En France, l’arrivée des contraceptifs hormonaux dans les années 1960 a entraîné, selon plusieurs féministes, une réelle révolution et une libération sexuelle pour les femmes. Pourtant, de nombreuses inégalités demeurent aujourd’hui entre les genres quant à la sexualité. À la suite de la diffusion des contraceptifs médicaux dans la seconde moitié du xxe siècle, le contexte entourant l’utilisation des contraceptifs hormonaux a beaucoup changé, bien que l’expérience de la sexualité demeure profondément genrée au sein des couples hétérosexuels dans l’expression du désir ou la recherche du plaisir. Effets secondaires, charge contraceptive et errance médicale ont d’ailleurs terni la réputation de la fameuse pilule contraceptive. Dans ce contexte, Cécile Thomé pose la question suivante : Si la diffusion de la contraception médicale n’a pas libéré définitivement la sexualité, quelles ont alors été ses conséquences exactes sur les expériences intimes des hétérosexuel.les? Cet ouvrage comporte des réflexions subtiles et nuancées sur les expériences intimes forgées à partir d’une démarche méthodologique rigoureuse. Ce sont les conclusions de plus de 10 années de recherches sociohistoriques qui sont dévoilées dans ce livre. L’argumentation solide de l’ouvrage se base sur de la documentation variée, telle que des archives, des entretiens, des résultats d’enquêtes nationales et des forums sur Facebook. Cet essai est divisé en huit chapitres. Il examine d’abord le rapport genré à la régulation des naissances et au plaisir dans la première moitié du xxe siècle pour ensuite comprendre les effets de l’arrivée de la contraception médicalisée dans les rapports intimes. L’ouvrage aborde par la suite les représentations du préservatif depuis les années 80. L’autrice s’attarde aux raisons et effets genrés de l’utilisation de la contraception médicale, des méthodes dites « naturelles » et de la prise en charge de la contraception par les hommes. Finalement, le livre détaille la sexualité hétérosexuelle, notamment dans son rapport à la spontanéité et examine le script sexuel normatif dans les relations hétérosexuelles. Le chapitre 1, intitulé « Une affaire d’homme », présente le contexte contraceptif et sexuel en France avant l’arrivée de la pilule contraceptive. Cette première partie vise à démontrer qu’il existait bel et bien une sexualité contraceptive avant l’arrivée de la pilule. Cette dernière entraîne une transition vers une sexualité contraceptée ainsi qu’un passage d’un rôle contraceptif masculin vers une responsabilité féminine de la contraception. Au chapitre 2, « De l’harmonie conjugale à la libération sexuelle? », l’autrice explore ce changement de pratiques genrées en matière de contraception. Sur le plan de la sexualité, la pilule contraceptive et le stérilet facilitent la séparation entre sexualité ordinaire et contraception, puisque ces moyens n’interfèrent pas dans le déroulement de la relation sexuelle à proprement parler, contrairement à la méthode du retrait, par exemple, qui fait partie intégrante de ce script. Le chapitre 3, « “ Jouir sans entraves ”? Révolution sexuelle et ordre de genre », présente les effets de l’arrivée de la pilule contraceptive dans la société. D’un côté, cette pilule permet d’émanciper les femmes de la peur de tomber enceinte en leur donnant un plus grand contrôle sur leur fertilité et leur sexualité. D’un autre côté, le corps des femmes devient constamment disponible aux relations sexuelles et objet de désir plutôt que sujet actif dans la relation. Au chapitre 4, « Le préservatif, objet d’hommes ou responsabilité de femmes? », Thomé explore la façon dont la crise du VIH dans les années 80 amène de nouvelles représentations de la contraception en réaffirmant l’importance du préservatif. Ce dernier est désormais associé à la santé publique et à des pratiques sexuelles sécuritaires. De plus, il relève dorénavant de la responsabilité des femmes, mais continue de s’inscrire …
Appendices
Référence
- MORELL, Carolyn, 2000 « Saying No: Women’s Experiences with Reproductive Refusal », Feminism & Psychology, 10, 3 : 313-322, [En ligne], [doi.org/10.1177/09593535000 10003002] (17 septembre 2025).
