
Volume 49, numéro 2, automne 2016 Criminalité environnementale Sous la direction de Amissi Manirabona et Konstantia Koutouki
Sommaire (15 articles)
-
Erratum
-
Introduction : la criminalité environnementale
-
L’émergence et l’avenir de la criminologie environnementale
Nigel South et Rob White
p. 15–44
RésuméFR :
Cet article propose une introduction générale à la criminologie environnementale et à l’étude du crime environnemental. Il examine l’émergence de cette approche, les concepts clés, les questions empiriques et les enjeux susceptibles d’être abordés dans les futurs travaux dans ce domaine. L’article s’intéresse entre autres à l’écojustice (relative à des types spécifiques de victimisation environnementale) et à l’écocide (liée à la criminalisation du dommage environnemental). Les transgressions touchant les humains, les écosystèmes et les espèces non humaines offrent un cadre général de discussion des types spécifiques de crimes et de dommages, de la pêche illégale à la pollution contribuant au réchauffement climatique. Une analyse rétrospective et un tour d’horizon permettent de tracer les grandes lignes conceptuelles, passées et présentes, de la criminologie environnementale.
EN :
This article provides a broad introduction to green criminology and the study of environmental crime. It discusses the emergence of this approach, its key concepts and empirical concerns, and the issues likely to feature in future work in this area. Among the topics discussed are eco-justice (related to specific types of environmental victimization) and ecocide (pertaining to the criminalization of environmental harm). Transgressions against humans, eco-systems, and nonhuman animals provide an overarching framework within which to discuss specific types of crimes and harms, from illegal fishing to pollution that contributes to global warming. Retrospective analysis and environmental horizon scanning are used to describe the broad conceptual contours of green criminology, past and present.
ES :
El presente artículo propone una introducción general a la criminología medioambiental y al estudio de los delitos ambientales. Se examina la emergencia de dicho enfoque, los conceptos claves, las cuestiones empíricas y aquéllas susceptibles de ser abordadas en futuros trabajos en dicho campo. El artículo se centra en la eco-justicia (relativa a tipos específicos de victimización medioambiental) y en el ecocidio (en relación a la criminalización del daño ambiental). Las transgresiones que afectan, a los seres humanos, a los ecosistemas y a las especies no humanas, ofrecen un marco general para la discusión de tipos específicos de crímenes y de daños, que abarcan desde la pesca ilegal hasta la contaminación que contribuye al calentamiento global. Un análisis retrospectivo y una visión de conjunto, permiten trazar las grandes líneas conceptuales, pasadas y presentes, de la criminología medioambiental.
-
La criminalité environnementale est-elle neutralisable ? Une analyse appliquée au cas Trafigura/Probo-Koala
Amissi Manirabona et Marie-Chloé Duval
p. 45–69
RésuméFR :
Cet article a pour objectif de vérifier si les crimes environnementaux peuvent faire l’objet d’une neutralisation à l’instar des crimes en col blanc. En effet, depuis quelques années, une littérature scientifique abondante a relevé l’emploi d’excuses, de justifications ou d’un langage banalisant la gravité des comportements déviants par les personnes physiques ou morales impliquées dans la criminalité économique. Étant donné que la criminalité en col blanc est généralement non violente, la question est alors de savoir si les crimes environnementaux commis avec violence peuvent faire l’objet de discours de neutralisation. L’article est basé sur l’analyse des communiqués et discours produits par l’entreprise Trafigura après le déversement des déchets toxiques à Abidjan (Côte d’Ivoire) ayant fait plus de dix morts et des milliers de blessés. Le constat qui est fait est que la criminalité environnementale, bien que pouvant présenter des caractéristiques qui la rapprochent des crimes violents, fait appel à presque les mêmes techniques de neutralisation que la criminalité en col blanc. En définitive, il est possible de conclure que malgré sa violence, la criminalité environnementale est essentiellement considérée par les délinquants comme une criminalité économique. Bien évidemment, cette ressemblance n’empêche pas les entreprises de contextualiser leurs manoeuvres de neutralisation en tenant compte de l’environnement social, économique et politique dans lequel survient la criminalité environnementale.
