L’équipe de trois chercheuses en humour réunies pour l’ouvrage Sans blague! Une anthologie de l’humour des femmes a réalisé un travail colossal dans le domaine de l’humour au féminin au Québec et au Canada. Elles ont regroupé des extraits des oeuvres de 86 auteures, commentées par 11 collaboratrices, pour un total de 478 pages! Et il y en a pour tous les goûts, allant de la prose littéraire des romans, des poèmes, des extraits de pièces de théâtre et de la littérature jeunesse aux transcriptions de textes oraux, tels que les monologues, les chansons et les émissions de radio, sans oublier le théâtre burlesque qui doit beaucoup à l’improvisation, jusqu’aux oeuvres hybrides comme la bande dessinée et les textes tirés du Web, qu’ils proviennent des réseaux sociaux ou de blogues. L’ensemble de ces extraits comiques a été classé chronologiquement selon l’année de parution, par décennie, sauf pour le premier et le dernier chapitre, qui couvrent respectivement une période de 60 ans (1890-1950) et une période de 5 ans (de 2020 à nos jours). En fait, cette expression « à nos jours » convient bien pour la présente année, mais qu’en sera-t-il lorsque le livre sera consulté en 2030 ou plus tard? N’aurait-il pas mieux valu inscrire tout simplement 2020-2025? Réglons immédiatement une grande question. Qu’est-ce que l’humour? Quel est ce processus mystérieux qui provoque un phénomène physique intense qui s’appelle le rire, sinon le sourire, ce qui, paraît-il, distingue l’être humain des animaux? Nous entrons ici dans un domaine éminemment subjectif : certaines personnes vont trouver un texte drôle et d’autres, pas du tout. L’un des grands pontes des études sur l’humour, Robert Escarpit, dressait déjà la table en 1960 dans son oeuvre brillante, L’humour, en titrant son introduction de cette expression marquante : « L’impossible définition ». Cela étant établi, nous nous sentirons beaucoup plus à l’aise de souligner les oeuvres qui nous apparaissent effectivement humoristiques et de taire les autres qui ne nous ont même pas fait sourire, sans ainsi porter un jugement de valeur. Chaque extrait est précédé du parcours de son auteure, suivi de la place que l’oeuvre citée occupe dans le paysage culturel de l’artiste. Apparaît alors un paragraphe consacré soit à une brève analyse du texte, soit à un résumé de la scène. Pour notre part, nous avons choisi de lire tout d’abord les extraits, afin d’en ressentir les effets immédiats et sans filtre. Puis nous avons regardé les textes de présentation. Précisons que certaines anthologies les omettent totalement, dont la première que nous ayons lue, L’anthologie de l’humour noir d’André Breton (1966), qui nous ravit encore par sa richesse et sa variété. C’est donc avec un grand enthousiasme que nous abordons cette nouvelle anthologie. Dès la lecture des textes de la première période (1890-1950), nous nous demandons sur quels points porteront nos commentaires. Il s’avère impossible de souligner nommément chaque titre de la centaine d’oeuvres réunies (en effet, quelques auteures ont plus d’un extrait) qui vont dans toutes les directions. Dès le départ, nous choisissons donc de nous limiter au style (littéraire ou parlé), à l’originalité des thèmes abordés et à la qualité de l’humour. La première période nous donne déjà à lire de savoureux morceaux de choix. Georgina Lefaivre (pseudonyme : Ginevra) (1919) manie la plume avec dextérité dans ses chroniques du Soleil et nous fait carrément rigoler avec son ironie à propos de son mari qui a la grippe, cette « grippe égalitaire et démocrate » (p. 29). Sa façon de personnifier la grippe nous fait immédiatement basculer dans un monde cocasse. Mary Travers, dite « La Bolduc …
Appendices
Références
- BRETON, André, 1966 Anthologie de l’humour noir. Paris, Jean-Jacques Pauvert.
- ESCARPIT, Robert, 1960 L’humour. Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je? ».
