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Comptes rendus bibliographiques

RIVIÈRE, Dominique (2024) Les métropoles d’Europe du Sud à l’épreuve des crises du XXIe siècle. École française de Rome, 355 p. (ISBN 978-2-7283-1810-0)[Notice]

  • Ewa Berezowska-Azzag

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  • Ewa Berezowska-Azzag École Polytechnique d’Architecture et Urbanisme, Alger

Sous la direction de Dominique Rivière, l’École française de Rome nous propose un ouvrage collectif issu d’un programme de recherche international « Métropoles : crises et mutations dans l’espace euro-méditerranéen », mené entre 2017 et 2021 en collaboration avec les chercheurs de plus d’une vingtaine d’institutions universitaires : françaises, italiennes, espagnoles, portugaises et grecques. Dans une approche transnationale, interdisciplinaire et interscalaire, l’ouvrage met en lumière les enjeux socioéconomiques, spatiofonctionnels, environnementaux et institutionnels des politiques urbaines de 10 métropoles des pays de l’Europe du Sud, face aux quatre crises d’envergure mondiale (économique, financière, migratoire et sanitaire) qui ont marqué de manière indélébile leurs sociétés et leur organisation spatiale durant le premier quart de notre siècle. De prime abord, le titre laisse entrevoir une approche analytique inédite, qui procède par croisement des notions systémiques complexes dans une démarche de spatialisation focalisant l’attention sur le comportement du couple métropolisation-crises. On cherche ici à comprendre si, au-delà des effets de retour post-crise dus à l’inertie systémique après la survenue d’un phénomène soudain et violent, des mutations plus profondes peuvent se produire pour changer la dynamique d’évolution future de métropoles. Or, le récit des phénomènes quantitatifs et qualitatifs présenté dans l’ouvrage est plutôt descriptif, contrairement aux autres programmes et projets internationaux de recherche engagés par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Institut de la Méditerranée (Euromed) et le programme Méditerranée de l’Iméra (Aix-Marseille, 2017-2023). Les métropoles de l’Europe du Sud sont considérées dans l’ouvrage comme un territoire témoin des changements globaux, dont les traits caractéristiques peuvent se retrouver dans les autres contextes géographiques européens. L’envergure des dimensions traitées (historique, territoriale et urbaine, sectorielle, managériale et politique) ainsi que l’effort d’échange et de coordination investi dans le processus de recherche présenté méritent le respect. L’ouvrage vise à croiser les points de vue des chercheurs, acteurs politiques et membres du milieu associatif confrontés aux effets de l’austérité imposée par les crises. L’objectif est de découvrir les enjeux institutionnels et environnementaux qui sous-tendent les actions locales en réaction aux défis, de même que les solutions de résistance expérimentées sur le terrain. Ainsi, une série d’entrées thématiques mène le lecteur à travers sept chapitres. L’entrée par la crise économique et financière (2008) soulève la problématique transversale d’action publique de gouvernance métropolitaine en situation de dérèglement des marchés, qui entraîne les réformes structurelles, le recul des services publics, la privatisation des biens publics et les restrictions budgétaires. À l’heure de la décentralisation, ces difficultés produisent l’apparition d’un « urbanisme d’austérité » (versus l’urbanisme de l’État providence) et le transfert de la gestion des restrictions vers les collectivités locales par un effet de « ruissellement de l’austérité », allant du domaine macroéconomique vers le microéconomique. La modification des modes de vie et des lieux de vie produit des mutations morphologiques et fonctionnelles, des inégalités territoriales et sociales, et aboutit à un « urbanisme tactique » à faible coût, au développement des initiatives citoyennes et des activités éphémères auxquelles les tiers-lieux offrent un soutien d’accueil. La reconfiguration des espaces de vie et l’apparition des modes d’habiter mobiles sont étudiées pour la Grèce, l’Italie et l’Espagne où l’autonomie des municipalités dans toutes les affaires relevant de leur intérêt est décrétée, avec un budget communal reposant sur de nombreuses sources innovantes des revenus. Le cycle d’austérité est ainsi vu comme une occasion créatrice de valeur dans les villes de l’Europe du Sud. En démêlant les ambiguïtés entre les expressions « formes d’habitat » et « forme d’habiter », les auteurs remarquent l’émergence d’une approche néolibérale de la planification urbaine, où le foncier devient un bien marchand. Le passage d’une économie planifiée …