EN :
This paper looks at whether environmental crime can be presented in a way that neutralizes its criminal aspects, as is frequently done with white-collar crime. There is a large body of literature that analyses the excuses, justifications, or trivializing language used by natural or legal persons involved in economic criminality. White-collar crimes, however, are generally non-violent. Can environmental crimes, which often involve violence, also be the subject of such neutralizing discourse? To investigate this we analyzed statements and communications from representatives of Trafigura, a Dutch multinational commodity trading company that was implicated in the dumping of toxic waste in Abidjan (Côte d'Ivoire), an act that killed more than ten 69 people and injured thousands. We conclude that those involved in environmental crimes use the neutralizing techniques invoked in discussions of white-collar crimes. Environmental crimes tend to be interpreted by offenders as economic, rather than violent, crimes, making it easier for offenders to adopt the methods of neutralization used for white-collar crimes when discussing the social, economic, and political context in which environmental harms occur.
ES :
El presente artículo tiene como objetivo el averiguar si los crímenes ambientales pueden ser objeto de una neutralización a la instancia de los delitos de cuello blanco. En efecto, desde hace algunos años, abundante literatura ha resaltado el empleo de excusas, de justificaciones o de un lenguaje que banaliza la gravedad de las conductas desviantes de las personas físicas o morales implicadas en la criminalidad económica. Dado que, generalmente, la criminalidad de cuello blanco no es violenta, la pregunta consiste en saber si los delitos ambientales cometidos con violencia pueden ser objeto de discursos de neutralización. El artículo se basa en el análisis de los comunicados y discursos producidos por la empresa Trafigura luego de los derrames tóxicos en Abidján (Costa de Marfil) que causaron más de diez muertos y miles de heridos. Comprobamos que la criminalidad medioambiental, si bien puede presentar características que la asemeja a los crímenes violentos, utiliza casi las mismas técnicas de neutralización que la criminalidad de cuello blanco. En definitiva, a pesar de su violencia, la criminalidad medioambiental es esencialmente considerada por los delincuentes como un tipo de criminalidad económica. Evidentemente, dicha semejanza no impide a las empresas el contextualizar las maniobras de neutralización teniendo en cuenta el ambiente social, económico y político en el que surge la criminalidad medioambiental.
-
La lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages
Tiphaine Bernard
p. 71–93
RésuméFR :
Cet article propose de traiter de la lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages. Il y est donc fait état de l’ampleur de ce commerce et notamment de l’implication de groupes criminels organisés dans celui-ci. De plus, l’auteure explique que les conséquences de ce commerce, qui restent encore trop méconnues, sont multiples et inquiétantes. Les conventions et les législations apparaissent dès lors comme inadaptées bien qu’un cadre de référence soit défini par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. En outre, la lutte contre les trafics est également le fait d’acteurs non étatiques dont le rôle continue de s’accroître en complément des interventions nationales. Finalement, l’auteure propose des solutions qui pourraient être mises en oeuvre, notamment la prise d’actions sur le plan local qui permettrait de régler le problème de manière globale.
EN :
This article discusses the fight against the illegal wildlife trade, taking into account the scale of the trade, its consequences, and the involvement of organised criminal groups. The consequences, while still insufficiently known, are multiple and a cause for concern. In light of this, current conventions and legislation, as defined by the Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora, appear to be inadequate. I show that the fight against trafficking in illegal wildlife increasingly involves non-state actors as well as intervention at the national level and provide practical solutions, including ideas for action at the local level that would help address global problems.
ES :
El presente artículo considera la lucha contra el comercio ilegal de especies salvajes. Se presenta aquí un estado de la envergadura de dicho comercio y especialmente de la implicación de grupos criminales organizados. El autor explica que las consecuencias de este comercio son aún desconocidas aunque múltiples e inquietantes. La convenciones y legislaciones aparecen, por lo tanto, inadaptadas, si bien un marco de referencia ha sido definido por la Convención sobre el comercio internacional de las especies de la fauna y de la flora salvajes amenazadas de extinción. Además, la lucha contra este tipo de tráfico implica igualmente actores no-estatales cuyo rol es creciente con respecto a las intervenciones nacionales. Finalmente, el autor propone soluciones que podrían implementarse, tales como la toma de decisiones a nivel local, que permitirían solucionar el problema de manera global.
-
Colonialisme et pollution environnementale : prolongement et effets sur les droits des peuples autochtones
Doris Farget
p. 95–114
RésuméFR :
Sachant que la contamination de l’environnement altère, limite ou élimine l’accès à certains domaines utilisés ou revendiqués par des peuples autochtones, notamment le territoire, la faune et la flore, quels sont les effets de la pollution de l’environnement sur les droits de ces peuples ? Dans le cadre de cet article, nous soutenons l’idée selon laquelle les effets de la pollution environnementale prolongent ou reproduisent ceux du colonialisme sur le plan des droits reconnus et de la normativité autochtone. C’est à travers cette lunette que nous analysons l’exercice ou l’accès à certains droits reconnus aux peuples autochtones dans un contexte de contamination environnementale, puis que nous analysons le type d’effet que celle-ci produit.
