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Penser le changement dans les réformes du secteur publicReflecting on Change in Public Sector Reforms[Record]

  • Marie-Pierre Bourdages-Sylvain,
  • Nancy Côté and
  • Jean-Louis Denis

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Depuis les bouleversements économiques des années 1970, le secteur public a été l’objet de nombreux appels au changement (Pollitt et Bouckaert, 2017). Sous la pression de transformations socioculturelles et politiques, de cycles économiques défavorables et du développement des technologies et des pratiques d’organisation, le secteur public a été représenté comme étant en décalage avec un monde en évolution et poussé par le fait même à adopter des pratiques inédites (Osborne et al., 2014). Les discours appelant à des changements importants dans ce secteur proviennent de sources multiples. La nouvelle gestion publique a fait l’objet de nombreuses analyses et illustre jusqu’à un certain point le contenu partisan ou idéologique de ces appels au changement (Dunn et Miller, 2007). L’idée d’un renouveau sur le plan de l’administration et des services publics a été reprise par de nombreux gouvernements souhaitant promouvoir et imposer le changement, notamment dans le cadre de grands programmes réformistes. Les États dits « avancés » du welfare state (État-providence) n’ont pas échappé à de tels courants : certains chercheurs soulignent à cet effet que la survie même des politiques et des grands programmes sociaux dépendrait de la volonté et de la capacité à les transformer ou à les moderniser (Strokosch et Osborne, 2020). Le changement est ainsi représenté comme un passage obligé pour préserver et dynamiser ce qui existe déjà. Pour d’autres, le changement s’apparente plutôt à une remise en cause du rôle de l’État-providence et de l’envergure de ses investissements dans différents programmes et politiques (Collington, 2022 ; Ilcan, 2009). La sociologie des réformes se doit de faire une place à ces deux représentations du changement pilotées par les pouvoirs publics. Elle doit en effet aller au-delà de la description des tendances réformistes pour en saisir les dynamiques et leur pleine signification. Si les discours sur la nécessité du changement peuvent être tantôt superficiels, tantôt porteurs de réelles transformations (Aberbach et Christensen, 2014), l’appel au changement ne se limite pas à un effet de mode. Pour plusieurs, incluant les citoyens, une adaptation des secteurs publics s’impose pour mieux répondre aux besoins évolutifs d’une société elle-même en changement. De ce point de vue, les réformes initiées par les gouvernements peuvent être appréhendées comme une réponse politique à des transformations sociétales multiformes qui obligent l’État et les organisations publiques à prendre en considération la complexité grandissante des problèmes sociétaux (Christensen et al., 2020) — pensons aux changements climatiques, aux crises sanitaires, aux enjeux d’accès à l’éducation et aux inégalités croissantes qui commandent des politiques et des programmes novateurs. Les réformes pourraient ainsi être à la fois une réponse aux transformations sociales ambiantes et un vecteur significatif de ces dernières. Elles ne s’apparenteraient dès lors ni à des incantations politiques qui appellent au changement, souvent pour des motifs politiques immédiats, ni à une remise en cause du rôle légitime de l’État en tant que producteur de politiques et de changement social. Ces réformes pourraient, sous certaines conditions, rendre possible les transformations en s’appuyant sur les capacités de conception, de mise-en-oeuvre et de mise à l’échelle des gouvernements et des pouvoirs publics. Plusieurs secteurs publics ont fait l’objet de plans de réforme invitant à une analyse plus fine du changement qui s’annonce et prend forme dans ces grands chantiers. Pourtant, si la littérature s’est intéressée dans une certaine mesure à l’analyse de ces réformes (Laborier et al., 2008), force est de constater que leur mise en oeuvre et leurs impacts, tant du point de vue des structures que des acteurs, demeurent peu étudiés en sociologie. Certaines revues ont consacré des numéros thématiques aux réformes publiques, notamment en ce qui concerne l’impact de …

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