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Comptes rendusBook Reviews

Charles Koechlin, Portraits musicaux 1909-1949. Textes rassemblés, présentés et annotés par Liouba Bouscant, préface de Michel Duchesneau, Paris, Vrin, 2025, 384 pages[Record]

  • Arthur Skoric

« Les Très Riches Heures de l’École française » (p. 21). Ainsi pourrait-on résumer l’ambition de Charles Koechlin, Portraits musicaux 1909-1949, tant cet ouvrage cherche à redonner voix, justice et surtout mémoire à une constellation de compositeurs, qui, aux yeux de Koechlin, incarnent l’esthétique et la tradition musicale française. Paru en 2025 aux éditions Vrin, ces volumes qui rassemble des textes de Koechlin est édité et abondamment annoté par Liouba Bouscant, chercheuse spécialiste de compositeur ayant consacré une thèse importante au sujet de l’intellectualité musicale de Koechlin. Cet ouvrage constitue le troisième volume des écrits du compositeur, après Esthétique et langage musical (2006) et Musique et société (2009), tous deux publiés par Michel Duchesneau chez Mardaga. Ce nouvel opus complète le diptyque en donnant à lire un ensemble de textes plus concrets et incarnés : cinquante portraits de musiciens, français pour la plupart, rédigés entre 1909 et 1949 sous forme de conférences, d’articles et de causeries radiophoniques. L’ensemble est précédé d’une introduction substantielle de l’éditrice, qui offre des clés de lecture nécessaires pour comprendre à la fois les choix éditoriaux, la cohérence interne du volume et sa place tant dans l’économie générale de la pensée koechlinienne que, plus largement, dans l’histoire de la musique française de la première moitié du XXe siècle. Liouba Bouscant inscrit ce volume dans une perspective double : d’une part il prolonge le legs critique de Koechlin ; d’autre part, il donne à voir l’engagement artistique du compositeur, tel qu’il s’exprime à travers ces « portraits » de musiciens. Selon elle, ce recueil « constitue la suite et l’illustration de la pensée esthétique et sociale de Koechlin » (p. 11), tout en représentant un instrument critique de la modernité musicale. Il illustre en actes une pensée construite dans les deux premiers volumes édités par Michel Duchesneau : ici, les valeurs ne sont pas seulement affirmées, elles sont incarnées dans des jugements, des choix et des réflexions historiographiques. La démarche de l’éditrice est, elle aussi, double : d’une part, elle entend faire apparaître à travers ces textes le rôle de Koechlin comme garant d’une tradition esthétique française, dont il n’est ni le gardien académique ni le commentateur extérieur, mais l’un des acteurs les plus constants et les plus lucides, capable de se positionner et de « produire un discours analytique, esthétique, historique, sur les époques du passé récent et du présent » (p. 14). D’autre part, loin d’un académisme doctrinaire, Koechlin construit une « esthétique militante » : son engagement se fonde sur la conviction que la musique française représente une forme d’idéal artistique universel, qui « revêt les caractéristiques de la beauté attique, sensible, pleine de retenue dans son expression » (p. 30), par la mesure, l’intelligence formelle, la sensibilité expressive et la diversité des écritures qu’elle incarne. Cet idéal français, pour Koechlin, n’est pas le simple label stylistique d’un cadre nationaliste quelconque : il s’inscrit dans un projet plus vaste qu’il conçoit comme un véritable idéal de civilisation artistique. Liouba Bouscant montre que cette conception repose sur une synthèse profondément enracinée dans une tradition chrétienne laïcisée (ce point est d’ailleurs discutable tant le rapport de Koechlin au religieux, et plus spécifiquement à la chrétienté, est complexe), nourrie d’hellénisme, et imprégnée d’un esprit humaniste où la beauté musicale s’identifie à la justesse morale. Les qualités que Koechlin valorise dans la musique française moderne – entre autres, la mesure, la limpidité, la liberté, la diversité et le dépouillement – ne relèvent pas de critères techniques, mais davantage d’un ethos : celui d’un art de la sensibilité sincère, de la clarté expressive, du refus du dogme …

Appendices