EN :
Environmental contamination alters, limits, or eliminates access to certain areas or items used or claimed by indigenous peoples, especially traditional lands, plants, and animals. In such circumstances, what are the effects of environmental degradation on indigenous rights ? In this article, I provide support for the view that the effects of environmental contamination prolong or reproduce those of colonialism. Arguing from this perspective, I identify the rights of indigenous peoples that are affected by environmental contamination and analyze the effect such contamination has on these rights.
ES :
Sabiendo que la contaminación del ambiente altera, limita o elimina el acceso a ciertos dominios utilizados o revindicados por los pueblos autóctonos, especialmente el territorio, la fauna y la flora, ¿cuáles son los efectos de la contaminación medioambiental sobre los derechos de dichos pueblos ? En el marco del presente artículo, sostenemos la idea según la cual los efectos de la contaminación medioambiental prolongan o reproducen aquellos del colonialismo en lo que atañe a los derechos reconocidos y a la normatividad de los pueblos autóctonos. A través de esta perspectiva analizaremos el ejercicio o el acceso a ciertos derechos reconocidos a los aborígenes en un contexto de contaminación medioambiental, así como el tipo de efecto producido por ella.
-
La protection des droits de l’homme à l’ère de l’industrie extractive en Afrique
Pacifique Manirakiza
p. 115–140
RésuméFR :
En dépit des richesses minières énormes dont les revenus et autres retombées auraient pu permettre aux États africains de s’acquitter des leurs obligations internationales en matière de protection des droits de la personne, force nous est de constater que le coût humain et environnemental de l’exploration et l’exploitation des ressources extractives est très préoccupant. En plus des efforts déployés par les États africains, agissant collectivement ou individuellement, pour parer à cette situation, cet article, se fondant sur une approche basée sur les droits de la personne, fait un plaidoyer pour l’implication communautaire dans la gouvernance de l’industrie active, aux côtés de l’État et des industries extractives.
EN :
While Africa’s enormous mineral wealth could lead to increased revenues and other benefits that would make it possible for African countries to fulfill their obligations to protect human rights, there are large human and environmental costs involved in the exploration and exploitation of mining resources. Taking a human rights–based approach, the author argues that African communities, as well as government and industry, should be involved in governance of the mining industry in Africa.
ES :
A pesar de las enormes riquezas mineras cuyos ingresos y otros beneficios habrían podido permitir a los Estados africanos de cumplir con sus obligaciones internacionales en materia de protección de los derechos humanos, constatamos que el costo humano y ambiental de la exploración y explotación de los recursos extractivos es muy preocupante. Además de los esfuerzos desplegados por los Estados africanos, quienes actúan colectivamente o individualmente para contrarrestar esta situación, el presente artículo, basado en un enfoque centrado en los derechos humanos, propone un alegato en favor de la implicación comunitaria en la gobernancia de la industria activa, junto con el Estado y con las industrias extractivas.
-
Plaidoyer pour des mesures de réparation pour les victimes de crimes contre l’environnement
Matthew Hall
p. 141–175
RésuméFR :
Le présent article se penche sur une question de plus en plus importante, soit la réponse des mécanismes de justice formels aux victimes (humaines) des crimes environnementaux. On comprend désormais mieux les impacts des activités polluantes (pratiquées généralement par des personnes morales) sur les individus et les collectivités du monde entier. Ces impacts sont de plus en plus condamnés par les observateurs, issus ou non du milieu scientifique, mais peu d’articles abordent directement la question des victimes de ces dommages environnementaux et aucun n’a tenté de comparer les divers recours du point de vue des victimes ou d’aborder la manière dont de tels recours pourraient être facilités et les formes qu’ils peuvent prendre. La présente étude cherche à remédier à cet état des choses et à remettre en question la tendance actuelle à la critique et au manque de priorité accordé aux voies de recours pénales en réponse aux crimes et aux dommages environnementaux. Elle examinera ainsi les options de réparations disponibles pour les victimes de crimes sous un certain nombre de juridictions et proposera la première évaluation critique et systématique de leur pertinence dans les affaires environnementales.
