Abstracts
Résumé
Cet article repère dans un premier temps l’usage du mot « roman » dans les Confessions de Rousseau. De là, il s’agit de comparer le sens du « roman », du côté des mémoires de J. W. von Goethe (Poésie et vérité), d’une part, et d’autre part, du côté de l’oeuvre de Freud, au moment précis où il s’occupe du cas de l’homme aux rats, encore aujourd’hui considéré comme un cas paradigmatique pour l’intelligence de la névrose obsessionnelle. Il ressort de ces différents recoupements que Freud fait un usage du mot « roman » tout à fait comparable à l’usage qu’en font Rousseau et Goethe ; et ce, alors que la conception d’un roman intérieur, le roman que l’on se fait à soi-même, brouille la distinction classique entre pensée raisonnante et pensée fantasmatique. Dès lors, de Rousseau à Freud, de Goethe à l’homme aux rats, pensée raisonnante et pensée fantasmatique se relaient dans un espace qu’il faut bien appeler l’espace d’une intériorité subjective où se jouent le drame de la conscience, la hantise de la faute et l’attrait de la tentation. Sur ce point, cet article propose d’examiner une intuition nouvelle, en considérant le texte que Freud a consacré à l’homme aux rats parmi les textes majeurs pour penser les rapports entre psychanalyse et littérature.
Mots-clés :
- Sigmund Freud,
- J. W. von Goethe,
- littérature et psychanalyse,
- névrose obsessionnelle,
- roman,
- romantisme,
- Jean-Jacques Rousseau
Abstract
This article first identifies the use of the word “novel” in Rousseau’s Confessions. It then compares the meaning of the “novel” in the memoirs of J. W. von Goethe (Poetry and Truth) on one hand, and the works of Freud on the other, at the very moment the latter was involved with the case of the Rat Man, considered, even today, a paradigmatic case for understanding obsessional neurosis. These different overlaps reveal that Freud’s use of the word “novel” fully compares to its use by Rousseau and Goethe; this, even as the conception of a metanovel, the novel one creates for oneself, blurs the classical distinction between reasoned thought and fantastical thought. Henceforth, from Rousseau to Freud, from Goethe to the Rat Man, reasoned thought and fantastical thought alternate within a space that can only be termed a subjective interior space, where the drama around conscience, obsession with sin, and the attraction of temptation plays out. On this point, the present article proposes to examine a new insight by considering Freud’s text on the Rat Man as a key reference when discussing the relationships between psychoanalysis and literature.
Keywords:
- Sigmund Freud,
- J. W. von Goethe,
- literature and psychoanalysis,
- obsessional neurosis,
- novel,
- Romanticism,
- Jean-Jacques Rousseau
Appendices
Bibliographie
- Bayard, Pierre, 2004, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ?, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe ».
- Bertrand, Jean-Pierre et Pascal Durand, 2006, La modernité romantique. De Lamartine à Nerval, Paris/Bruxelles, Les impressions nouvelles.
- CASTEL, Pierre-Henri, 2011, Âmes scrupuleuses, vies d’angoisse, tristes obsédés, vol. 1, Obsessions et contrainte intérieure de l’Antiquité à Freud, Paris, Ithaque.
- DIDI-HUBERMAN, Georges, 2024, La fabrique des émotions disjointes : faits d’affect, 2, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe ».
- FREUD, Sigmund, 2007a [1908], « Le poète et l’activité de fantaisie », dans Oeuvres complètes, Paris, Presses universitaires de France, vol. viii, p. 161-171.
- FREUD, Sigmund, 2007b [1908], « Les fantaisies hystériques et leur relation à la bisexualité », dans Oeuvres complètes, Paris, Presses universitaires de France, vol. viii, p. 179-186.
- FREUD, Sigmund, 2007c [1908], « Le roman familial des névrosés », dans Oeuvres complètes, Paris, Presses universitaires de France, vol. viii, p. 253-256.
- FREUD, Sigmund, 2007d [1908], « La morale sexuelle “culturelle” et la nervosité moderne », dans Oeuvres complètes, Paris, Presses universitaires de France, vol. viii, p. 197-219.
- FREUD, Sigmund, 2007 [1909], « Remarques sur un cas de névrose de contrainte », dans Oeuvres complètes, Paris, Presses universitaires de France, vol. ix, p. 135-214.
- GOETHE, Johann Wolfgang von, 1941 [1811-1833], Poésie et vérité. Souvenirs de ma vie, trad. Pierre du Colombier, Paris, Aubier, coll. « Domaine allemand ».
- GÓMEZ MANGO, Edmundo et Jean-Bertrand PONTALIS, 2012, Freud avec les écrivains, Paris, Gallimard, coll. « Tracés ».
- LACAN, Jacques, 2007 [1953], Le mythe individuel du névrosé, Paris, Seuil, coll. « Champ freudien ».
- LACAN, Jaques, 2001 [1971], « Lituraterre », Autres écrits, Paris, Seuil, coll. « Champ freudien ».
- LUSSIER, Alexis, 2021, « Portrait de l’obsessionnel en jeune homme, comédien et imposteur : Goethe et la malédiction du désir », Savoirs et clinique, vol. 1, no 28, p. 115-123.
- MORITZ, Karl Philipp, 1986 [1785], Anton Reiser, trad. par Georges Pauline, Paris, Fayard.
- Rancière, Jacques, 2001, L’inconscient esthétique, Paris, Galilée, coll. « La philosophie en effet ».
- RANCIÈRE, Jacques, 1998, La parole muette : essai sur les contradictions de la littérature, Paris, Hachette.
- RICHARD, Jean-Pierre, 1970, Études sur le romantisme, Paris, Seuil, coll. « Pierres vives ».
- ROUSSEAU, Jean-Jacques, 1973 [1813], Les confessions, Paris, Gallimard, coll. « Folio ».
- SCHEFER, Olivier, 2005, Résonances du romantisme, Bruxelles, La Lettre volée.

