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Comptes rendus

Christine Tellier, Jeunesse et poésie. De l’Ordre de Bon Temps aux Éditions de l’Hexagone, Montréal, Fides, 2003, 322 p. (Nouvelles études québécoises.)[Record]

  • Andrée Fortin

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  • Andrée Fortin
    Département de sociologie
    Université Laval

Dans son livre, Christine Tellier présente un portrait de groupe des fondateurs des Éditions de l’Hexagone. Au-delà, c’est toute une génération qui se profile, celle qui parvient à l’âge adulte au début des années 1950. La visée de Tellier n’est pas sans analogie avec celle de Jean-Philippe Warren lorsqu’il débusque les intentions premières de Fernand Dumont (1998) ; il s’agit en effet de saisir la source des engagements, des actions de ceux qui marqueront la décennie de la Révolution tranquille et les suivantes. Tellier se penche ainsi sur les mouvements de jeunesse, le scoutisme (dans sa composante pour jeunes adultes, les Routiers), mais surtout l’Ordre de Bon Temps, et leurs feuilles respectives le Godillot et la Galette ; Gaston Miron, qui fut un temps directeur du Godillot, y acquit sa première expérience d’éditeur. Depuis les travaux de André J. Bélanger (1977), on a souvent parlé du rôle de l’Action catholique dans la formation de la génération qui allait être à la barre de la modernisation de l’État et de la susmentionnée Révolution tranquille ; celui de l’Ordre de Bon Temps est beaucoup moins connu. En ce début de XXIe siècle, il semble avoir été relégué bien loin dans la mémoire collective et, s’il en surgit, au détour d’une référence ou d’une conversation, c’est à propos du folklore. Or Christine Tellier montre bien qu’au tournant des années 1950, s’intéresser au folklore était une façon de valoriser la culture populaire québécoise, d’affirmer une identité nationale. Aussi, ce livre permet de recoller certains morceaux dans la compréhension des années 1960. Et s’il s’agit bel et bien d’un portrait de génération, cela n’empêche pas que sont bien situées certaines figures emblématiques ; non seulement Gaston Miron ou Gilles Carle, mais surtout l’ubiquitaire Père Ambroise et Roger Varin, lesquels ont encadré ce mouvement de jeunesse… de plus, à la faveur des notes de bas de page et de l’appendice de Guy Messier, on retrouve un grand nombre de figures du monde culturel. (J’ajouterai, entre parenthèses, que quelqu’un qui comme moi a grandi dans les années 1950 et 1960, à l’écoute des émissions pour la jeunesse de Radio-Canada, pourra attacher les fils de ses souvenirs et découvrir comment les artisans de ces émissions, du Pirate Maboul à Fanfreluche en passant par les marionnettistes de Pépinot et Capucine, ont fait leurs premières armes dans les mouvements de jeunesse des années 1940-1950.) L’exergue du chapitre 1 donne le ton : « En 1954, on disait qu’on était dans la Grande Noirceur. Remarquez qu’on m’a dit ça par après, parce qu’à l’époque, il me semble qu’il faisait clair. » (Gaston Miron, Les outils du poète). Bref, la Révolution tranquille n’est pas survenue comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Pourquoi cette génération, celle de l’Hexagone, entre-t-elle en poésie, comme d’autres, dans les années 1960, entrèrent en chanson, dans les années 1970 en théâtre et dans les années 1990 dans l’écriture de nouvelles ? « L’Ordre [de Bon Temps] avait pour la poésie une considération particulière ; plus qu’un genre littéraire, elle englobait différentes sphères d’activité. Elle n’avait pas le sens de l’exercice d’un genre conventionnel et réservé à une certaine classe sociale ; elle était une façon d’être. » (p. 213). Selon Tellier, ce qui la caractérise le mieux et la distingue de la génération précédente (et, ajouterais-je, préfigure les générations suivantes), c’est qu’il s’agit essentiellement d’une génération engagée. Contrairement à leurs aînés en poésie, non seulement ces jeunes gens sont issus de milieux populaires, mais ils s’engagent de diverses façons. Ils se font « animateurs » culturels, et ont voulu inventer un nouveau …

Appendices