EN :
This paper concerns an increasingly pressing issue – the response of formal justice mechanisms to the impacts of environmental crime on its victims. The harms affecting individuals and communities across the world as a result of environmentally polluting practices are increasingly understood and condemned, but very little of the legal and criminological literature considers the victims of environmental harm directly and none of it has set out to systematically compare different mechanisms of redress from the victims’ perspective or to suggest how such redress might be better facilitated or what form it might take. The present article seeks to remedy this extremely unsatisfactory and potentially re-victimising situation. It also seeks to challenge the present trend among commenters to criticise and deprioritize proposals that suggest that responses to environmental harm should involve the criminal justice system. This paper scrutinises the options for redress open to victims of crime across a number of jurisdictions and offers the first systematic and critical assessment of their suitability for use in environmental cases.
ES :
El presente estudio trata de un tema de importancia creciente : la respuesta de los mecanismos de justicia formales a las consecuencias de los crímenes ambientales para sus víctimas. Los daños causados a los individuos y a las colectividades del mundo entero por las actividades contaminantes del ambiente, son cada vez mejor comprendidas así como condenadas, pero muy pocos textos abordan directamente el tema de las victimas de dichos daños ambientales. Ningún texto intenta tampoco comparar los diversos recursos desde el punto de vista de las víctimas, o abordar la manera en la que tales recursos pueden ser facilitados en el marco de diferentes sistemas jurídicos así como las formas que éstos pueden adoptar. El presente estudio busca remediar este estado de la situación y cuestionar la tendencia actual de criticar y de no acordar la prioridad a los recursos penales en respuesta a los crímenes y daños ambientales. Este estudio examina también las opciones de reparación disponibles para las víctimas de crímenes bajo ciertas jurisdicciones y propone una primera evaluación crítica y sistemática de su relevancia en los casos ambientales.
-
Une convention contre la criminalité environnementale : une révolution ? Non, une circulation !
Hugues Hellio
p. 177–194
RésuméFR :
Un projet de convention internationale contre la criminalité environnementale a été récemment formalisé par une équipe de juristes internationaux. Menée à l’aune des emprunts aux droits positifs nationaux, régionaux et international, son analyse dévoile la circulation des normes et des acteurs du droit international qui a aujourd’hui cours. Ce gage d’une meilleure effectivité de la lutte contre les crimes environnementaux est aussi le ferment d’une possible adoption internationale du projet.
EN :
The draft of an international convention to deal with environmental crime was recently proposed by a team of international lawyers. Their proposal is analyzed by comparing it with national, regional, and international environmental laws and reveals that many of the ideas proposed result from the circulation of norms and actors currently involved in international law. Understanding these connections makes it possible to develop a more effective way to fight environmental crime and also encourages international adoption of this draft convention.
ES :
Un proyecto de convención internacional contra la criminalidad medioambiental ha sido recientemente formalizado por un equipo de juristas internacionales. Llevado a cabo siguiendo los derechos positivos nacionales, regionales e internacionales, su análisis revela la circulación de las normas y de los actores del derecho internacional que prevalen hoy en día. Esta prueba de una mayor efectividad en la lucha contra los crímenes medioambientales es también el germen de una posible adopción internacional del proyecto.
-
La nécessité d’associer la biopiraterie à la criminalité environnementale en droit international
Joseph Djemba Kandjo et Konstantia Koutouki
p. 195–214
RésuméFR :
Les récents développements de la criminologie environnementale – un nouveau domaine en émergence – montrent que certains types d’utilisation des ressources génétiques peuvent être qualifiés de criminogènes. Cette étape importante permettrait d’associer à la criminalité environnementale certains actes susceptibles de provoquer l’érosion de la biodiversité et les connaissances traditionnelles associées aux ressources génétiques. La biopiraterie est considérée par de nombreux observateurs comme l’un de ces actes, mais qui échappe encore au domaine d’infractions des crimes contre l’environnement comme défini par le droit international. Cet article examine dans quelle mesure la biopiraterie pourrait faire partie du domaine d’infraction du droit pénal international de l’environnement pour une meilleure protection de la biodiversité et des connaissances traditionnelles associées aux ressources génétiques en droit international.
EN :
Recent developments in the field of Green Criminology – an emergent area of law – show that certain uses of genetic resources can be considered criminogenic. This determination makes it possible to connect acts that are likely to adversely affect biodiversity or traditional knowledge of genetic resources to the idea of environmental crime. Biopiracy is considered by some to be such an act but, to date, it has not been considered an environmental crime as defined by international law. This article examines whether biopiracy should be considered a crime under international environmental criminal law, leading to more effective legal protection of biodiversity and associated traditional knowledge.
