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Comptes rendus

Allyson Jule, Speaking Up – Understanding Language and Gender, Bristol, Multilingual Matters, 2018, 144 p.[Record]

  • Anne-Marie Pilote

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  • Anne-Marie Pilote
    Université du Québec à Montréal

Dans la foulée du mouvement #metoo, « feminism » a été élu mot de l’année aux États-Unis en 2017 par le dictionnaire américain Merriam-Webster. S’il s’agit d’une reconnaissance symbolique importante de la lutte des femmes contre les violences sexuelles, cette désignation constitue toutefois un paradoxe troublant, soutient d’entrée de jeu Allyson Jule dans son plus récent ouvrage intitulé Speaking Up – Understanding Language and Gender, qui a pour thèse centrale l’idée que la langue est le reflet des inégalités femmes-hommes et des stéréotypes présents dans les sociétés occidentales. À partir d’exemples concrets tirés de recherches linguistiques sur le genre, la professeure en sciences de l’éducation à la Trinity Western University et chercheuse associée au Gender Studies Centre d’Oxford entend montrer que les pratiques langagières révèlent, actualisent et sous-tendent les construits sociaux de genre, contribuant de ce fait à la perpétuation des différences femmes-hommes dans l’ensemble des espaces de la vie sociale (médias, éducation, travail, religion et relations personnelles). Dans une courte introduction, Jule jette d’abord les bases théoriques du genre. Celui-ci y est défini comme l’identité construite par l’environnement socioculturel des individus. Il se réfère aux comportements, aux activités et aux attributs qu’une société considère comme appropriés pour les femmes et les hommes (p. 9) : Se référant principalement à Deborah Cameron (2005) et à Judith Butler (2006), Jule attire l’attention sur le rôle de la langue en tant qu’espace crucial de signification et de catégorisation du genre. C’est par le langage que chaque être humain intériorise et véhicule très tôt les représentations du monde qui l’entoure : « Girls seem to be more rehearsed into being relational in their use of language in playing with dolls or in paired groupings, while boys are rehearsed into being more individual through their participation in competitive sports », indique-t-elle (p. 28). La professeure dresse aussi le constat suivant : empreinte d’une violence symbolique, la langue transmet aux filles, dès leur plus jeune âge, infériorisation et invisibilité linguistiques et sociales. Les filles grandissent dans un univers où les femmes sont davantage les objets passifs du discours – elles sont souvent reléguées à la sphère du corps et identifiées à leur capacité de reproduction – plutôt que les objets actifs. Jule insiste sur le biais genré (gender bias) de la langue, cette dernière ayant été, selon l’auteure, historiquement instrumentalisée par les hommes et le genre masculin y est toujours perçu comme plus noble que le féminin (p. 20). Le langage se veut ainsi un instrument de domination et de discrimination puissant parce qu’il constitue le miroir des attentes normatives en matière de genre. Cette situation entraîne à penser le féminin et le masculin comme quelque chose de naturel au sens essentialiste, alors que c’est plutôt une chose que l’on construit. Les normes sociales ainsi produites contraignent les femmes et les hommes non seulement à se conformer en fonction de leur sexe, mais aussi à concevoir l’autre sexe selon ces normes. Au quotidien, cela se traduit par des pratiques langagières différenciées qui portent la marque de stéréotypes persistants. Si une poignée de personnes détenant un certain capital socioculturel sont capables de refuser de s’exprimer selon des manières dites féminines ou masculines, la plupart ne le peuvent pas et alimentent, voire renforcent, de façon inconsciente les construits genrés du parler féminin et du parler masculin dans leurs discours. C’est pourquoi il est primordial, fait valoir Jule, de s’appuyer sur l’analyse critique du discours « in order to examine the way language contributes to social reproduction and social change and explore power in various linguistic settings » (p. 29). Par cette dernière expression, elle …

Appendices