Abstracts
Résumé
Depuis le milieu des années 2000, le système d’enseignement supérieur français a connu de très nombreuses évolutions qui semblent suivre une trajectoire stable, imperméable aux fluctuations électorales, et qui visent le renforcement des exécutifs universitaires, la mise en compétition des universités, la prise en compte de la performance des établissements, et la restructuration du paysage universitaire. Il est cependant nécessaire de déconstruire partiellement cette vision linéaire : cet article prête ainsi attention aux tensions qui ont traversé les réformes — en leur sein ou entre elles — et identifie les mécanismes qui permettent de les expliquer. Trois mesures sont plus particulièrement explorées. Premièrement, la signification ambivalente donnée à l’« excellence » lors de la sélection d’une dizaine d’établissements auxquels a été attribué le label d’Idex (Initiatives d’excellence). Deuxièmement, les freins à la politique de regroupement qui entendait stimuler la coopération entre les établissements au niveau local. Troisièmement, les nouvelles formes de centralisation qui émergent malgré le renforcement de l’autonomie des universités.
Mots-clés :
- réformes universitaires,
- France,
- élites programmatiques,
- dépendance au sentier,
- gouvernement à distance
Abstract
Since the mid-2000s, the French system of higher education has gone through multiple changes along a seemingly stable trajectory, impervious to electoral changes, that tends towards strengthening university executives, competition between schools, performance-based metrics for institutions, and a restructuring of the university landscape. However, this linear view deserves to be partially deconstructed. This article therefore pays attention to the tensions that have characterized these reforms—internally and subsequently—and identifies mechanisms that can explain these. Focus is placed on three measures in particular. First, the ambivalent signification given to “excellence” when selecting a dozen institutions that were attributed the label of Idex (initiatives for excellence). Second, barriers to the government’s consolidation policy, which was intended to stimulate cooperation between establishments at a local level. Third, new forms of centralization that have emerged despite efforts to strengthen the autonomy of universities.
Keywords:
- University reforms,
- France,
- programmatic elites,
- path dependence,
- government from afar
Resumen
Desde mediados de los años 2000, el sistema francés de enseñanza superior ha experimentado numerosos cambios que parecen seguir una trayectoria estable, impermeable a las fluctuaciones electorales. Estos cambios tienen el propósito de fortalecer las direcciones universitarias, de hacer que las universidades sean más competitivas, de que se preste atención al rendimiento de los establecimientos y a la reestructuración del paisaje universitario. Sin embargo, es necesario deconstruir parcialmente esta visión lineal. Este artículo examina las tensiones que han marcado estas reformas, tanto internamente como entre ellas, e identifica los mecanismos que permiten explicarlas. Exploramos tres medidas en particular. En primer lugar, el significado ambivalente dado a la « excelencia » en la selección de la decena de instituciones galardonadas con el Sello Idex (Iniciativas de Excelencia). En segundo lugar, los obstáculos a la política de agrupación, que pretendía estimular la cooperación entre instituciones a nivel local. En tercer lugar, las nuevas formas de centralización que están surgiendo a pesar del fortalecimiento de la autonomía de las universidades.
Palabras clave:
- reformas universitarias,
- Francia,
- élites programáticas,
- path dependence,
- gobierno a distancia
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