ES :
Los recientes desarrollos de la criminología ambiental, la cual ha demostrado ser un área emergente del derecho, muestran que ciertos usos de los recursos genéticos pueden ser clasificados como crímenes contra el medio ambiente. Esta determinación hace posible conectar actos que tienen la probabilidad de afectar adversamente la biodiversidad y los conocimientos tradicionales asociados a los recursos genéticos con la idea de delito ambiental. La bio-piratería es considerada por muchos uno de éstos actos, pero hasta la fecha no ha sido considerada un delito ambiental de acuerdo con la definición del derecho internacional. Éste artículo examina si la biopiratería debería ser considerada un delito según el derecho penal internacional del medio ambiente logrando así una protección más efectiva de la biodiversidad y de los conocimientos tradicionales asociados.
-
Crimes environnementaux : si la pollution de l’eau tue… malheureusement elle rapporte !
Sylvie Paquerot
p. 215–240
RésuméFR :
Qualifier la pollution de l’eau de crime peut sembler à première vue relever du sens commun et une telle pollution est déjà considérée comme un crime dans certains pays, à certaines conditions. Il importe toutefois de se demander ce qu’apporterait concrètement, pour lutter contre la dégradation et la pollution des ressources en eau, vitales, une telle criminalisation à l’échelle internationale. Du point de vue du message, la catégorie de crimes environnementaux aurait certes l’avantage de signifier la gravité des conséquences pour la société, et pour l’humanité. Dans ce domaine, comme pour les violations massives des droits humains, une telle criminalisation pourrait également contribuer à faire reculer, sinon l’impunité, du moins le sentiment d’impunité. Il demeure toutefois que la sanction effective de tels crimes requiert des conditions précises, souvent difficiles à satisfaire ; ainsi en est-il du fardeau de la preuve d’une part, et de la volonté politique d’autre part.
EN :
Identifying water pollution as a crime seems only sensible and it is already characterized this way in some countries. However, to succeed in any struggle against pollution, it is important to understand what advantage such categorization provides, particularly at the international level. Speaking of environmental crimes clearly sends a message about the serious consequences such activities have for societies and for humanity. In this area, as with gross violations of human rights, criminalization may help eliminate if not impunity itself, at least the climate of impunity. But lawsuits and sanctions are effective only under precise conditions, which are sometimes difficult to meet, both in terms of the burden of proof in criminal law and in achieving the necessary political will.
ES :
Calificar la contaminación del agua como crimen puede relevar a primera vista del sentido común, ya que dicha contaminación está considerada como un crimen en ciertos países, en determinadas circunstancias. Importa sin embargo preguntarse que podría aportar, concretamente en la lucha contra la degradación y la contaminación de los recursos de agua, vitales, dicha criminalización a escala internacional. Del punto de vista del mensaje, la categoría de crímenes ambientales revestiría desde luego, la posibilidad de remarcar la gravedad de las consecuencias para la sociedad y para la humanidad. En este campo, como en el de las violaciones masivas de los derechos humanos, tal criminalización podría igualmente contribuir a hacer retroceder, si no la impunidad, al menos el sentimiento de impunidad. Sin embargo, la sanción efectiva de dichos crímenes requiere de condiciones precisas, a menudo difíciles de reunir, como la carga de la prueba de un lado, y la voluntad política del otro.
-
La criminalité environnementale et l’industrie du gaz de schiste au Québec
Yenny Vega Cardenas et Nayivé Vega
p. 241–261
RésuméFR :
Le Québec a amorcé une vaste réflexion sur le développement de l’industrie du gaz de schiste en 2009 et a mandaté à deux reprises le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Celui-ci a déposé un premier rapport sur les enjeux liés à l’exploration et à l’exploitation du gaz de schiste en 2011 et un deuxième en décembre 2014. Force est de constater qu’il existe autour de la fracturation hydraulique et de l’industrie du gaz de schiste d’importantes controverses reliées aux conséquences des procédés de cette industrie pour la santé humaine et pour l’environnement. De plus, le cadre juridique au Québec ne semble pas être suffisant pour prévenir et sanctionner les dommages qui peuvent être causés à la santé et à l’environnement à la suite des activités de cette industrie. Les principes mis de l’avant par l’école de pensée portant sur la criminalité environnementale peuvent nous éclairer face à cette problématique. En fait, cette école souligne l’importance de sanctionner criminellement les conduites qui génèrent des dommages graves non seulement à la santé humaine, mais également à tous les êtres vivants et à leur habitat sur la planète, et ce, même si ces activités peuvent être considérées comme licites.
