L’enseignement de la musique fait partie du cursus scolaire de nombre de pays, ce qui témoigne de son importance pour plusieurs sociétés. Cette matière peut être obligatoire ou optionnelle, enseignée par des spécialistes formé·e·s ou des généralistes, ce qui lui donne un statut fort différent d’un pays à l’autre. Si la recherche publiée dans les pays anglophones est relativement abondante, elle gagne encore à être développée dans les pays francophones. En effet, nous ne pouvons que constater le peu de documentation empirique ou réflexive sur les pratiques musicales en milieu scolaire disponible en français, malgré son importance pour soutenir les pratiques enseignantes. Il s’avère donc essentiel de mettre de l’avant les travaux de recherche en éducation musicale faits dans la francophonie et rédigés dans notre langue. L’enseignement de la musique est une pratique qui doit, pour une éducation de qualité, s’appuyer sur les données issues de la science, grâce à des chercheur·euse·s ayant observé méthodiquement différentes pratiques. En ce sens, ce dossier thématique s’intéresse à des travaux provenant de différents lieux de la francophonie – Canada francophone, France, Suisse – et permettant de saisir des enjeux spécifiques à ces réalités distinctes. Empruntant à différentes méthodes de recherche issues de la psychologie, de la sociologie et de l’éducation, les auteur·rice·s contribuent à documenter les pratiques des enseignant·e·s et des musicien·ne·s éducateur·rice·s dans leur contexte scolaire spécifique. Nous souhaitons affirmer la place de l’éducation musicale comme discipline scientifique riche et qui s’intéresse à un large éventail de sujets allant de l’enseignement à l’apprentissage et aux dispositifs pédagogiques. Pour ce faire, le présent numéro s’ouvre sur une réflexion pédagogique ancrée dans le rapport entre création, incertitude et construction du savoir en contexte scolaire. Dans son article « L’improvisation éducative. Outil pédagogique de découverte et outil du doute dans le contexte hypermoderne », Mathias Rousselot explore le potentiel de l’improvisation comme vecteur d’émancipation pour les élèves et d’exploration didactique pour les enseignant·e·s. Ici, l’improvisation est envisagée comme un outil méthodologique central qui favorise la coconstruction des savoirs dans une pédagogie active et sensible à l’instant. Cette perspective de transformation des pratiques se poursuit avec l’étude de Manon Ballester, Pascal Terrien, Daniele Schön et Jonathan Mirault portant sur « L’orchestre à l’école et les capacités d’autorégulation des élèves de primaire ». Les auteur·rice·s y examinent l’influence de la pratique orchestrale sur les processus d’autorégulation en comparant les performances d’élèves musicien·ne·s et non musicien·ne·s dans une tâche de résolution de problème en mathématiques. Dans une perspective complémentaire, l’article de Catherine Tardif, Hélène Boucher, Valérie Thomas et Julie Lane analyse les « facteurs prédictifs de l’anxiété de performance musicale perçue d’élèves de 9 à 12 ans » inscrit·e·s dans un programme musique-études. Cette recherche met en lumière le rôle du sentiment d’efficacité personnelle comme facteur de protection contre le développement de l’anxiété de performance et l’importance de prendre en compte une pluralité de variables psychologiques dans l’accompagnement des jeunes musicien·ne·s. Enfin, l’article de Sarah Chardonnens et Fanny Pasquier porte sur les enseignant·e·s généralistes suisses en explorant leur sentiment de compétence face à l’enseignement musical. L’analyse met en évidence un écart entre les exigences institutionnelles et les moyens réellement disponibles, tout en proposant des pistes pour adapter la formation et les référentiels de compétences aux besoins du terrain. Par ailleurs, les contributions libres de ce numéro offrent des perspectives complémentaires qui, bien qu’ancrées dans des contextes diversifiés, résonnent avec certains enjeux soulevés par la thématique de la transmission de la musique. Jérôme Albert Schumacher, dans « Le numérique pédagogique dans les Hautes écoles de musique de Suisse romande. Autoévaluation des compétences, Pratiques déclarées », interroge l’usage des outils …
