Volume 8, Number 3, 1967
Table of contents (16 articles)
Articles
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La vie du clergé québécois au XIXe siècle
Pierre Savard
pp. 259–273
AbstractFR:
L'histoire du clergé canadien-français qui fut si étroitement mêlé au destin de notre peuple reste à écrire. Nous possédons cependant des études nombreuses sur certains aspects de l'oeuvre du clergé chez nous. Son attitude politique, celle de l'épiscopat à tout le moins, a été scrutée avec patience et racontée parfois avec force détails. Dans un de ses meilleurs ouvrages, le chanoine Groulx a précisé le rôle du clergé dans l'éducation.
La thèse récente du P. Ryan nous a révélé un clergé plus préoccupé qu'on ne l'avait cru des problèmes sociaux. Les historiens de la pensée n'ont pas manqué de souligner le rôle du clergé dans l'élaboration de l'idéologie conservatrice du Canada français traditionnel. Mais il y a encore beaucoup à explorer.
Si nous nous interrogeons, par exemple, sur la vie interne du clergé, son recrutement, sa formation, sa spiritualité, la physionomie et l'action des diverses familles religieuses, la discipline ecclésiastique, la pensée ecclésiologique, les relations entre les clercs et leurs supérieurs, nos connaissances se révèlent beaucoup plus limitées. La tâche, d'ailleurs, n'est pas facile.
Des chercheurs patients ont pu dénombrer les clercs, calculer « le quotient clérical des fidèles » pour un moment donné ou « le taux sacerdotal de tant de garçons à la naissance». Plus délicate est l'étude qualitative du clergé. Comme l'a écrit le grand historien belge Léon Halkin : « Les statistiques n'ont pas le dernier mot, les chiffres sont indicatifs, ils ne sont pas décisifs. Ce qui compte, c'est la densité spirituelle de la foi. » Cette considération méthodologique qui s'ajoute au caractère limité et discontinu de notre documentation aide à comprendre l'aspect provisoire et incomplet du tableau que nous nous proposons d'esquisser.
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Quelques aspects de l'antagonisme libéral-ultramontain au Canada français
Philippe Sylvain
pp. 275–297
AbstractFR:
Le dix-neuvième siècle est le siècle du libéralisme. Sous sa forme laïciste, le libéralisme dérive directement de la Révolution française qui a d'abord reconnu la non-confessionnalité de l'État, puis laïcisé les services publics et, enfin, proclamé la séparation de l'État et des Églises. En dépit de l'opposition acharnée de l'Église catholique, ces mouvements allaient se répercuter, à des dates et à des degrés différents suivant les pays, dans les nations qui, jusque-là, avaient vécu en un climat de chrétienté. C'est ce que André Latreille exprime par ces lignes d'une rare densité : « Il y a eu, écrit l'éminent historien, entre 1789 et 1799, une nation, la France, où ils ont en quelque sorte explosé tous à la fois, de sorte qu'en l'espace de cinq ou six années seulement on a passé à un régime de totale laïcisation. (...) À ces trois mouvements (...), l'Église s'est opposée avec une persévérance, avec une sorte d'intransigeance passionnée, dès 1789 et pendant tout le XIXe siècle, — le moment le plus dramatique du conflit avec les sociétés « modernes » se situant sous le pontificat de Pie IX, entre 1850 et 1880. » Cette lutte qui dressa l'Église contre les libéraux européens et sud-américains ne fut pas moins violente au Canada français. C'est une histoire qui reste à écrire. Pour l'instant, je m'en tiendrai aux années qui vont de 1848 à 1862, étape cardinale durant laquelle ultramontains et libéraux définissent leurs positions et engagent un combat à outrance dont les péripéties se succéderont à un rythme passionné tout le reste du siècle.
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Les cabinets provinciaux, 1867-1967
Jean Hamelin and Louise Beaudoin
pp. 299–317
AbstractFR:
Le 25 janvier 1884, le Daily Starde Montréal écrivait: « After all, no very great statesmanship is wanted in Québec, only a little business ability, some honesty and a great deal of independence of character.» Cette conception d'un ministre provincial semble un peu étroite depuis
que la revalorisation de l'État est à l'ordre du jour et que le budget annuel du Québec atteint 2,6 milliards de dollars. Elle explique peut-être pourquoi on ne s'est jamais attardé à analyser ni le fonctionnement des cabinets provinciaux, ni leur composition, ni les coutumes et les influences qui président à leur formation. Sauf Robert Rumilly qui, dans son Histoire de ta province de Québec, ne rate jamais l'occasion de dévoiler les intrigues qui accompagnent la naissance d'un cabinet, personne n'a encore analysé la formation d'un seul cabinet provincial, encore moins présenté une analyse systématique de la question.