EN :
From 2009 to 2014, the province of Quebec conducted an inquiry into the development of the shale gas industry, including two sets of public hearings arranged by the Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). BAPE prepared two reports on the results of those hearings, the first in 2011 and the second in 2014. It is clear from these reports that there was a great deal of controversy over the consequences of fracking on ground water resources, human health, and other environmental considerations. As shown in this paper, the legal framework of the province of Quebec does not seem to be well-adapted to prevent the damage caused by the shale gas industry or to punish those responsible for such damage. The principles proposed by the school of Green Criminology may help solve the judicial and social controversies that surround the shale gas industry. Green Criminology underlines the importance of criminal punishment for conduct that damages not only human health but also the health of most living things and the environment, even in cases where these activities are currently not prohibited by law.
ES :
Québec ha iniciado una vasta reflexión sobre el desarrollo de la industria del gas de esquisto en 2009 y, en dos oportunidades, ha encargado a la Oficina de audiencias publicas del medioambiente (BAPE) dos estudios. Este organismo ha presentado un primer informe sobre los desafíos ligados a la exploración y la explotación del gas de esquisto en 2011 y un segundo informe en diciembre de 2014. Es preciso constatar que existe alrededor de la fracturación hidráulica y de la industria del gas de esquisto importantes controversias relacionadas con las consecuencias de los procesos de esta industria sobre la salud humana y sobre el ambiente. Además, el marco jurídico de Québec no parece suficiente para prevenir y sancionar los daños resultantes de las actividades de dicha industria que pueden afectar a la salud y al medioambiente. Los principios puestos de relieve por la corriente de pensamiento sobre la criminalidad medioambiental pueden informarnos en cuanto a dicha problemática. De hecho, esta corriente subraya la importancia de sancionar criminalmente las conductas que generan daños graves, no solamente a la salud humana, sino también a todos los seres vivos y a su hábitat dentro del planeta, incluso cuando dichas actividades sean consideradas como lícitas.
-
L’environnement sous haute surveillance ? Éclairage sur plus de quarante ans d’action publique au Canada
Ariane Daviault et Anthony Amicelle
p. 263–300
RésuméFR :
Tout au long de la décennie où le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été au pouvoir, ce dernier a été fortement critiqué sur les questions environnementales. Dans le cadre du présent article, nous souhaitons resituer cette période d’action gouvernementale canadienne dans un temps plus long, débutant en 1971 avec la création d’Environnement Canada. Il s’agit ainsi de revenir sur les modalités de constitution et de gestion de l’environnement en tant que problème public nécessitant une action de l’État au Canada. Pour ce faire, l’objectif premier consiste à montrer comment, sous les gouvernements successifs, l’environnement et sa protection ont été pensés et progressivement transformés en tant qu’enjeu de politique publique au Canada. Puis, nous allons confronter dans un second temps ces récits officiels aux mesures concrètes de prise en charge des infractions liées à l’application de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE), soit la principale loi fédérale en matière d’environnement. Ainsi, il s’agit de relever les évolutions ainsi que les points de tension et les paradoxes qui sont au coeur de cette action publique en faveur de l’environnement. Finalement, nous reviendrons en conclusion sur ce que cette démarche croisée nous montre concernant l’impulsion et la direction données à la protection de l’environnement par les équipes gouvernementales canadiennes qui se sont succédé lors des quarante-cinq dernières années.
EN :
During the decade in which Stephen Harper’s conservative government was in power, its environmental practices were heavily criticized. In this article we look at this period in relation to earlier periods, beginning in 1971 when Environment Canada was created, focusing on the ways in which the environment came to be understood and managed as a public issue that required government action. We start by showing how, under successive governments, the environment and its protection have been understood and progressively modified or readapted as part of public policy. We then compare political speech and concrete implementation of environmental policies under the Canadian Environmental Protection Act (CEPA), the principal federal law regarding the environment. In conclusion, we look at the changes as well as the tension and paradoxes that have been at the heart of public pro-environmental action to see what these sometimes contradictory actions tell us about the motives and direction of Canadian governments in the last 45 years.
