. Ainsi, si le télétravail peut présenter des avantages en réduisant certaines formes de harcèlement et de discrimination sur le lieu de travail, des politiques et des stratégies solides sont nécessaires pour contrer les défis qu’il introduit. Les résultats de l’étude indiquent que si le télétravail peut conduire à la réduction des incidents de harcèlement et de discrimination, les complexités de la communication numérique nécessitent une gestion prudente pour éviter d’exacerber ces problèmes.
EN :
As organizations around the world adopt teleworking, the dynamics of harassment and discrimination in the workplace are undergoing significant change. This study examines the influence of teleworking on these problematic behaviours, focusing on the experiences and perceptions of Canadian federal employees. It examines how the shift from a traditional office environment to a remote environment affects interpersonal interactions and the manifestation of problems in the workplace. The physical separation between colleagues in teleworking tends to minimize direct confrontations, which may reduce the frequency of harassment and discrimination. However, the study also reveals critical challenges associated with virtual work environments. The anonymity and physical detachment that characterize digital communication can sometimes intensify discriminatory behavior. In the absence of direct interaction, it is more difficult to identify and remedy such behavior, as the digital medium can mask the identity of perpetrators and reduce the accountability typically present in physical workspaces. So, while telecommuting may have benefits in reducing some forms of workplace harassment and discrimination, robust policies and strategies are needed to counter the challenges it introduces. The results of the study indicate that while teleworking can lead to a reduction in incidents of harassment and discrimination, the complexities of digital communication require careful management to avoid exacerbating these problems.
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Caractérisation de la transformation numérique de la participation citoyenne : Application aux collectivités locales tunisiennes
Aida Haouala et Anissa Ben Hassine
p. 21–50
RésuméFR :
Cet article explore les caractéristiques de la participation citoyenne électronique (PCÉ) dans les collectivités locales tunisiennes (CLT). Depuis l’adoption du code électoral de 2018, les institutions gouvernementales ont lancé nombre d’initiatives électroniques, en particulier sur les réseaux sociaux. Notre étude de cas multisites menée dans trois terrains d’investigation (cinq CLT, quatre associations de citoyens oeuvrant dans le domaine municipal et trois institutions gouvernementales d’autorité centrale) montre que la conception des initiatives de PCÉ doit prendre en compte six dimensions clés de la PCÉ : les outils digitaux, les domaines, les utilisateurs, les activités des utilisateurs, les niveaux et les facteurs contextuels qui influencent la PCÉ.
EN :
This article explores the characteristics of citizen e-participation in Tunisian local communities. Since the adoption of the Electoral Code in 2018, governments have launched numerous electronic initiatives, particularly on social media platforms. Our multi-site case study, carried out in three areas of investigation (five Tunisian local communities, four citizen associations working in the municipal field and three central government institutions), demonstrates that the design of citizen e-participation initiatives must consider six key dimensions. These include digital tools, domains, users, activities of users, levels, and contextual factors impacting citizen e-participation.
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Le transfert et la réception des instruments d’action publique dans les administrations publiques africaines : une étude de cas du budget participatif en République démocratique du Congo
Christian Mushagalusa Nkunzi
p. 51–72
RésuméFR :
Cet article se consacre à une analyse approfondie des mécanismes complexes inhérents au transfert et à la réception du budget participatif en République démocratique du Congo. Il met en exergue les facteurs critiques qui expliquent l’échec des Instruments d’action publique (IAP) promus en Afrique par des organisations internationales de développement, à l’instar de la Banque mondiale. En s’appuyant sur les théories du transfert de politiques et des IAP, cette étude dissèque les relations subtiles qui prévalent entre la Banque mondiale, le gouvernement congolais et les entités territoriales décentralisées (ETD) dans le contexte du budget participatif. La méthodologie de l’enquête repose sur une série d’entretiens menés auprès des divers acteurs impliqués dans le processus de transfert et de réception. Les résultats obtenus mettent en lumière le rôle prépondérant des consultants de la Banque mondiale qui ont orienté le budget participatif en fonction des priorités et des intérêts institutionnels de la Banque plutôt que de ceux des autorités congolaises. Malgré l’acceptation formelle du budget participatif par ces dernières, un soutien politique et financier substantiel pour une mise en oeuvre réussie n’a pas accordé. De plus, le budget participatif est déployé au sein des ETD, où les autorités nationales maintiennent un contrôle financier, et où les autorités locales ne sont pas prêtes à partager le pouvoir avec les citoyens, bloquant ainsi la redevabilité.
EN :
This article undertakes an in-depth analysis of the intricate mechanisms pertaining to the transfer and reception of the participatory budget in the Democratic Republic of Congo. It highlights critical factors that account for the inefficacy of Public Action Instruments (PAIs) advocated in Africa by international development organizations such as the World Bank. Building on policy transfer and PAI theories, this study dissects the nuanced relationships that prevail between the World Bank, the Congolese government, and the decentralized territorial entities (DTEs) in the context of the participatory budget. The research methodology includes a series of interviews conducted with a variety of stakeholders engaged in the transfer and reception process. The findings reflect the pivotal role of World Bank consultants, who steered the participatory budget in alignment with the Bank’s institutional priorities and interests, as opposed to those of the Congolese authorities. Despite the formal endorsement of the participatory budget by Congolese authorities, they did not extend substantial political and financial support for its successful implementation. Moreover, participatory budget is implemented within decentralized territorial entities where national authorities maintain financial control, and local authorities are not willing to share power with citizens, thus hindering accountability.
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Orpaillage et dynamiques socio-politiques dans la commune de Gaoua, dans le sud-ouest du Burkina Faso
Oumar Sangaré et Ramané Kaboré
p. 73–92
RésuméFR :
La présente recherche met l’accent sur l’influence de la pratique de l’orpaillage et de ses activités connexes sur les changements dans la vie sociopolitique des sociétés locales du sud du pays. En effet, depuis la libéralisation du secteur minier opérée par l’État burkinabè dans les années 1990 (Mégret, 2013) et le boum minier qui s’en est suivi, nombreux sont les jeunes qui ont acquis des moyens financiers à la faveur de l’orpaillage qu’ils convertissent en ressources politiques et sociales. L’acquisition de ces ressources a contribué à renforcer non seulement leur pouvoir d’achat, mais également leur pouvoir social et politique. Dotés de ces nouvelles ressources, les jeunes acquièrent plus de visibilité et de possibilités d’action auprès des instances de décision dans leur société. Ils occupent des postes de responsabilité dans les organisations locales de développement, les conseils communaux, etc. Tous ces bouleversements contribuent à favoriser l’émergence de jeunes big men, nouveaux détenteurs de pouvoirs politiques et économiques qui sont en train d’éclipser les anciens détenteurs du pouvoir politique local.
EN :
This research focuses on how gold washing and related activities bring changes in the socio-political life of local societies in the country’s south. Ever since the liberalization of the mining sector by the Burkinabe state in the 1990s (Mégret, 2013) and the mining boom that followed, many young people have acquired financial means through gold washing, which they convert into political and social resources. The acquisition of these resources has helped to strengthen not only their purchasing power, but also their social and political power. With these new resources, young people acquire greater visibility and opportunities for action at the decision-making level in their societies. They hold positions of responsibility in local development organizations, town councils, etc. All these disruptions give way to the rise of new, younger holders of local political and economic power (big men) who are driving out the old.