Du point de vue de l’observation sociologique, une réforme appartient à l’ensemble des phénomènes qui forment le changement social. Elle en est une composante, particulièrement dans les sociétés démocratiques dites de la modernité. Si les réformes existaient dans les sociétés traditionnelles et de l’Ancien Régime, elles étaient loin d’être le mode privilégié de changement qu’elles sont devenues dans les sociétés démocratiques modernes, surtout depuis le xixe siècle. Elles ont pris la place des révolutions et, plus encore, des grandes révoltes populaires qui pouvaient, à l’occasion, ébranler les sociétés anciennes quand elles n’étaient pas écrasées dans le sang, comme c’était très souvent le cas. En conséquence, la sociologie des réformes est donc essentielle à l’étude sociologique du changement dans les sociétés modernes. Mais qu’est-ce qu’une réforme ? Comment se caractérise-t-elle en tant que modalité de changement social ? Quels seraient les traits qui singularisent le processus d’une réforme et la distinguent d’autres voies ou modalités de changement social ? Précisons d’abord qu’une réforme a longtemps été associée à l’idée d’un retour en arrière, plus précisément d’un retour aux sources, pour corriger des déviations introduites avec le temps et jugées inacceptables. Le concept fut utilisé en ce sens surtout dans le langage religieux du christianisme. Le Petit Robert donne deux définitions de la réforme inspirées de cette idée. Dans une première, la réforme est définie comme le « rétablissement de la discipline primitive dans un ordre religieux » ; la seconde définit la réforme d’une manière historique, par le « mouvement religieux du xvie siècle, qui fonda le protestantisme et voulait ramener la religion chrétienne à sa forme primitive ». Mais, par revirement, la réforme en est venue à identifier un mouvement social de changement, porté vers l’avenir. Le même Petit Robert définit alors ainsi la réforme moderne : « amélioration partielle et progressive de l’ordre social (opposé à révolution) ». Les sociologues (et les historiens) se sont intéressés avant tout à comprendre et expliquer les révolutions, le processus révolutionnaire et ses suites. Dans cette optique, la réforme avait mauvaise presse : elle était considérée comme inspirée par des intentions contre-révolutionnaires dans la mesure où une réforme réussie venait à l’encontre du projet révolutionnaire et lui coupait l’herbe sous le pied. C’est ce qui explique que les sociologues ne se sont pas intéressés au phénomène de la réforme et que la sociologie des réformes soit à toutes fins utiles inexistante. Pourtant, la réforme est assurément la voie qu’empruntent la plupart des changements sociaux, particulièrement dans les sociétés démocratiques. C’est la perspective ici adoptée. L’on peut identifier trois critères qui, pris ensemble, permettent de cerner sociologiquement un processus réformateur. Une réforme résulte d’abord d’une intention explicite d’engager un changement, exprimée par certains acteurs identifiables. Beaucoup de changements sociaux se produisent sans qu’il soit possible d’identifier les acteurs qui en sont responsables ou qui les ont proposés. Le changement social apparaît généralement sous l’action de sources diffuses, souvent multiples et cumulatives. Dans le cas d’une réforme, une enquête permet de retracer les acteurs, ou le groupe d’acteurs, qui en ont été les concepteurs et les promoteurs. Ce sont précisément ces acteurs qui sont responsables du fait que la réforme est l’expression d’une intention explicitée d’opérer un changement. La réforme est donc marquée par un caractère que l’on peut appeler « volontariste » chez un certain nombre d’acteurs. Voilà un premier critère qui permet de l’identifier et de la distinguer d’autres voies de changement social. En second lieu, les acteurs responsables de la réforme présentent un plan, un programme de changement. Ce plan peut être plus ou moins précisé, plus ou moins détaillé. …
Appendices
Bibliographie
- Berman, H. (2002). Droit et révolution. Librairie de l’Université d’Aix-en-Provence.
- Ducharme, D., Marcoux, A., Rocher, G. et Lajoie, A. (1998). Les médias écrits et le processus d’émergence de la loi 120. Revue de droit de l’université de Sherbrooke, 28(1-2), 125-150.
- Rioux, M. (2008). La réforme des soins et services de première ligne au Québec : l’exemple des groupes de médecine de famille. Dans P. Laborier, P. Noreau, M. Rioux et G. Rocher (p. 131-164). Presses de l’Université Laval.
- Simard, M. (1993). L’enseignement privé : 30 ans de débats. Éditions Thémis.
