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Comptes rendus

Hugo Bouvard, Gays et lesbiennes en politique. Représenter les minorités sexuelles en France et aux États-Unis, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2024, 375 p.[Record]

  • Manon Tremblay

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  • Manon Tremblay
    Université d’Ottawa

Si un nombre substantiel d’études sur la participation des femmes aux processus électoraux et représentatifs est aujourd’hui disponible ‒ ce qui ne saurait étonner, considérant le nombre maintenant appréciable, quoique toujours en deçà de l’idéal paritaire, de politiciennes en Occident ‒ il n’existe rien de tel pour ce qui est des personnes LGBTQ+ en politique : elles y sont toujours peu nombreuses, tout comme les études qui s’y intéressent. En cela, Gays et lesbiennes en politique vient enrichir un champ du savoir encore aujourd’hui largement vierge, a fortiori dans la langue de Colette, bien que ‒ et cela ne surprendra personne ‒ l’ouvrage nous en dise bien davantage sur les gais que sur les lesbiennes. Qu’à cela ne tienne, ce compte rendu insistera sur celles-ci. L’objectif de Hugo Bouvard, maître de conférences en histoire et sociologie des États-Unis à l’Université Paris-Cité, est de « retrace[r], de part et d’autre de l’Atlantique, l’histoire de la cause de la représentation politique des minorités sexuelles » (p. 14). De manière plus précise, il s’intéresse aux diverses mobilisations survenues aux États-Unis et en France en vue d’augmenter le nombre des élues lesbiennes et des élus gais au sein des institutions représentatives. Il est à noter que l’étude ignore les personnes bisexuelles et trans parce que, nous informe l’auteur, elles ne sont pas ressorties dans les sources consultées comme un enjeu de représentation politique au cours de la période étudiée, essentiellement de la décennie 70 à la fin des années 2010. S’inspirant de la notion d’« espace de la cause des femmes » conceptualisée par Laure Bereni (2015), Bouvard retient aux fins de son analyse les mobilisations s’étant déployées au sein de ce qu’il nomme l’« espace de la cause des minorités sexuelles » (p. 16). C’est un espace représentatif constitué de différents pôles en compétition, notamment un pôle associatif (pour l’essentiel, le mouvement aujourd’hui désigné par l’acronyme LGBTQ+), un pôle institutionnel (regroupant, entre autres, des groupes de recherche universitaires et gouvernementaux) et, bien sûr, un pôle électoral-partisan (incluant des groupes LGBTQ+ consacrés à la politique électorale, au sein et hors des partis, des regroupements informels d’élues et élus ouvertement LGBTQ+, etc.). En conceptualisant ainsi la représentation politique sous la forme d’une cause dont se réclament plusieurs pôles en compétition, l’auteur peut la penser en ce qui concerne non seulement leur présence au sein d’institutions politiques, mais aussi les mobilisations au sein de la société civile (qui sont, en fait, les deux volets de sa réflexion). La représentation s’émancipe d’autant mieux du théâtre institutionnel pour embrasser la société civile que Bouvard met à contribution de sa réflexion la proposition de Michael Saward, fort prisée depuis quelques années par le monde de la recherche, pour qui représenter consiste à déclarer le faire, certes, mais aussi à voir endossée une telle déclaration : x peut bien déclarer représenter y, mais si y rejette cette prétention, la déclaration représentative de x tombe à l’eau… D’où le fait que la représentation est un processus dialogique et processuel. Pour clore ce survol de l’architecture théorique de l’ouvrage, Bouvard interprète ses observations à l’aune de la sociologie de l’homosexualité, des mouvements sociaux et du personnel politique, un regard enrichi de quelques sensibilités féministes et intersectionnelles. La démarche méthodologique retenue par Bouvard est qualitative et varie selon son terrain d’observation : tantôt les mobilisations citoyennes, tantôt le personnel politique. Dans le premier cas, le chercheur a privilégié une enquête sociohistorique de groupes « homosexuels » partisans, recourant pour ce faire à des observations ethnographiques, à des entretiens de type histoires orales ainsi qu’à l’exploration de sites Web et d’archives de groupes …

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