Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Comptes rendusBook Reviews

Delisle, Jean. Les traducteurs imaginaires. Représentation des traducteurs, traductrices et interprètes dans la littérature québécoise. Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « Littérature et imaginaire contemporain », 2024, 278 p.[Record]

  • Fabio Regattin

…more information

  • Fabio Regattin
    Università degli Studi di Udine

Jean Delisle nous parle de traductrices, traducteurs et interprètes depuis bien longtemps. Parfois ses récits sont vrais, comme c’est le cas pour des ouvrages biographiques tels que Les traducteurs dans l’histoire (codirigé avec Judith Woodsworth en 1995 et plusieurs fois réédité), Portraits de traducteurs (1999), Portraits de traductrices (2002) ou encore, plus récemment, Interprètes au pays du castor (2019). Parfois on se retrouve au contraire du côté de la fiction, comme lorsqu’il s’emploie à recueillir une série de nouvelles mettant en scène des personnages-traducteurs, dont quelques-unes de son cru (Sur les rives de la traduction, 2022). Dans cet ouvrage, les deux aspects se rejoignent en quelque sorte, puisque Jean Delisle y part à la recherche des personnages-traducteurs de la littérature québécoise. Dans son genre, le travail est monumental : le corpus analysé compte non moins de 362 ouvrages, dont quelques inédits, publiés ou écrits entre 1862 et 2024 par 233 écrivains et écrivaines; et il recense 539 traducteurs et 25 machines à traduire. Au vu de ces premières données, l’incipit du volume peut surprendre : l’auteur y affirme en effet que « [h]istoriquement, le personnage-traducteur a rarement été le héros d’une intrigue romanesque » (p. 1). Les quelque 240 pages qui suivent, auxquelles il faudra ajouter des annexes et une riche bibliographie, s’emploient à le réfuter, considérant que la particularité du contexte québécois (rôle central de la traduction, qui est en même temps une source de revenus importante pour bien des écrivains) est peut-être à la source du nombre important de personnages-traducteurs que compte sa littérature. Partant de ce constat, Jean Delisle essaie de répondre aux questions suivantes, et à bien d’autres : Pour ce faire, il organise un parcours thématique en neuf chapitres. Le premier (pp. 11-40) a pour titre « Le personnage-miroir ». De nombreux écrivains sont en même temps traducteurs, et les frontières entre auteur et personnage ont dès lors tendance à se brouiller, les traducteurs fictifs témoignant souvent « des questionnements, angoisses et frustrations de l’écrivain-traducteur » (Godbout, 2012, p. 252, citée ici p. 12). Et Delisle d’évoquer la longue liste « des traducteurs et traductrices de papier qui ressemblent trait pour trait à leur créateur […]. Les personnages sont fictifs, mais tissés de réel » (p. 15), des « fragment[s] de [leurs] autoportrait[s] » (p. 16). De cette galerie semble faire surface à plusieurs reprises quelque chose que les traductologues ne seraient peut-être pas prêts de partager : le caractère secondaire du travail de traduction, qui n’est souvent qu’un pis-aller pour les écrivains, et ne saurait être confondu avec l’écriture véritable. « Écrire et traduire n’est pas la même chose […]. L’écrivain est au volant, le traducteur, dans le siège du passager » (p. 25), écrit Delisle à propos de Benjamin Tardif, le personnage-traducteur mis en scène dans les romans de François Barcelo, et plusieurs autres auteurs et autrices semblent partager la même attitude, la projetant ensuite sur leurs personnages dont « une centaine rêvent de se lancer à l’assaut de la citadelle des livres […]. Ils écrivent ou souhaitent écrire pour compenser l’insipidité des textes “alimentaires” qu’il leur faut traduire » (p. 39) : une vision de la traduction qui n’est pas très flatteuse pour la profession… Dans le deuxième chapitre, « Les face-à-face » (pp. 41-64), le mur de la fiction se casse ou se dédouble, mettant en scène dans un esprit très postmoderne des traducteurs qui dialoguent avec (et parfois se rebellent contre) leurs auteurs, ou encore des pseudo-traductions souvent assorties d’une profusion de notes du traducteur qui, loin de cacher la réalité, visent plutôt à pousser plus loin …

Padlock

Access to this article is restricted to subscribing institutions and individuals; only the abstract or an excerpt is displayed.

Please view our access options for more information.

Access options

Appendices