Véritable mise au point de l’importance d’un des premiers textes de fiction de l’auteur, ces propos percutants de Jean-Paul Sermain soulignent la modernité de Marivaux, injustement méconnu de l’histoire des premiers pas du roman dit « moderne » : L’on sait que c’est Jacques le fataliste et son maître qui reste encore aujourd’hui l’exemple le plus cité d’expérimentation sur les formes romanesques depuis Vie et Opinions de Tristam Shandy de Sterne. C’est oublier que depuis longtemps Marivaux a, comme Diderot et de manière similaire, exploré et joué avec l’écriture du roman ; cela est vrai non seulement avec Pharsamon, dont la demande de privilège est déposée en 1713, mais aussi avec un autre roman, LesAventures de *** ou Les Effets surprenants de la sympathie dont les deux premiers tomes sont publiés la même année. Pharsamon, sans doute écrit vers 1715, ne sera finalement publié qu’en 1737. Marivaux est alors au faîte de sa carrière et le débat autour des Modernes pratiquement oublié, mais l’ouvrage ne reçoit que peu de mentions : alors que son imprimeur assure que cet ouvrage est ce « que les connaisseurs trouvent le plus spirituel et le plus amusant », il semble que « la critique a été déroutée par la parution d’un ouvrage si différent de ceux qu’elle connaissait du même auteur », comme l’explique Stéphane Pouyaud, qui cite Granet et Févret de Fontette. L’Éloge de Marivaux de d’Alembert (1785) en donne une explication : « Ces assertions peu réfléchies […], ces parodies insipides, ces écarts, en un mot de sa jeunesse, ont été, qu’on nous permette cette expression, la partie honteuse de sa vie ». Ce jugement sans appel sur les œuvres de jeunesse est retenu par la postérité. L’œuvre de Marivaux a encore du mal à se dégager de ce label d’ « écarts de jeunesse » qui pourtant ne reflète que l’opinion des intellectuels de l’époque, les philosophes, pas nécessairement celle du public. En même temps, ou peut-être immédiatement avant qu’il n’écrive Pharsamon, Marivaux écrit LesEffets surprenants de la sympathie, roman d’aventures et d’amour dans la tradition des romans héroïques, à la façon de Scudéry ou de Gomberville ; à première vue, dans la mesure où les Aventures, racontées au premier degré dans Les Effets surprenants deviennent les « folies romanesques » de Pharsamon, les deux romans semblent donc fonctionner selon deux modalités différentes. La clef des Effets surprenants est expliquée dans l’Avis au lecteur qui met en scène deux dialogues, celui entre l’éditeur (auteur d’un « Avis au lecteur ») et le lecteur, et celui entre le narrateur, auteur du roman, et la dame à qui le roman est dédié ; l’auteur, et le lecteur, sont amenés à réfléchir aux « effets » du roman d’amour et d’aventures. Avec Pharsamon, l’instance narrative est moins complexe, mais la conversation que le narrateur entretient avec son lecteur présumé, et les interruptions souvent intempestives des supposés critiques, créent un débat qui tisse, en quelque sorte, les éléments d’une comédie dramatique dont le sujet est le roman. Les deux textes proposent donc des situations discursives qui se rejoignent : comme le narrateur des Effets surprenants, mais de façon très différente, le narrateur de Pharsamon est donc bien de ceux qui [pour reprendre les termes de notre volume] se trouvent « confrontés à leur propre nature langagière », à leurs propres pratiques d’écriture. Les deux romans font aussi écho l’un à l’autre au niveau du fond en exploitant, chacun à sa façon, la même veine héroïque. « Peu d’écrivains se sont interrogés aussi profondément …
Appendices
Bibliographie
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