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Lu pour vous

Garneau, S. (2022). Migration et classement social. Enquête auprès de migrants marocains au Québec. Presses de l’Université de Montréal. 258 pages[Record]

  • Yacout El Abboubi

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  • Yacout El Abboubi
    Diplômée du baccalauréat spécialisé en travail social, Université d’Ottawa

Dans son ouvrage intitulé Migrationetclassementsocial.Enquêteauprèsdemigrants marocainsauQuébec, la sociologue Stéphanie Garneau a combiné deux sujets qu’elle avait préalablement étudiés séparément dans deux enquêtes effectuées au Maroc et au Québec : les migrations pour études et les migrations de travail qualifié. Quantité de recherches sociologiques ont étudié la migration dans une perspective de profitabilité économique en s’intéressant peu au contexte de départ. Dans l’optique de « réhumaniser » les migrant(e)s, surtout dans une société fortement stratifiée comme le Maroc où les normes de réussite sont imprégnées dans le processus de socialisation des migrant(e)s, et selon une approche microsociologique, la chercheuse tente de « déséconomiciser » la sociologie des migrations. Elle étudie donc la migration comme une construction en acte, et se concentre sur la trajectoire sociale des migrant(e)s, dans une perspective continue des biographies. En étudiant le sens de l’articulation entre « formation, travail et migration » (p.19), elle tente de comprendre comment la migration constitue une stratégie de « positionnement » et de « repositionnement » social, inscrite dans la profonde volonté de réussite sociale des migrant(e)s. Pour apporter des éléments de réponse à cette problématique, la chercheuse a interviewé 39 personnes sélectionnées selon les trois critères d’inclusion suivants : 1 - être marocain(e) scolarisé(e) au Maroc et ayant immigré au Québec; 2- avoir obtenu, durant le parcours migratoire, un diplôme d’enseignement supérieur québécois; 3- avoir un emploi ou être à la recherche d’un emploi dans un des deux pays. Les entretiens se sont déroulés dans des endroits conviviaux, parfois même intimes, ce qui a favorisé le partage. Le type d’entretien choisi, l’entretien ethnographique, a aussi permis de collecter quelques éléments par l’observation situationnelle. Si ces récits sont au centre de l’ouvrage, l’analyse a aussi été complétée par divers documents et statistiques ainsi que par les données recueillies par l’entremise d’un questionnaire ethnographique développé par la chercheuse. L’ouvrage est structuré en huit chapitres regroupés en trois parties. La première partie, intitulée « Conditions de possibilité de la migration », composée de trois chapitres, débute par une citation de l’auteur marocain Driss Chraïbi, laquelle relate la nécessité ressentie par nombre de jeunes marocain(e)s d’aller chercher des diplômes afin d’améliorer leur position sociale. Dans le premier chapitre, Garneau construit des « statistiques ethnographiques » (p.29) dans une approche inductive. En partant de la perspective singulière des migrant(e)s, elle fait ressortir une dynamique migratoire dans le but de mieux comprendre le fonctionnement de la société marocaine. Après un survol historique du développement économique et éducationnel au Maroc et de la dynamique internationale des politiques migratoires, la chercheuse tente de construire une configuration des classes en prenant en compte plusieurs propriétés sociales des migrant(e)s interviewé(e)s. Elle privilégie une perspective sociologique de compréhension et d’interprétation des résultats qui s’éloigne d’une catégorisation traditionnelle des classes sociales, ce qui lui permet de définir une nomenclature des classes sociales plus représentative qui vient éclairer les pratiques et comportements tout au long du parcours migratoire de chacun(e). Dans le deuxième chapitre, la chercheuse défend l’idée que peu importe leur position sociale dans la société d’origine, les participant(e)s choisissent de migrer au Québec lorsqu’ils voient leurs efforts de classement social entravés, dans un contexte marocain où le système d’enseignement supérieur présente des traits dysfonctionnels et où la conception sociale commune dicte que la réussite sociale passe inévitablement par des études supérieures distinctives. On y détecte les catégories sociales modestes et en cours de moyennisation qui ont pu obtenir un diplôme au Maroc, mais qui, à la sortie du système éducatif, ont vu …