ES :
A lo largo de la década en la cual el gobierno conservador de Stephen Harper estuvo en el poder, dicho gobierno ha sido fuertemente criticado por las cuestiones medioambientales. En el marco del presente artículo deseamos situar dicho período de acción gubernamental canadiense en un lapso de tiempo mayor, comenzando en 1971 con la creación de Environnement Canada. Nos centramos de esta manera sobre las modalidades de constitución y de gestión del medioambiente en tanto que problema público que exige una acción por parte del Estado canadiense. Para ello, el primer objetivo consiste en mostrar cómo, bajo los gobiernos sucesivos, el ambiente y su protección han sido pensados y transformados progresivamente en desafíos de la política pública en Canadá. Luego, confrontaremos esos dichos oficiales a las medidas concretas establecidas para responder a las infracciones relacionadas con la aplicación de la Ley canadiense sobre la protección del ambiente (LCPE), es decir la principal ley federal en materia de medioambiente. Se trata de resaltar las evoluciones así como también los puntos de tensión y las paradojas que se encuentran en el centro de dicha acción pública en favor del medioambiente. Retomaremos para concluir lo que este enfoque cruzado nos muestra en relación con la impulsión y la dirección dadas a la protección del medioambiente por parte de los equipos gubernamentales canadienses que se sucedieron a través de los últimos cuarenta y cinco años.
Hors thème
-
Des savoirs policiers sur les « mouvements marginaux ». Les constructions du projet GAMMA du SPVM
Pascal Dominique-Legault
p. 301–321
RésuméFR :
Contribuant à la littérature sociologique et criminologique sur la police en contexte de foule et sur la marginalité, cet article présente une analyse de la construction des savoirs policiers relatifs à l’implantation, en 2010, du controversé projet GAMMA (Guet des activités et des mouvements marginaux et anarchistes) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Des documents obtenus, au terme d’un épisode juridique de plus de deux ans, montrent que loin de reposer uniquement sur des événements criminalisables, la mise en place de GAMMA puise plus fondamentalement dans une problématisation de la marginalité politique de groupes sociaux. Nous présentons comment les mouvements marginaux sont implicitement opérationnalisés en indicateurs visibles et comment la problématisation de convictions politiques spécifiques et de caractéristiques, loin de constituer des indicateurs de criminalité, amalgame ces mouvements à un potentiel criminel, enjoignant les policiers de GAMMA à adopter des attitudes de suspicion généralisée à leur égard. L’article explore la subjectivité des savoirs policiers sur lesquels repose l’institutionnalisation, à l’échelle municipale, d’une réponse policière supplémentaire ciblant de façon différentielle ces mouvements marginaux. Nous inscrivons nos résultats de recherche au sein de la littérature scientifique, notamment au regard des thèses de la « neutralisation stratégique », du « contrôle intelligent » et des « paysages d’exclusion ».
EN :
Contributing to the ever-growing sociological and criminological research on policing of protests and of those on society’s margins, this article analyzes the construction of police knowledge in the context of the implementation of the Montreal Police Department’s controversial GAMMA project. Created in 2010, the project was intended to track marginal and anarchist activities and movements in the city of Montreal. After a two-year-long legal debate, documents were obtained through provincial access to information legislation and show that, far from dealing only with events that could be criminalized, GAMMA’s implementation fundamentally involved problematization of the political marginality of social groups. Characteristics of marginal movements were implicitly considered to be visible indicators of possible criminality, as were specific political convictions and characteristics, which led GAMMA officers to be suspicious of members of such groups. The article explores the subjectivity of police knowledge that underlies the idea of institutionalizing, on a municipal scale, a differential response targeting specific marginal movements. Our results are discussed in the context of recent research on protest policing and marginality, particularly the concepts of “selective incapacitation”, “intelligent control”, and “landscapes of exclusion”.
ES :
Contribuyendo a la literatura sociológica y criminológica sobre la policía en contexto de masas y sobre la marginalidad, el artículo presenta un análisis de la construcción de los saberes policiales relativos a la implantación, en 2010, del controversial proyecto GAMMA (vigilancia de las actividades y de los movimientos anarquistas) del Servicio de policía de la Ciudad de Montreal (SPVM). Los documentos obtenidos al término de un episodio jurídico de más de dos años demuestran que lejos de fundarse únicamente sobre los eventos susceptibles de criminalización, la puesta en marcha de GAMMA problematiza profundamente la marginalidad política de los grupos sociales. Presentamos cómo los movimientos marginales son implícitamente instrumentalizados en indicadores visibles y cómo problematizar las convicciones políticas específicas así como las características que, lejos de ser indicadores de criminalidad, amalgaman dichos movimientos a un potencial criminal, prescribiendo a los policías de GAMMA de adoptar actitudes de sospecha generalizada para con ellos. El presente artículo explora la subjetividad de los saberes policiales sobre los cuales reposa la institucionalización, a nivel municipal, de una respuesta policíaca suplementaria que apunta diferencialmente a los movimientos marginales. Inscribimos los resultados de nuestra investigación en el seno de la literatura científica, específicamente en virtud de las tesis de « neutralización estratégica », del « control inteligente » y de los « paisajes de exclusión ».
