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Lectures critiques

Le discernement au coeur du monachisme primitif : note sur une « étude conceptuelle » de Fabrizio VecoliLe doute du moine. Aux origines du discernement spirituel, Peeters, Leuven, 2024, 190 p., ISBN 9789042950078[Record]

  • Lorenzo Perrone

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  • Lorenzo Perrone
    Université de Bologne, Professeur émérite d’Ancienne Littérature Chrétienne

Fabrizio Vecoli, poursuivant ses recherches déjà vastes et approfondies autour du monachisme primitif, en particulier égyptien, consacre son nouveau livre à un aspect dont il s’efforce de mettre en lumière le relief tout à fait central pour l’existence monastique : le discernement spirituel auquel le « doute du moine » doit conduire. Selon la définition même de l’Auteur, il s’agit d’une « étude conceptuelle » (p. 3, 9) et, à ce titre, elle est soutenue par un vif intérêt théorique visant à dégager les traits constitutifs et les enjeux doctrinaux que la pratique du discernement comporte non seulement au niveau de l’ascèse monastique mais plus radicalement pour l’image de l’homme dans le monde et son rapport avec Dieu. Au service du pari spéculatif qu’il engage en ce sens, Vecoli a recours, entre autres choses, à une langue recherchée et élégante, s’il est permis à un non-francophone d’exprimer une pareille impression. Si l’itinéraire, à travers lequel il emmène son lecteur, demande un parcours difficile et parfois subtil, il nous propose également une lecture touffue et exigeante de par la richesse de sa documentation dans l’apparat des notes : les sources y sont souvent citées grâce à de longs extraits et la bibliographie secondaire intervient abondamment à l’appui de l’analyse. Il faut être gré à l’Auteur à cet égard, car il ne s’est pas épargné beaucoup d’études sur son sujet, au point qu’il serait difficile de trouver des lacunes bibliographiques (sinon, peut-être, pour l’« école » monastique de Gaza). Ce qui plus est, cette « étude conceptuelle » développe une argumentation logique et cohérente, un discours – pour le dire avec Ricoeur – qui « donne à penser ». Pour ce faire autant que le livre l’exige, il faudrait une disposition philosophique moins superficielle que la mienne. Je me limiterai par conséquent à des remarques qui reflètent plutôt mes intérêts de nature historico-littéraire. Elles voudraient au moins aider à saisir certains des problèmes auxquels l’Auteur a dû faire face et à évaluer, si possible, le mérite des réponses qu’il apporte. L’une des « Questions préliminaires », qui constituent le thème du premier chapitre, consiste dans la définition de l’objet de l’enquête. Afin de mieux préciser la notion de « discernement », Vecoli s’appuie sur un critère terminologique : c’est-à-dire, il en appelle au terme grec διάκρισις (dont l’équivalent latin est souvent discretio). Son choix est dicté non seulement par le fait que les sources de la première littérature monastique qu’il exploite sont pour la plupart en grec, mais aussi en raison de la signification tendanciellement technique que le mot acquiert dans ces écrits. L’indice linguistique renvoie ainsi à un jugement historiographique important, selon lequel « la littérature monastique du IVe siècle atteste un remodelage majeur du concept de discernement par rapport à ses origines néotestamentaires », car « les moines ont resémantisé le mot en le liant à un univers conceptuel sophistiqué et, ce faisant, ils lui ont donné un élan qui aujourd’hui ne s’est toujours pas épuisé » (p. 8). Avant d’examiner une pareille transformation du « discernement », on pourrait demander : dans quelle mesure faut-il s’en tenir au critère terminologique invoqué, et donc ne pas prendre en considération la chose sans le mot ? En fait, les équivalents de διάκρισις, en tant que « pratique concrète » aussi bien que « réflexion sur les fondements et les modalités de celle-ci » (p. 12) ne manquent pas et l’Auteur en est lui-même conscient. Par exemple, il reconnaît que la chose existe non seulement dans le Pasteur d’Hermas – « qui n’utilise pas le mot », mais « offre …

Appendices