« Dans la vie d’une revue comme dans celle d’une personne, le chiffre cinquante a quelque chose de magique. Il indique une borne sur le chemin de l’expérience, vers l’autre versant du centenaire. » En 1992, Lucie Robert, alors directrice de Voix et Images, présente ainsi la cinquantième livraison de la revue. Elle souhaite alors que cet anniversaire « soit l’occasion à la fois d’un bilan et d’un renouvellement ». À l’heure de ce numéro anniversaire, nous sommes nous aussi sensibles à ce « quelque chose de magique » que comporte le cinquantenaire, le chiffre rond, le demi-siècle, les noces d’or. Le mandat que le comité de rédaction actuel nous a confié est similaire au projet qu’évoque Robert, celui de proposer un dossier « bilans et perspectives ». Alors qu’en 1992, la revue changeait entièrement de facture, en 2025, ce numéro de Voix et Images propose de ménager un équilibre entre relectures critiques et nouvelles perspectives ou voix/es d’avenir. Son image reste la même. Comme il est souvent de coutume lors des anniversaires, rappelons les débuts de la revue, ce récit des origines que les périodiques refont à chaque « borne » assez joyeusement. Après un premier numéro des Cahiers de Sainte-Marie consacré à la « littérature canadienne » en 1966, le quatrième cahier est publié sous le titre « Littérature québécoise/Voix et images du pays », avec une couverture orangée qui, pour l’ancien directeur Jacques Allard, « joue sur l’opposition France-Québec, sur la transformation de la francité par la québécité. Littérature “québécoise” répond à Études “françaises” (ce sera plus net en 1975 quand Voix et images sera surtitré “d’études québécoises”) ». En 1969, Voix et images du pays II paraît aux Éditions Sainte-Marie, sous la direction de Renald Bérubé. L’année suivante, la revue devient une « collection » aux toutes jeunes Presses de l’Université du Québec, toujours avec Bérubé à sa tête. Périodique d’un autre temps, l’organisation et le ton général n’ont que peu à voir avec la revue que nous connaissons aujourd’hui : un avant-propos aux accents souvent lyriques, des « études » libres et surtout des « inédits » parfois très volumineux, dont plusieurs textes dramatiques contemporains, composent les différentes livraisons. Ce découpage critique n’est sans doute pas étranger au fait que « la rédaction, comme ses collaborateurs, hésite encore entre la stricte revue universitaire et le périodique culturel ». Dans le « premier » avant-propos de Voix et images du pays intitulé « Le devoir de parole », Bérubé situe le travail des chercheur·ses (qui ne sont pas présenté·es comme tel·les), à la suite de celui des poètes qui ont « donné voix » au territoire. « À notre tour, nous avons voulu reconnaître certains traits de notre visage historique et quotidien. Et à cette recherche, nous avons associé la voix des créateurs eux-mêmes. » Il s’agit alors surtout de faire « l’inventaire », de mettre la main à la pâte nationale, dans un style qui rappelle à certains égards le « Début d’inventaire » qui marque la naissance de la revue Liberté (1959). La place de la création à la revue tend à montrer que ce qu’on entend par « recherche » est une oeuvre commune entre les écrivains et les critiques qui publient d’autres types de textes, dont ceux qu’on qualifiera éventuellement de « savants ». Cette association prendra différentes formes au fil du temps, dont l’entretien, et restera à notre avis toujours au coeur des préoccupations des comités. Alors que nous avons évoqué la « perspective », la revue Voix et Images a, à ses débuts, surtout invoqué la prospection, …
LA MAGIE DES CHIFFRES[Record]
…more information
Rachel Nadon
Université LavalMartine-Emmanuelle Lapointe
Université de Montréal