-
Les femmes détenues d’Unité 9 : entre espace fictionnel et réalité
Sophie Cousineau et Sylvie Frigon
p. 323–347
RésuméFR :
Dans cet article, nous nous penchons sur Unité 9, une télésérie québécoise portant sur l’univers carcéral au féminin, pour dresser un parallèle entre celle-ci et l’incarcération des femmes de ressort fédéral. Dans un premier temps, nous exposons un bref historique de l’enfermement au féminin et nous soulignons quelques particularités inhérentes à cette population carcérale. Nous présentons ensuite le synopsis de la série et nous brossons un portrait qui souligne la pertinence, les avantages ainsi que les lacunes des analyses télévisuelles. Dans un deuxième temps, nous théorisons l’espace carcéral, les dynamiques qui y prennent place ainsi que la résistance entreprise par les femmes (Bosworth, 1999 ; Butler, 1988, 2006a, 2006b ; DeGraff et Kilty, 2016 ; Frigon, 2000, 2012 ; Joël-Lauf, 2009 ; Lavigne, 1999 ; Smoyer, 2016). Dans un troisième temps, nous dressons des liens entre fiction et réalité en explorant quatre espaces : le secteur des admissions, le secteur de l’isolement, les unités résidentielles et les unités mère-enfant. Nous y relevons diverses nuances de résistance, d’aliénation ou de soumission. Ainsi, cet article met en lumière le rapport entre l’espace carcéral et les femmes incarcérées : non seulement celles de ressort fédéral, mais aussi celles d’Unité 9.
EN :
In this article Unité 9, a French Canadian television show about women in prison, is analyzed as a way to explore some aspects of women’s experience in federal prisons in Canada. After giving a brief history of female incarceration and describing some general characteristics of this prison population, we provide a synopsis of Unité 9 episodes and discuss the relevance, benefits, and limitations of using a television program to help understand actual situations. We then discuss our theoretical understanding of prisons, their dynamics, and the resistance engaged in by women prisoners (Smoyer, 2016 ; Lavigne, 1999 ; Frigon, 2000, 2012 ; Bosworth, 1999 ; DeGraff et Kilty, 2016 et Joël-Lauf, 2009). Last, we explore some parallels between fiction and reality by looking at four prison sectors : admissions, isolation units, residential areas, and mother-child spaces, revealing different forms of submission, alienation, and resistance. This article sheds light on the inter-play between prison space and female prisoners – both those sentenced federally and those on Unité 9.
ES :
En el presente artículo, presentamos Unidad 9, una serie de TV quebequense que trata sobre el universo carcelario en femenino, con el fin de trazar paralelismos con la encarcelación de mujeres en la jurisdicción federal. En premier lugar, exponemos una breve historia de la reclusión femenina y subrayamos algunas particularidades de dicha población penitenciaria. Seguidamente, presentamos la sinopsis de la serie y esbozamos un análisis que subraya la relevancia, los beneficios así como las lagunas de los análisis televisuales. En segundo lugar, teorizamos sobre el espacio carcelario, sobre las dinámicas que allí se instalan y sobre la resistencia emprendida por las mujeres (Butler, 1988, 2006ab ; Smoyer, 2016 ; Lavigne, 1999 ; Frigon, 2000, 2012 ; Bosworth, 1999 ; DeGraff et Kilty, 2016 et Joël-Lauf, 2009). En tercer lugar, establecemos paralelismos entre ficción y realidad explorando cuatro espacios : el sector de las admisiones, el sector del aislamiento, la unidades residenciales y las unidades madre-hijo. Revelamos varios matices de resistencia, de alineación o de sumisión. Así pues, este artículo clarifica la relación entre el espacio penitenciario y las mujeres encarceladas : no solamente aquéllas del distrito federal, sino también aquéllas de la Unidad 9.