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Introduction

Mobilité(s) et littératie multimodale[Record]

  • Brahim Azaoui and
  • Nicolas Guichon

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  • Brahim Azaoui Université de Montpellier

  • Nicolas Guichon Université Lyon 2

L’époque moderne est marquée du sceau de la mobilité, de la fluidité et du changement (Bauman, 2000). La « singularité de la mobilité » (Montulet, 2005, p. 138) peut faire oublier la diversité de ses formes et de ses fonctions qui ne véhiculent ni les mêmes représentations ni les mêmes valeurs. Ainsi, Bauman (Ibid.) rappelle que la mobilité demeure connotée négativement lorsqu’elle concerne certaines populations, telles que les sans-abris et les gens du voyage, deux communautés que les politiques cherchent à sédentariser. La sédentarité est donc présentée comme une valeur moderne. Pourtant, la liberté de circuler ou d’en interdire la possibilité constitue un symbole de puissance ; ceux et celles qui n’en disposent pas voient leur mobilité contrainte, réglée, codifiée, surveillée. Dès lors, si la mobilité est valorisée, c’est entre autres parce qu’elle n’est accessible qu’à une partie de la population (Ahmed, 2004, dans Sheller et Urry, 2006). Dans le même temps, et dans un mouvement quasi contradictoire, les politiques ont intérêt à favoriser la mobilité (Bauman, 2000). Les crises géopolitiques et la massification des moyens de transport à bas coûts (Rosa, 2010) ont considérablement intensifié et popularisé la mobilité depuis plusieurs années, en mettant en place, par exemple, des bourses de mobilité pour les étudiant·e·s. Enfin, en restreignant la liberté de mouvement physique des individus, la pandémie de COVID-19 en 2020 a mis en évidence le caractère précieux de la mobilité et le rôle, certes imparfait, que les outils numériques pouvaient jouer pour atténuer les effets négatifs du confinement. Mais qu’entend-on précisément par « mobilité » ? Lévy et Lussault, chercheurs en géographie sociale, la définissent comme « l’ensemble des manifestations liées au mouvement des réalités sociales (hommes, objets, matériels et immatériels) dans l’espace » (2013, p. 623). Cela inclut donc toutes traces de circulation, d’habitation, de consommation, etc. Selon ces chercheurs, la notion de mobilité renvoie au déplacement physique, mais aussi aux idéologies et aux technologies qui l’accompagnent. Un « mobility turn » (Sheller et Urry, 2006) a par ailleurs été invoqué dans la recherche en sciences sociales, indiquant une conception renouvelée de ce que peut être la rencontre avec l’autre et de l’étonnement interculturel (Barbot, 2010). Ce changement de paradigme donne lieu à un nouvel imaginaire de la mobilité, si ce n’est à une mobilité imaginaire. Depuis peu, la mobilité a connu des évolutions profondes dans ses formes : quand elle n’est pas partagée ou écologique, elle se réalise de manière virtuelle. Devant son écran, l’étudiant·e Erasmus+ 2.0 peut voyager et vivre « une expérience européenne sans quitter sa salle de classe ». Urry (2005) considère ainsi que la mobilité contemporaine induit une nouvelle manière de repenser « les connexions multiples et complexes entre déplacement physique et modes de communication, de plus en plus dématérialisés qui semblent créer de nouvelles fluidités ». Les outils connectés (téléphones, montres, tablettes) sont devenus des agents indispensables de nos déplacements et ils s’intègrent dans la texture même de nos vies mobiles en devenant des extensions de nos corps (Purkarthofer, 2019). Par exemple, par le truchement de la personne du « migrant connecté », Diminescu et Loveluck (2014) se sont intéressés à la complexification sociale et temporelle de l’expérience des migrant·e·s induite par les outils numériques, en particulier le téléphone intelligent. L’étudiant·e international·e est en outre devenu la figure de l’individu mobile et connecté, et le héraut de la mondialisation heureuse (Guichon, 2020). Ainsi, quelles que soient les formes et motivations de la mobilité, le numérique intervient pour faciliter, augmenter ou gêner, et mettre en question le rapport des individus et des groupes aux environnements sémiotiques dans lesquels ils évoluent …

Appendices