Abstracts
Mots-clés :
- diplomatie culturelle,
- éducation musicale,
- ethnomusicologie,
- musique,
- politiques culturelles
Keywords:
- cultural diplomacy,
- cultural policies,
- ethnomusicology,
- music,
- music education
Cet ouvrage collectif, codirigé par les musicologues David G. Hebert (Western Norway University of Applied Sciences, Bergen) et Jonathan McCollum (Washington College, Chestertown), vise à examiner les possibles contributions de l’ethnomusicologie, notamment dans une perspective historique et/ou appliquée, dans l’optique d’un enrichissement de notre compréhension de la notion de diplomatie culturelle, et plus précisément musicale. Autrement dit, comment les terrains de l’ethnomusicologie peuvent-ils nous aider à comprendre les multiples modalités de la diplomatie musicale et à imaginer ses potentialités futures, notamment dans une perspective décoloniale ? Cette question est motivée par le constat des directeurs de l’ouvrage selon lequel la plupart des travaux qui ont été réalisés au sujet de la relation entre diplomatie et musique se limitent à explorer les déclinaisons nord-américaines et européennes de cette relation. L’ouvrage vise donc à pallier cette lacune en examinant la manière dont les politiques culturelles de différentes nations dites non occidentales (en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique) les amènent à mobiliser (ou non) la musique à des fins diplomatiques. Il importe en premier lieu de situer ce que les directeurs de l’ouvrage entendent exactement par diplomatie musicale. Ce cadre conceptuel est décrit de manière exhaustive dans l’introduction, et sera par la suite rappelé à plusieurs reprises dans les différents chapitres. La diplomatie musicale est comprise comme une dimension de la diplomatie culturelle, laquelle implique la mobilisation des arts et du patrimoine culturel à des fins diplomatiques. Les auteurs admettent une certaine proximité conceptuelle entre la diplomatie culturelle et la diplomatie dite publique, en raison de la manière dont les deux mobilisent les discours, les médias et l’image pour permettre à une nation de projeter une certaine image d’elle-même vers l’extérieur – en contraste avec la diplomatie dite traditionnelle, qui concerne plutôt les « négociations stratégiques qui se déroulent derrière des portes closes » (p. 5), pour reprendre les termes des directeurs de la publication. Cette proximité entre les notions de diplomatie culturelle et publique les rapproche des notions de soft power, définie par le spécialiste des relations internationales Joseph Nye comme la capacité de « façonner les préférences des autres à travers l’attraction plutôt que la coercition et les paiements », et de nation branding, définie par les spécialistes des politiques publiques et culturelles Michael Ahn et Hsin-Ching Wu comme les « techniques de communication marketing utilisées pour promouvoir l’image d’une nation ». Toutefois, Hebert et McCollum considèrent que la diplomatie culturelle s’avère bien plus qu’une déclinaison du « nation branding mobilisant les arts en tant que forme de diplomatie publique » (p. 5), en ce que, suivant les travaux de Goff, ils orientent ses objectifs vers la reconnaissance et la compréhension mutuelles ainsi que les échanges interculturels. La relation conceptuelle entre diplomatie culturelle et publique peut néanmoins être admise considérant que toutes deux, comme le précise Nye, impliquent une forme de communication dirigée vers un public plutôt qu’entre des gouvernements. En ce sens, bien que les directeurs de l’ouvrage reconnaissent l’implication centrale des États dans la production de la diplomatie culturelle, notamment à travers la mise en place de politiques culturelles, ils mettent également en évidence la multitude d’acteurs qui y participent, que ce soit via les programmes d’échange, les ONG ou le secteur privé. Pour mettre de l’avant la diversité de ces acteurs, les auteurs choisissent donc d’exposer dans leur ouvrage des études de cas se situant à l’intersection de la diplomatie musicale, de l’ethnomusicologie appliquée et de l’éducation musicale. Les contributeur·trice·s de l’ouvrage sont par ailleurs issu·e·s de multiples horizons, géographiques comme disciplinaires : les ethno/musicologues côtoient les musicien·ne·s et les éducateur·trice·s en musique …
