Entamée en 2008 avec le roman Du bon usage des étoiles, l’oeuvre de Dominique Fortier est devenue incontournable dans la littérature québécoise contemporaine, tant par son ampleur – onze livres et deux albums pour la jeunesse auxquels s’ajoute une trentaine de traductions – que par la reconnaissance critique et institutionnelle qui lui a été accordée. Les livres de Dominique Fortier, en effet, ont été mis en nomination pour de nombreuses récompenses, du Prix littéraire des collégiens au prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec, du prix Femina (essai) au prix Prince-Pierre-de-Monaco, alors qu’Au péril de la mer, en 2015, et Les villes de papier, en 2020, se sont mérité respectivement le Prix du Gouverneur général, catégorie romans et nouvelles, et le prix Renaudot de l’essai. À la rentrée de l’automne 2024, Dominique Fortier offrait encore deux nouveaux livres très attendus : La part de l’océan, aux éditions Alto comme ses précédents livres, mais aussi, aux éditions du passage, un premier recueil de poésie, Notre-Dame de tous les peut-être, ouvrant au sein de son oeuvre un tout nouveau territoire. Cette diversité de territoires est caractéristique de l’oeuvre dans son ensemble, qui offre des histoires extrêmement variées, menant du Grand Nord de l’expédition Franklin à la France révolutionnaire, en passant par le Mont-Saint-Michel du Moyen Âge finissant, la Louisiane du xixe siècle et la maison d’Emily Dickinson, et cela, dans des formes narratives, poétiques et essayistiques en constante évolution. Tout aussi caractéristique est le style de l’autrice, de plus en plus affirmé d’un livre à l’autre, un style classique, légèrement ironique et perçant, au plus près de la matière, des êtres vivants et des choses, que l’écriture s’acharne à extraire du néant et de l’oubli. Cette matière, ces êtres et ces choses qui composent le monde, Dominique Fortier les place sur un pied d’égalité, ou dans un continuum, ses personnages n’étant jamais séparés des lieux qu’ils habitent, eux-mêmes vivants, composites, animés. Cet intérêt et cette attention à la diversité et à la multiplicité se reflètent dans la forme sciemment composée de ses livres, qui, toujours, font se croiser le plus grand et le plus petit, le plus ancien et le plus proche, le plus oublié et le plus usuel, le plus anodin (du moins en apparence) et le plus décisif. Les contributions de ce dossier, premier travail collectif sur cette oeuvre, veulent en saisir à la fois l’évolution et les constantes, les déplacements et les motifs récurrents, les ruptures et les résurgences, de manière à la comprendre dans sa complexité et sa diversité autant que dans son unité, sa cohérence et sa cohésion interne. Après plus de 15 ans de présence continue sur la scène littéraire québécoise, l’oeuvre de Dominique Fortier constitue un monde qui en recèle plusieurs, dont ce dossier veut dresser la carte, pour reprendre un motif familier de ses lecteurs. À ce jour, quelques articles et mémoires consacrés en tout ou en partie à l’oeuvre de Dominique Fortier sont parus, portant principalement sur les quatre premiers romans (Du bon usage des étoiles, Les larmes de saint Laurent, La porte du ciel et Au péril de la mer) et leurs dimensions historique, poétique et environnementale. Les villes de papier, récompensé par le prix Renaudot de l’essai dans son édition française chez Grasset, a pour sa part fait l’objet de nombreuses chroniques dans les revues littéraires et culturelles depuis sa parution en 2018. Ce dernier livre, qui se présente aujourd’hui comme le centre approximatif de l’oeuvre, a été le plus important dans l’affirmation et la reconnaissance de …
DOMINIQUE FORTIER : UNE OEUVRE, DES FORMES ET DES MONDES[Record]
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Isabelle Daunais
Université McGillKaterine Gosselin
Université du Québec à Rimouski
