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Comptes rendus bibliographiques

CHIASSON, Guy, MÉVELLEC, Anne, BOUCHER L., Jacques et BOUTHILLIER, Luc (2023) La gouvernance forestière entre secteur et territoire. Quelle est la place des communautés dépendantes des forêts au Québec et au Nouveau-Brunswick ? Presses de l’Université Laval, 281 p. (ISBN 978-2-7637-4428-5)[Notice]

  • André Joyal

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  • André Joyal Université du Québec à Trois-Rivières

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement du Québec visait l’adoption d’un projet de loi (97) selon lequel un tiers du territoire forestier serait affecté à des zones d’aménagement forestier prioritaire, un tiers à des zones de conservation et un tiers à des zones multiusages. Par cette loi, qui fait disparaître les Tables de gestion des ressources et des Territoires (TGRT), les entreprises seraient autorisées à exploiter davantage la ressource à un moindre coût. Ce faisant, on souhaite encadrer l’aménagement des forêts privées tout en favorisant l’approvisionnement des usines de transformation du bois. Il fallait s’y attendre, une levée de boucliers provient des Premières Nations, dont les droits ancestraux pourraient se voir bafoués. Il en va de même pour les quelque 500 propriétaires de pourvoiries, dont 70 % des territoires pourraient faire l’objet de nouvelles coupes. Est-ce à dire qu’un ouvrage publié deux ans plus tôt s’avère dépassé et donc dépourvu de pertinence ? Pas du tout. Au contraire, par l’étendue exhaustive de son contenu, il offre aux intéressés une somme d’informations permettant de comprendre, voire de critiquer, les sous-jacents de la réforme souhaitée et de suggérer éventuellement les mises en garde qui s’imposent. Les principaux auteurs, Guy Chiasson de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Anne Médellec de l’Université d’Ottawa, Jacques L. Boucher, retraité de l’UQO et Luc Bouthillier de l’Université Laval (décédé lors de la finalisation du livre) ont d’abord fait oeuvre commune à la faveur de la publication d’un article qui allait paver la voie au présent ouvrage. Ils soulignent qu’au Canada, la politique forestière est le plus souvent conçue comme une politique avant tout « sectorielle ». À leurs yeux, l’État et les titulaires de permis d’exploitation de la forêt publique offrent peu de place aux « acteurs territoriaux ». On comprend ainsi le choix du titre de leur livre. L’interrogation sur la place revenant aux quelque 300 communautés dépendantes de la forêt réparties dans l’Est du Canada s’avère le principal objectif de l’ouvrage. Il s’agit de considérer la capacité effective de ces communautés d’agir comme acteurs de leurs territoires (p. 2). Quatre autres auteurs, incluant deux doctorants, apportent leur contribution afin de vérifier jusqu’à quel point, à partir des années 2000, une certaine désectorisation laisse place à des initiatives d’envergure territoriale (p. 247). En introduction, les quatre principaux auteurs évoquent la remise en cause de la gouverne forestière dans le contexte de crise qui a marqué le tournant du siècle. On fait allusion aux turbulences causées par la contraction des marchés et à la sensibilisation du public en général sur les conséquences négatives associées à l’exploitation de la ressource (par exemple, L’erreur boréale). Un contexte qui oblige à faire le procès de l’approche sectorielle en évoquant l’avènement possible d’une certaine forme de désectorisation. Pour aborder la question, on réfère à répétition le lecteur à une théorie dite des staples issue des travaux de certains auteurs canadiens-anglais, alors que le mot « extrativisme » conviendrait parfaitement. Or, selon les auteurs, mis à part ce que représente la possible contribution des communautés autochtones, on ne peut vraiment voir comment la désectorisation forestière favoriserait la territorialisation (p. 15) caractérisée par une plus grande implication des communautés locales. Le premier chapitre « Le régime forestier québécois : gouvernement, gouvernance et gouvernementalité », sous la responsabilité de Guy Chiasson et du regretté Luc Bouthillier, se veut l’épine dorsale du volume. Il présente l’évolution du régime forestier de façon à mettre en évidence la place (ou son absence) des communautés dépendantes des ressources forestières. Il est question de la Loi sur les forêts, adoptée au milieu des années 1980, qui …

Parties annexes