Abstracts
Résumé
La subjectivité aux débuts des temps modernes demeure un thème d'un grand intérêt. Toutefois, les « poèmes au miroir » de Cavalier, caractérisés par l'inversion étrange qu'il fait subir à la logique usuelle de la louange propre au lyrisme amoureux, ont été particulièrement négligés. Cet article examine donc la façon de réagir qu'ont les poètes face au spectacle d'une femme absorbée par son miroir. Les récits d'Ovide au sujet de Echo et Narcisse servent d'assise à cet examen des anxiétés de nature sexuelle et à leur évocation du masochisme ironique de Marvell. Les amoureux masculins du milieu du XVIIe siècle tendent dans les « poèmes au miroir » à perdre leur identité en échange de qualités féminines apparentées à l'affliction. De superbes et froides maîtresses deviennent simultanément des Narcisses (présentées comme vaniteuses et ridicules par Ovide) ainsi que leur dur reflet sur la surface du miroir. À une époque où la cour devait renvoyer l'image du monarque, l'exploration que ces poèmes offrent de la stérilité de ce procédé comporte à la fois des sous-entendus politiques, et une retraite non seulement en campagne - comme Cavalier l'a fait, mais également dans les plaisirs du texte.
