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Recensions

Marieke Louis et Lucile Maertens, La dépolitisation du monde, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2024[Record]

  • Matthew Brassard

Les crises internationales des dernières années, notamment la pandémie de la COVID-19 et la guerre en Ukraine, montrent que les organisations internationales (OI) sont en proie à des conflits entre les acteurs politiques. Ces conflits ont pour effet de raviver le débat sur le caractère « neutre » des OI qui tentent de séparer leur travail de la sphère politique : un phénomène connu comme la « dépolitisation » de la gouvernance mondiale. Marieke Louis et Lucile Maertens proposent une introduction à cette tension entre la politisation et la technocratie sur l’échelle internationale dans l’ouvrage La dépolitisation du monde. Marieke Louis est enseignante-chercheuse en science politique et directrice adjointe du Centre Marc Bloch (Berlin). Ses recherches portent sur les organisations internationales dans le domaine de la gouvernance économique et sociale. Pour sa part, Lucile Maertens est professeure associée à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève, codirectrice du Global Governance Centre et collaboratrice scientifique à l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur les organisations internationales, notamment leur action dans le domaine de l’environnement et du climat. Les deux auteures ont déjà collaboré sur l’ouvrage Why International Organizations Hate Politics : Depoliticizing the World, dont le livre recensé prolonge les principales conclusions. Dans La dépolitisation du monde, les auteures soutiennent que les OI contribuent à la dépolitisation des enjeux mondiaux en présentant leurs actions comme neutres, et ce, même si ces dernières sont affectées par des choix politiques. L’ouvrage de Louis et Maertens présente la dépolitisation comme « un ensemble de processus par lesquels on appréhende et présente des problèmes ou des activités comme ne relevant pas de la sphère politique ». Alors que diverses approches existent pour expliquer la dépolitisation des OI, les auteures proposent une approche inédite et systématique pour présenter l’ensemble du processus de la dépolitisation qui s’explique en deux catégories : les pratiques et les logiques. Les auteures utilisent d’ailleurs un schéma pour montrer le contenu de leurs deux catégories d’analyse. Ce schéma peut également faire office de plan pour le reste de l’ouvrage puisque les auteures suivent celui-ci pour organiser leurs idées. Louis et Maertens utilisent une définition large et constructiviste de la politique, car leur but n’est pas d’alimenter le débat sur les délimitations de ce concept, mais d’expliquer pourquoi les OI cherchent à s’en éloigner. En outre, pour soutenir leur argumentaire, les auteures font appel à des études de cas pouvant dater de la fin du 19e siècle et remonter jusqu’à aujourd’hui. L’ouvrage se base donc, en partie, sur des études préexistantes pour proposer de nouvelles analyses. La première partie du livre s’attèle à répondre à la question suivante : comment dépolitiser ? En d’autres mots, Louis et Maertens s’attardent sur diverses pratiques utilisées par les OI dans leur quête de dépolitisation. Dans un premier temps, les auteures expliquent que l’argument de l’expertise est utilisé par les OI pour justifier « leur capacité à apporter des solutions apolitiques à des problèmes transnationaux ». Cette expertise prend souvent la forme d’indicateurs de performance quantifiable pouvant paraître objectifs, mais qui cachent une orientation idéologique. Pour illustrer ce point, les auteures utilisent le cas de l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement. L’IDH est constitué de trois variables (santé, éducation et revenu) et prétend fournir une vision objective du développement humain d’un pays basé sur une expertise. Or, l’histoire de l’IDH montre que sa conception se base grandement sur la vision de Mahbub ul Haq, un économiste associé à la Banque mondiale, dont la définition a été critiquée pour sa « simplification excessive » …

Appendices