Cet ouvrage aborde une thématique peu étudiée, mais d’actualité au vu de l’aggravation des problèmes de gouvernance des ressources en eau en Afrique. Il s’agit du projet Transaqua, grand projet de transfert massif d’eau du fleuve Congo vers le lac Tchad. Présenté comme une entreprise visant avant tout à protéger un écosystème menacé par la régression importante des eaux de ce lac, et à venir ainsi en aide aux populations riveraines, il soulève pourtant des questions majeures : qui paierait pour un tel projet ? La République démocratique du Congo (RDC) approuve-t-elle pareil schéma ? Quels seraient les effets environnementaux d’un tel transfert massif, de l’ordre de plus de 100 milliards de m3 par an ? La pertinence de l’ouvrage est ainsi incontestable. On est en présence d’un avatar des grands projets de transfert massif d’eau qui, des années 1950 à 1990 environ, ont été présentés comme la panacée pour résoudre des difficultés d’approvisionnement en eau : en Amérique du Nord, où l’idée d’un transfert massif vers l’Ouest demeure encore débattue dans les médias ; en URSS, pour sauver la mer d’Aral ; en Chine, du Yangze vers le fleuve Jaune (Huanghe) avec deux canaux inaugurés en 2014 ; au Brésil, du fleuve São Francisco vers la région du Nordeste. Cette vision très fordiste de la gestion de l’eau, qui implique des marchés colossaux pour les entreprises de travaux publics, n’est plus très en vogue au sein des organismes internationaux de financement – d’où l’idée de draper le projet de la vertu d’un sauvetage du lac Tchad, dont le déclin a suscité l’intérêt des médias au début des années 2000. Malheureusement, l’ouvrage ne tient guère ses promesses. Sur la forme déjà, le lecteur se voit agacé par la récurrence de fautes, de cartes illisibles et mal sourcées, de tournures peu académiques que certains qualifieraient d’artifices rhétoriques, de références mal rédigées et parfois carrément erronées. Les dates sont fluctuantes : ainsi, l’accord de quelques pays du bassin du Nil est-il tantôt daté du 14 mai 2010, tantôt du 14 avril, sans que cet accord soit clairement analysé ou explicité, tout en affirmant – faussement – qu’il implique l’abrogation des traités de 1929 et de 1959 ; le projet Transaqua daterait parfois des années 1970, parfois des années 1980… Ces défauts de forme sont problématiques, mais ne sauraient en eux-mêmes disqualifier l’ouvrage. Cependant, le livre pèche aussi sur d’autres éléments de fond. Tout d’abord, de nombreux développements liminaires sur le cycle de l’eau et les conflits dans le monde sont présentés au lecteur. Outre que leur utilité dans la démonstration n’est guère explicitée, ces sections font souvent étalage de raccourcis contestables et d’amalgames étonnants. Ainsi, au sujet de possibles conflits de gouvernance de l’eau douce entre les États-Unis et le Canada, l’auteur entame-t-il des considérations sur un litige territorial portant sur la petite île de Machias Seal, dans l’Atlantique ; énumère de nombreux litiges commerciaux et politiques ; évoque le caractère artificiel du mode de vie des Américains dans l’Ouest ; mais n’aborde pas du tout la thématique de la grande peur canadienne face aux projets de transferts massifs d’eau du Canada vers les États-Unis, malgré une abondante littérature sur le sujet. Les sections sur le Moyen-Orient et sur la Méditerranée sont tout aussi légères dans la qualité des analyses, sans que des problèmes comme la gouvernance de l’eau et les projets de transferts massifs en Espagne ne soient abordés autrement que par une phrase. Sur l’Afrique, l’auteur affirme (p. 63) qu’il est possible que l’Égypte intervienne militairement pour aller mobiliser l’eau de ses voisins, une affirmation non étayée mais pourtant …
KONGA WANGUWA, Désiré (2023) Géopolitique de l’eau en Afrique. L’Harmattan, 286 p. (ISBN 978-2-14-034608-8)[Notice]
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Frédéric Lasserre Université Laval
