Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Comptes rendus

Textes réunis et présentés par Marianne Prairie et Caroline Roy-Blais, Je suis féministe, le livre, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2016, 204 p.[Record]

  • Lorena Suelves Ezquerro

…more information

  • Lorena Suelves Ezquerro
    Université Laval

C’est comme si c’était hier, en 2008, alors qu’on naviguait candidement sur le Web : un nouveau blogue féministe québécois voyait le jour sur une toile où la résistance féministe était exclusivement présente en anglais. C’est à ce moment-là que Marianne Prairie et Isabelle N. Miron ont décidé de créer Jesuisféministe.com (JSF), blogue féministe furieux et joyeux à caractère collaboratif, qui allait briser l’isolement des jeunes féministes francophones en contexte québécois à tout jamais, en mettant les pendules à l’heure dans le cercle fermé (boys club) d’Internet. Ce blogue féministe, sans politique éditoriale définie, mais assurément prochoix, est vite devenu une tribune de prise de parole pour « bon nombre de féministes toutes fraîches sorties du placard du patriarcat » (Prairie 2016), un espace où les jeunes féministes en contexte québécois produisent des textes exceptionnels de façon libre et sécuritaire et se regroupent à l’abri d’une toile où l’on côtoie quotidiennement ce que Diane Lamoureux (2016 : 9) appelle le « “ sexisme ordinaire ” […] celui qu’on retrouve dans les médias, dans les conversations mondaines, dans nos interactions quotidiennes ». À ce jour, JSF compte plus de 750 articles. Cette plateforme Web sur laquelle les jeunes féministes peuvent publier et correspondre a déplié ses tentacules sur les médias sociaux. Elle réunit plus de 13 400 fans Facebook et au-delà de 6 500 abonnées Twitter, ce qui lui permet de relayer une large part du contenu féministe publié ailleurs que dans le blogue. Cependant, ce virage vers les médias sociaux n’est pas sans conséquence et vient avec son lot de difficultés. Par exemple, la présence de trolls à caractère misogyne et antiféministe qui visent à épuiser les administratrices, dans le but ultime de les faire taire, est un élément perturbateur. En effet, les masculinistes (qui incarnent une forme particulière d’antiféminisme) « semblent avoir compris qu’Internet est un média qui permet de rejoindre beaucoup de personnes avec peu de moyens » (Jobin 2012 : 112). Ils savent attirer l’attention des médias et se déployer dans l’espace public de façon habile et organisée dans le but de « contrer l’émancipation des femmes » (Blais et Dupuis-Déri 2012b : 16), et ce, en adoptant « un discours prétendant que les féministes et les femmes dominent la société » parce qu’elles « exer[ceraient] un pouvoir et une influence indus dans la société, au point d’y dominer les hommes » (Blais et Dupuis-Déri 2012a : 243), ce qui entraînerait une prétendue « crise de la masculinité ». C’est ainsi que le blogue a reçu des attaques ou s’est trouvé placé au centre de controverses, non seulement de la part de masculinistes, mais aussi d’autres femmes féministes qui jouissent déjà des plateformes d’expression et qui accusent cet espace d’être « âgiste » et discriminatoire quant à leurs pratiques. À la suite de la publication d’un dessin de l’artiste Maude Bergeron (Les folies passagères) qui illustrait du sang menstruel s’écoulant naturellement d’un vagin, le compte Facebook de JSF est devenu la cible de dénonciations organisées, qui s’additionnent à d’autres déjà accumulées par les masculinistes au fil du temps. La représentation des saignements utérins a fait déborder le verre de l’antiféminisme rampant qui prédomine dans le Web et JSF a décidé de suspendre temporairement ses activités dans les réseaux sociaux, en attendant que la situation se rétablisse. Cela n’a fait que confirmer à l’équipe sa raison d’être. C’est alors que Marianne Prairie, membre cofondatrice et chroniqueuse, ainsi que Caroline Roy-Blais, membre de JSF, modératrice, recherchiste et chroniqueuse, ont fait preuve d’une grande résilience féministe et ont refait surface avec Je suis féministe, le livre

Appendices