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Introduction[Record]

  • Clémence Aznavour and
  • Élodie Ripoll

Dans la lignée des recherches sur les corps, objet d’études que de nombreux champs disciplinaires ont investi depuis la fin du xxe siècle, la peau humaine a suscité un intérêt croissant ces dernières années. À la croisée de diverses disciplines et de corpus variés, elle a fait l’objet d’ouvrages collectifs comme La Peau. Enjeu de société qui associe sociologie et anthropologie ou Coloris Corpus qui croise anthropologie et histoire . Dans le sillage de la zoopoétique, les peaux animales ont de plus en plus intéressé les humanités, soit spécifiquement, par l’intermédiaire des contes et des fables en littérature soit associées aux êtres humains. Ainsi la revue hybride La Peaulologie « vis[e-t-elle] à présenter l’étendue des recherches et connaissances en sciences sociales et humaines, sur les peaux, les poils et les muqueuses, tant humaines qu’animales ». Résolument interdisciplinaires, ces recherches s’ancrent également dans une dynamique transéculaire : chaque époque a ses spécificités et ses enjeux propres comme l’attestent la variété des travaux menés récemment. Le treizième numéro de la revue Micrologus publie des études consacrées à la peau humaine dans l’Antiquité grecque jusqu’au xixe siècle. Marie-Claire Rolland s’intéresse à la peau dans la littérature romaine, tandis qu’Irène Sallas étudie « l’épiphanie » épidermique dans des corpus renaissants. Mechthild Fend analyse la peau dans les discours picturaux et médicaux entre 1650 et 1850, là où Clémence Mesnier propose une étude du « corps-palimpseste à la peau-enveloppe » chez Russell Banks, Pedro Almodovar, Richard Morgan et Gillian Flynn. Si le corps a été l’objet d’interrogations satoriennes lors du xxe colloque de la SATOR à Montréal en 2006, la peau, qu’elle soit humaine ou animale, n’a jamais encore été spécifiquement abordée sous cet angle. C’est l’enjeu de ce dossier thématique dont les contributrices ont analysé la présence de la peau au sein de « mini-canevas narratifs récurrents » pour reprendre les termes de Michèle Weil et Pierre Rodriguez. Si le topos satorien est d’abord narratif, les ensembles topiques liés à la peau sont étroitement liés à la description et donc au régime descriptif caractéristiques des époques et des genres concernés. Élément constitutif de « configuration[s] narrative[s] récurrente[s] », la peau y occupe soit la position de sujet, d’objet ou de toposème. La peau est « un élément coloré et changeant », « objet biologique » et « marqueur identitaire très puissant », « [s]urface sensorielle livrée à notre vie publique. Son apparence, sa beauté et sa santé relèvent de normes culturelles ». Rien d’étonnant dès lors à ce que la peau, surtout celle du visage, soit dans les belles-lettres de l’époque moderne liée à la représentation de l’altérité humaine (dans la littérature viatique) voire animale (mirabilia) ou à la représentation des émotions dans le contexte du corps éloquent, des passions de l’âme et plus tard des manifestations physiologiques. Les philosophes et anthropologues ont souvent insisté sur l’importance du visage, à la fois « valeur la plus élevée » de « la hiérarchie morale de la géographie du corps », partie la plus visible de l’individu et la plus contemplée ou scrutée. Si le visage semble être majoritairement perçu en termes de beauté ou de laideur, d’harmonie des traits ou de ses cicatrices, il demeure le miroir de l’âme. Son teint, ses couleurs sont associés à des valeurs morales : noirceur, blancheur, teintes sombres, rougeurs et pâleurs subites, tout se décode. Ce faisant, la couleur comme son vocabulaire n’ont rien de fortuit et s’inscrivent dans des enjeux culturels et symboliques qui dépassent largement les textes abordés. La peau des personnages renvoie à la matérialité même du manuscrit et devient la …

Appendices