Abstracts
Résumé
Dans Les Armoires vides, comme dans Ce qu’ils disent ou rien, premiers romans d’Annie Ernaux, deux topoï thématisant le langage se trouvent intimement mêlés : d’une part le topos de l’apprentissage d’une variété diastratique de langue, le langage standard, et, d’autre part, le topos de la traduction. Si cet entrelacement paraît convenu, dans le cas des narratrices comme de l’autrice, il constitue le moyen de résorber, souvent immédiatement, l’écart qui se creuse inéluctablement entre la langue de l’origine, tantôt rejetée, tantôt regrettée, et la langue acquise lors du passage à l’école, dont il n’est bientôt plus possible de se défaire. Ce double réinvestissement topique donne à lire la violence sociale dans son versant linguistique, tout en rendant compte de l’évolution de la posture de l’autrice. Lorsqu’elle renonce au roman en 1983 et revendique une « écriture plate », le sens de l’apprentissage s’inverse : désormais, c’est la langue d’origine, source, qui est traduite dans la langue standard, cible, telle une invitation, à destination du lectorat, à emprunter le même chemin. Les nombreuses variations autour de ces topoï semblent alors faire signe vers une « résurrection » topique, au-delà même du romanesque.
Mots-clés :
- apprentissage langue,
- traduction,
- littérature contemporaine,
- variation diastratique,
- posture
Abstract
In Annie Ernaux’s first two novels, Les Armoires vides and Ce qu’ils disent ou rien, two topoi where language is the main topic are intimately intertwined: on the one hand, the topos of learning a diastratic variety of language, the standard language, and, on the other hand, the topos of translation. This interweaving may seem conventional; however, it constitutes for both the narrators and the author a way of reducing (often immediately) the inevitably worsening gap between the language of origin – sometimes rejected, sometimes regretted – and the language acquired during schooling from which it soon becomes impossible to escape. This twofold retaking of these topoi depicts the linguistic dimension of social violence and illustrate the evolution of the author’s position. When she abandons the novel in 1983 and embraces a « flat style », the direction of learning is reversed: henceforth, the original language – the source – is translated into the standard language – the target. The reader is invited to follow the same movement. The numerous variations on these topoi thus seem to indicate a topical « resurrection » which goes even further than the domain of the novel.
Keywords:
- learning language,
- translation,
- contemporary literature,
- diastratic variety,
- position
Appendices
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