Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Comptes rendus

Élisabeth Mercier, Slutshaming. Sexualité, honte et respectabilité des femmes, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2024, 334 p.[Record]

  • Marie-Josée Saint-Pierre

…more information

  • Marie-Josée Saint-Pierre
    Université Laval

Dans un contexte où la quatrième vague féministe se mobilise contre la culture du viol, la banalisation des violences sexuelles et la persistance du double standard sexuel, l’ouvrage d’Élisabeth Mercier constitue une contribution incontournable. Slutshaming. Sexualité, honte et respectabilité des femmes explore en profondeur les mécanismes d’humiliation et de stigmatisation sexuelle qui visent les femmes et les filles, en insistant sur la dimension ordinaire et diffuse de cette violence. L’autrice analyse les effets de pouvoir de la culpabilisation sexuelle (slutshaming), sur les plans à la fois individuel (rapport à soi, intériorisation de la honte) et collectif (reproduction des normes hétéronormatives et hiérarchisation genrée de la sexualité). Pour montrer la pertinence de ce travail dans les études féministes, ce compte rendu présente les trois chapitres de l’ouvrage avant d’en proposer une analyse critique. En introduction de l’ouvrage, Mercier définit le slutshaming comme l’ensemble des pratiques d’humiliation et de stigmatisation visant une personne en raison de sa sexualité, jugée excessive ou inappropriée. Le phénomène englobe non seulement les insultes et les moqueries, mais aussi la diffusion non consensuelle d’images intimes et les mécanismes de culpabilisation des victimes. Si des cas spectaculaires et médiatisés (Rehtaeh Parsons et Amanda Todd) attirent l’attention, l’autrice insiste sur l’importance d’étudier les formes ordinaires et banalisées du slutshaming, qui façonnent la vie quotidienne des jeunes femmes. La démarche méthodologique repose sur 18 entretiens semi-dirigés menés avec des participantes francophones âgées de 21 à 47 ans, complétés par une cinquantaine de documents (articles, balados, documentaires, témoignages publics). Ces récits révèlent des expériences variées, insultes à l’école, stigmatisation en milieu familial ou religieux, rumeurs, cyberviolence, mais aussi des stratégies de résistance. Dans le premier chapitre, Mercier commence par une généalogie des insultes sexuelles. Le terme slut, rappelle-t-elle, désignait d’abord les femmes de classes populaires jugées sales ou négligées, avant de prendre une connotation sexuelle (« luxure », « impureté »). En français, salope et pute remplissent une fonction similaire, associant la sexualité féminine à la saleté et à la dégradation. L’analyse convoque Michel Foucault (1976) et son concept de « dispositif de sexualité », Silvia Federici (2014) et l’histoire des chasses aux sorcières comme moment fondateur de l’assujettissement des femmes, ainsi que Beverley Skeggs (1997), qui montre comment la respectabilité constitue un capital moral refusé aux classes populaires. Le slutshaming, dans cette perspective, opère comme une « police du genre » (Clair 2012), réprimant toute transgression des normes de la sexualité et de la respectabilité imposées aux femmes. Mercier rappelle que la honte, traditionnellement étudiée en philosophie comme une émotion individuelle, doit être comprise ici comme une émotion politique et sociale, instrumentalisée pour maintenir l’ordre hétéronormatif (Bartky 1990). Le slutshaming n’est donc pas une simple insulte, mais un dispositif de pouvoir. Le deuxième chapitre, le plus substantiel de l’ouvrage, décrit en détail les modalités concrètes du slutshaming et ses multiples formes d’expression. L’entrée dans l’adolescence apparaît comme un moment charnière, où la puberté et la sexualisation des corps féminins exposent les jeunes filles à une surveillance accrue : leur apparence physique et leurs choix vestimentaires deviennent des critères autant de jugement que de stigmatisation. Cette logique se lie également à la grossophobie et au classisme, puisque certaines morphologies (une forte poitrine ou un corps jugé non conforme) attirent davantage de commentaires et de violences symboliques, révélant l’imbrication des normes sexuelles et de la hiérarchie sociale. Le slutshaming s’ancre aussi très tôt dans le cadre familial et scolaire; les injonctions parentales et éducatives à la respectabilité contribuent à l’intériorisation de la honte et au contrôle constant des comportements féminins. Les récits analysés soulignent par ailleurs la …

Padlock

Access to this article is restricted to subscribing institutions and individuals; only the abstract or an excerpt is displayed.

Please view our access options for more information.

Access options

Appendices