L'assimilation du cabinet provincial à un super-conseil municipal n'est pas seule en cause. Les documents sur le sujet sont rares. Peu de premiers ministres nous ont légué leurs archives personnelles, aucun n'a écrit ses mémoires, sauf Antonio Barrette. Les journaux demeurent la source la plus accessible mais aussi la plus discutable. Ce sera la faiblesse de cette étude de ne pas reposer sur une plus complète documentation historique. Les Canadian Parliamentary Guides et les journaux, complétés par quelques études d'histoire politique et des confidences de certaines personnalités politiques, forment la documentation de base. Si ces sources ne répondent pas à toutes les exigences scientifiques, elles permettent toutefois d'esquisser un schéma d'explication valable de nos cabinets provinciaux.
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Le permanent syndical de la Confédération des syndicats nationaux
Claude Beauchamp
pp. 319–349
AbstractFR:
Dans la société canadienne-française traditionnelle, le leadership était assez simple. Il était constitué du curé et des notables locaux, ordinairement le médecin et le notaire. Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus complexe et les élites traditionnelles sont loin d'avoir le même pouvoir d'attraction. En milieu rural, elles ont perdu de l'influence au profit du gérant de la caisse populaire ou de l'instituteur, par exemple. Dans les milieux plus industrialisés, le syndicalisme a, lui aussi, favorisé chez nous l'émergence de nouvelles élites. Il n'est pas rare de voir le président d'un syndicat local sollicité pour occuper un poste au conseil municipal ou à la commission scolaire. De plus en plus, les officiers syndicaux exercent une influence, non seulement dans l'usine, mais aussi dans la municipalité, parfois même dans la région.
À un autre échelon, nous retrouvons les permanents syndicaux. Peu nombreux il y a quelques années, ils sont aujourd'hui environ deux cents dans la seule Confédération des syndicats nationaux et ils sont répartis dans les principaux centres industriels de la province. Ces permanents syndicaux exercent un véritable leadership, d'abord sur les officiers et les membres des syndicats avec lesquels ils ont particulièrement à travailler, ensuite dans leur propre milieu, car eux aussi sont souvent sollicités pour assumer des responsabilités dans leur paroisse ou dans leur municipalité.
Nous croyons que l'étude de ces nouvelles élites constitue une voie privilégiée pour expliquer l'évolution du Canada français. Elle nous permet de la saisir dans son dynamisme interne, en nous adressant à ceux-là qui sont non seulement les témoins de cette évolution mais qui la provoquent et l'orientent.
Nous avons choisi de nous intéresser plus particulièrement aux permanents syndicaux. Parmi ceux-ci, nous retrouvons deux groupes : ceux qui ont accédé à cette fonction après avoir fait des études supérieures, généralement un cours universitaire ; ceux qui viennent de la base, ceux qui ont travaillé en usine ou dans des chantiers de construction, ont occupé diverses fonctions à l'intérieur de leur syndicat et qui, par la suite, furent libérés pour devenir permanents syndicaux. Il ne sera question ici que de ces derniers.
Quelques permanents syndicaux sont au service de certains syndicats locaux dont les effectifs sont assez considérables mais la plupart sont à l'emploi, soit d'une fédération ou d'un conseil central, soit de la Confédération des syndicats nationaux comme telle. Le permanent syndical peut s'occuper de l'organisation de nouveaux syndicats, de la négociation des conventions collectives, de la discussion des griefs, de la préparation et de la direction des grèves ; il peut aussi être affecté à divers services comme le Service d'éducation. Il est habituellement agent d'affaires, organisateur ou conseiller technique. La plupart des permanents sont attachés à une fonction particulière, mais d'autres voient à l'ensemble des problèmes touchant la vie syndicale.
