Abstracts
Résumé
Une configuration migratoire féministe est décrite au prisme d’un « groupe femmes » créé en 2019 dans un collectif de soutien aux personnes sans-papiers d’une ville française. L’approche féministe matérialiste et la relation ethnographique sont d’abord analysées en intégrant des alertes intersectionnelles et décoloniales. Puis, à partir d’entretiens et d’observations, l’auteur montre que l’exposition aux violences en contextes migratoires fait l’objet de résistances « individuelles » et d’expériences « féministes » en amont du « groupe femmes ». Il retrace ensuite la manière dont le groupe a été clivé par une division racisée du travail militant, un retrait des militantes-soutiennes dans l’expression des violences, un rapport hétérogène à la classe des femmes et au féminisme majoritaire. Enfin, il détaille les innovations du groupe dans le travail militant et les effets de la non-mixité. Un groupe de sans-papières africaines s’est cristallisé et a fait bouger les lignes des divisions de sexe/race dans le collectif mixte.
Mots-clés :
- femmes sans-papiers,
- féminisme matérialiste,
- groupes de femmes,
- résistances minoritaires,
- violences envers les femmes
Abstract
A feminist migration configuration is examined through the lens of a women’s group created in 2019 as part of a collective supporting undocumented migrants in a French city. The materialist feminist approach and the ethnographic relationship are first analyzed by incorporating intersectional and decolonial considerations. Based on interviews and observations, the author shows that exposure to violence in migration contexts is the subject of « individual » resistance and « feminist » experiences prior to the women’s group. He then traces how the group became divided by a racialized division of activist labor, a withdrawal of activist supporters in expressing violence, and a heterogeneous relationship to the women’ class position and mainstream feminism. Finally, the author details the group’s innovations in activist work and the effects of non-mixed gender groups. A group of undocumented African women crystallized and shifted the lines of gender/race divisions within the mixed collective.
Resumen
Se describe una configuración migratoria feminista a través de la perspectiva de un « grupo mujeres » creado en 2019 dentro de un colectivo de apoyo a migrantes indocumentados/as en una ciudad francesa. Primero se analiza el enfoque feminista materialista y la relación etnográfica, incorporando perspectivas interseccionales y decoloniales. Posteriormente, con base en entrevistas y observaciones, el autor muestra que la exposición a violencias en contextos migratorios es objeto de resistencias « individuales » y experiencias « feministas » previas a la formación del « grupo mujeres ». Después, el autor rastrea cómo el grupo se vio escindido por una división racializada del trabajo activista, un retiro de las activistas-seguidoras de la expresión de violencias, una relación heterogénea con la clase de las mujeres y el feminismo dominante. Finalmente, el autor detalla las innovaciones del grupo en el trabajo activista y los efectos de su estructura unisexual. Un grupo de mujeres africanas indocumentadas cristalizó y desplazó las líneas de las divisiones de género/raza dentro del colectivo mixto.
Appendices
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