Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Études

La composition des instances de gouvernance sportive au regard du genre[Record]

  • Clémence Chevalier

…more information

  • Clémence Chevalier
    Chargée de cours et doctorante à l’Université de Sherbrooke ; avocate et co-fondatrice du Cabinet CMELegal

Les informations contenues dans ce manuscrit reflètent en grande partie les sources telles que disponibles lors de la soumission initiale de celui-ci le 10 novembre 2023.

Il relève d’une évidence que les disparités entre les femmes et les hommes sont endémiques au sein du paradigme patriarcal dans lequel nous évoluons. Malgré des mutations positives, le Forum économique mondial rappelle qu’à ce rythme, il faudrait attendre l’an 2234 pour que l’égalité femme-homme soit atteinte à travers le monde. Dans la sphère professionnelle, les études démontrent que les femmes connaissent un accès plus lent que les hommes à des postes à haute responsabilité. Si l’on croit que l’égalité est un chemin qui passe par le pouvoir, donc par des postes à haute responsabilité, on peut se demander ce qu’il en est dans la sphère sportive, particulièrement au niveau de la composition des instances de gouvernance. Il existe une perception propre au domaine du sport, à savoir que ce dernier a été développé par et pour les hommes. Entre autres sous l’antiquité, les jeux panhelléniques sont réservés aux hommes. Dans un texte datant de 1912, intitulé « Les femmes aux Jeux olympiques », Pierre de Coubertin affirmait, entre autres déclarations, qu’« impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-Olympiade féminine ». Il persiste en 1928 : « Quant à la participation des femmes aux Jeux, j’y demeure hostile. C’est contre mon gré qu’elles ont été admises à un nombre grandissant d’épreuves ». Lorsque les premières organisations sportives se développent en Europe au début du XXe siècle, les femmes en sont écartées. Toutefois, en 1921, la Fédération internationale de sport féminin est fondée par Alice Milliat, grande sportive et militante féministe. Pour la première fois, la direction des sportives par des femmes est revendiquée publiquement. Le mouvement s’éteint toutefois en 1936 faute de soutien du Comité international olympique (CIO). Ce n’est qu’en 1967 qu’est organisée à Stockholm une conférence « Sport et femme ». Dès le milieu des années 70, un élan féministe s’intensifie et trouve une répercussion sur la scène internationale. En effet, en 1975, l’Organisation des Nations Unies (ONU) organise l’année internationale de la femme. Une conférence mondiale sur les femmes pour la première fois lieu, à Mexico. C’est en 1979 que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW selon l’acronyme anglais) est adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette prise de conscience gagne également le monde du sport. En 1980, la Française Monique Berlioux (1923—2015), première femme directrice générale du CIO, dénonce la présence infime des femmes au sein du CIO et des fédérations nationales et internationales : « honteusement infime […] les comités nationaux olympiques, fédérations nationales ou internationales, organismes régionaux, comités d’organisation, tout autant qu’ils sont se conduisent en fait en “all-male clubs” où la femme n’est tolérée qu’à doses minimales, en tant qu’invitée ». Ainsi, « le projet de la “féminisation” du monde sportif, et en particulier des fonctions dirigeantes, se pose dès les années 1980 alors que le Conseil de l’Europe mène une réflexion approfondie sur la question de l’égalité entre hommes et femmes dans la prise de décision ». À cet effet, à la fin des années 1980, plusieurs pays d’Europe se rencontrent dans le contexte du Conseil de l’Europe et un groupe de travail est créé (qui perdurera et deviendra en 1994 le groupe European Women Sport). Puis, en 1994, appuyé par le CIO, le British Sport Council organise la première conférence mondiale sur les femmes et le sport, à l’issue de laquelle est adoptée la Déclaration de Brighton, dont une des premières résolutions concerne l’augmentation du nombre de femmes dans des postes à responsabilité dans le sport. Il …

Appendices