Globalement, en raison des changements climatiques, qui agissent en tant qu’amplificateurs des aléas naturels, de nombreuses zones géographiques, potentiellement à risque, seront éventuellement touchées par une série de catastrophes inattendues (Peek & Mileti, 2002). Certes, aucun pays n’est à l’abri de ces événements qui laissent des traces durables dans la mémoire collective et psychique (Futterman et al., 2023; Norris et al., 2001). De plus, leur fréquence ne cesse d’augmenter et ce sont notamment les pays en développement qui subiront leurs conséquences néfastes (Ourhou et al., 2024). Les catastrophes dites naturelles ne se réduisent pas uniquement à leurs coûts écologiques, économiques et physiques (Bokszczanin, 2003) ; elles s’inscrivent également dans les aspects mentaux, comportementaux, sociaux et culturels (Fuentes et al., 2020; Labra et al., 2018) et peuvent donc affecter négativement la santé mentale des survivants même si certains d’entre eux s’en sortent bien. En effet, de nombreux travaux permettent de reconnaître que les catastrophes suspendent notablement le fonctionnement global des individus et des collectivités. En d’autres termes, elles agissent comme des révélateurs de vulnérabilité humaine, perturbent les repères ontologiques, tout en interrogeant les ressources adaptatives des instituions face à l’adversité. Ces calamités naturelles constituent donc des événements globaux qui affectent la vie des gens et les dynamiques sociales (Labra et al., 2018). Leur caractère destructeur émerge notamment quand elles exposent les populations à des blessures multidimensionnelles, se produisent dans un contexte défavorable, par exemple lorsqu’elles rencontrent des groupes vulnérables, des territoires mal préparés ou peu résilients, ainsi que des politiques publiques défaillantes ou des systèmes d’alerte déficients (Ourhou et al., 2024). Ce sont alors les communautés pauvres qui pâtissent le plus de ces événements dévastateurs. Ce numéro thématique aborde la psychologie des catastrophes dites naturelles au moyen d’une approche transversale, combinant santé mentale, psychologie et sciences sociales. Il explore les agents responsables de la détresse psychique, les processus de résilience, de croissance post-traumatique et de reconstruction psychique. Il donne aussi la parole aux sinistrés confrontés aux effets variés des catastrophes, dans des contextes marqués par le traumatisme et la perte de repères. Par le biais de recherches qualitatives et quantitatives, le présent numéro vise à éviter la lecture fataliste des aléas naturels pour en faire des possibilités de solidarité, de changement et de croissance. Le présent numéro est destiné aux spécialistes, aux décideurs et aux personnes qui visent à comprendre les défis actuels liés aux menaces environnementales actuelles. Les articles réunis dans ce numéro analysent les effets différenciés des catastrophes selon les contextes culturels, les âges et les statuts sociaux : Dans le premier article, Ann-Sophie Simard et ses collaborateurs, présente un état des connaissances actuelles sur la croissance post-traumatique des jeunes exposés à une catastrophe naturelle. Le deuxième article, écrit par Danielle Maltais et ses collaborateurs, présente les résultats d’une étude mixte menée auprès des répondants touchés par les inondations du printemps 2019 au Québec. Son objectif était d’identifier les stresseurs vécus et de mesurer leurs effets sur la santé mentale des sinistrés. Le troisième article, écrit par Rachel Côté et ses collaborateurs, porte sur la croissance post-traumatique des membres de la communauté universitaire en temps de pandémie. Il s’appuie sur une étude mixte réalisée auprès de 5407 personnes étudiantes et employées universitaires. Le quatrième article, écrit par Abdelaaziz Ourhou et Fatima-Ezzahra Ourhou, examine l’influence des facteurs de résilience sur le processus de rétablissement des victimes du séisme d’Al Haouz. Le cinquième article, rédigé par Chantal Verdon et ses collaborateurs, explore les impacts des restrictions sanitaires de la pandémie de la COVID-19 sur le soutien familial et social durant le deuil, à travers des entretiens réalisés avec 57 personnes. Le …
Appendices
Bibliographie
- Bokszczanin, A. (2003). The role of coping strategies and social support in adolescent's well-being after a flood. Polish Psychological Bulletin, 34(2), 67−72.
- Fuentes, L., Asselin, H., Bélisle, A. C., & Labra, O. (2020). Impacts of environmental changes on well-being in indigenous communities in eastern Canada. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(2), Article 637. https://doi.org/10.3390/ijerph17020637
- Labra, O., Maltais, D., & Gingras-Lacroix, G. (2018). Medium-term health of seniors following exposure to a natural disaster. Inquiry: a Journal of Medical Care Organization, Provision, and Financing, 55, Article 0046958018766667. https://doi.org/10.1177/0046958018766667
- Norris, F. H., Friedman, M. J., Watson, P. J., Byrne, C. M., Diaz, E., & Kaniasty, K. (2002). 60,000 disaster victims speak: Part I. An empirical review of the empirical literature, 1981-2001. Psychiatry, 65(3), 207–239. https://doi.org/10.1521/psyc.65.3.207.20173
- Peek, L. A., & Mileti, D. S. (2002). The history and future of disaster research. Dans R. B. Bechtel & A. Churchman (Dirs.), Handbook of environmental psychology (p. 511−524). John Wiley & Sons, Inc.
