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Comptes rendus

Roseanna Dufault et Celita Lamar (dir.), De l’invisible au visible : l’imaginaire de Jovette Marchessault, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2012, 287 p.[Record]

  • Ariane Gibeau

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  • Ariane Gibeau
    Université du Québec à Montréal

Il y avait injustice. Jovette Marchessault, figure centrale de la littérature et de la dramaturgie québécoises au féminin, artiste visuelle et sculpteure, actrice et témoin privilégiée de la révolution féministe au Québec, avait jusqu’ici fait l’objet d’un très petit nombre d’écrits : un numéro de la revue Voix et images en 1991, quelques mémoires, articles et chapitres de livre, des comptes rendus tantôt chaleureux, tantôt irrités. L’écriture marchessaultienne, difficile et exigeante, s’est heurtée au silence, voire à l’incompréhension : sitôt quelques mots rageurs publiés, des critiques hypersensibles ont notamment dénoncé sa « misandrie aiguë » (Cossette 1980-1981 : 20). Ce qui frappe à la lecture des différents textes composant De l’invisible au visible, c’est la volonté de combler cette absence de réception. Ouvrage hybride, proposant des articles universitaires, des témoignages, des rééditions de textes critiques, des photos, une bibliographie exhaustive et deux derniers textes inédits de l’auteure (décédée en décembre 2012), De l’invisible au visible constitue d’abord et avant tout un hommage collectif : il cherche à tracer un portrait positif de la créatrice et à préfigurer un renouveau critique. Menées par la certitude que l’oeuvre de Marchessault sera un jour reconnue à sa pleine valeur (« je pense qu’elle va être redécouverte, c’est sûrement pour bientôt » (p. 54); « [l]es années à venir nous fourniront sans doute une nouvelle perspective de la place qu’elle occupe parmi les femmes qui créent notre dramaturgie et de son apport au sein de notre univers théâtral » (p. 272)), les différentes collaboratrices se font un devoir d’encenser, de mesurer l’héritage. La première des trois sections du livre se compose de témoignages de collègues et d’amies, ainsi que de la réédition de « Jovette Marchessault ou la quête extatique de la nouvelle chamane féministe », texte fondateur de la première commentatrice de Marchessault, Gloria Orenstein. Ces témoignages rassemblés donnent à lire tout l’impact de Marchessault sur le monde littéraire, théâtral et artistique québécois : artiste inclassable, à l’écriture « aussi rageuse qu’éclairante » (p. 30), « phare qui a résisté aux assauts de la mode, de la consommation immédiate, de la performance, et du bruit » (p. 37). Au-delà du récit complaisant ou de l’anecdote, ils ont le mérite de bien circonscrire la démarche créatrice de Marchessault et de révéler sa rigueur, sa complexité. Apparaît tout particulièrement intéressant le récit de Pol Pelletier, qui relate la fébrile mise en scène des Vaches de nuit le 8 mars 1979, à l’occasion du spectacle Célébrations. Texte « somptueux », porteur des « archétypes de notre peuple » (p. 44), Les Vaches de nuit mènera Marchessault, jusque-là romancière, à l’écriture dramaturgique. À la fois journal de création et brève chronique de l’exaltante époque du mouvement des femmes, l’hommage passionné de Pelletier revient sur une rencontre professionnelle marquante : alors que Marchessault signera plusieurs pièces de théâtre à partir des années 80, Pelletier s’inspirera de sa lecture des Vaches de nuit pour mettre au point une nouvelle méthode théâtrale, la « Méthode Dojo pour acteur (e) s ». La deuxième section, consacrée aux romans de Marchessault, est constituée de textes universitaires. Sont passés en revue les grands thèmes développés dans la trilogie romanesque Comme une enfant de la terre et dans Triptyque lesbien, de même que dans certaines pièces, dont LaSaga des poules mouillées. La maternité, la filiation et les relations entre femmes sont évidemment au coeur des réflexions. L’intérêt de l’oeuvre de Marchessault, disent les collaboratrices, réside en effet dans la création d’un espace narratif positif, où le féminin est valorisé et où les femmes vivent entre elles en …

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