Nous avons centré notre recherche sur les seuls permanents syndicaux d'origine ouvrière travaillant à l'intérieur des cadres de la Confédération des syndicats nationaux. Nous avons aussi limité notre échantillon aux permanents syndicaux travaillant à Montréal et à Québec. Ne disposant pas d'une longue période de temps pour effectuer ces entrevues, celles-ci ont été faites auprès des permanents qui pouvaient nous consacrer quelques heures sans trop de délais. Nous devons dire qu'ils étaient plutôt rares ; nous avons pu en rencontrer cinq à Montréal et quatre à Québec.
L'âge de ces permanents varie entre trente-deux et soixante-sept ans. Six d'entre eux sont originaires d'un milieu industriel et urbain, les trois autres sont fils de cultivateurs. Leur degré d'instruction est en moyenne plus élevé que celui de l'ensemble des gens de leur génération. Le plus vieux a quitté l'école après la cinquième année, deux après la sixième, mais les autres ont fait une dixième année ou, encore, quelques années du cours classique. Presque tous ont pu parfaire leur instruction, surtout à la suite de leur participation à diverses associations, particulièrement à la Jeunesse ouvrière catholique ou au syndicalisme. Comme permanents syndicaux, ils ont de plus participé, chaque année, à diverses sessions d'étude.
Tous nos informateurs ont commencé à travailler assez tôt : l'un à douze ans, les autres avant dix-sept ans. C'est dire que tous connurent pendant au moins quelques années, certains même pendant quinze ou vingt ans, la vie de travail en usine ou dans des chantiers de construction.
Tous furent membres actifs d'une ou plusieurs associations avant de devenir permanents syndicaux. Et ils sont unanimes pour dire que ces diverses expériences ne sont pas étrangères à leurs préoccupations actuelles. Trois furent membres de la Jeunesse ouvrière catholique : un fut responsable au plan diocésain et un autre au plan national. La plupart s'occupèrent activement de syndicalisme, huit ayant été membres d'un syndicat, dont sept officiers. Un de nos informateurs fut, pendant quelques années, permanent pour le mouvement créditiste « Vers Demain ». Quelques-uns furent officiers d'une caisse populaire ; un autre participa à la formation d'une coopérative de consommation.
Nous aborderons successivement les thèmes suivants : les comportements et les activités des permanents syndicaux, leurs motivations, leur perception de la société canadienne-française, quelques problèmes de la classe ouvrière, la mentalité des travailleurs, la signification du syndicalisme.
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La presse féminine et le rôle social de la femme
Jocelyne Valois
pp. 351–375
AbstractFR:
Nous nous proposons d'étudier deux périodiques de la presse féminine canadienne-française. La Revue moderne est publiée pour la première fois en novembre 1919, et l'année 1919-1920 apparaît comme le point de départ tout désigné de notre analyse. Nous poursuivrons avec les années 1939-1940 et 1945-1946 car elles nous permettront d'estimer l'influence de la deuxième guerre mondiale sur la conception du rôle social de la femme. Châtelaine fait son apparition en octobre 1960 et c'est une nouvelle orientation que nous nous attendons alors de trouver. Mais il s'agit d'une orientation susceptible de varier et les numéros de 1965, la dernière année complète que nous considérerons, nous permettront de les évaluer.
Avant d'aborder notre analyse, il importe de préciser les perspectives et les limites du travail. Pareille recherche courait le risque de devenir un énorme inventaire allant des problèmes politiques aux soins de beauté. Il nous fallait centrer notre étude sur un thème susceptible d'en assurer l'unité. Nous chercherons comment la Revue moderne et ensuite Châtelaine conçoivent les modalités d'action de la femme dans la société. Pour ce faire, nous considérerons deux catégories de textes. Les éditoriaux et quelques articles de caractère général nous permettront de relever les modèles idéaux de comportement prônés par la revue. Des textes décrivant des situations concrètes et, plus précisément, des exemples de femmes jouant un rôle social, nous conduiront vers les modèles effectifs de comportement.
Note de recherche
Comptes rendus
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Saint-Denys-GARNEAU, Lettres à ses amis
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Gérard BERGERON, Fonctionnement de l'État
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Gérard BERGERON, Le Canada français après deux siècles de patience
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Léo-Paul DESROSIERS, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve
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André LACHANCE, Le bourreau au Canada sous le régime français
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Marcel TRUDEL, Histoire de la Nouvelle-France, tome I, Les vaines tentatives, 1524-1603
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Jean HAMELIN et André FALARDEAU, Les journaux du Québec de 1764 à 1964
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Albert DOUTRELOUX, L'ombre des fétiches, Société et culture yombe