Dans l’organigramme gouvernemental, l’économie sociale est enfin à sa place : celle d’une économie à part entière. De délégation interministérielle en secrétariat d’Etat , ballottée entre le Plan, le Premier ministre, les Affaires sociales, etc., avant de pratiquement disparaître dans le précédent gouvernement, l’économie sociale n’a qu’à de rares et brèves occasions été considérée pour ce qu’elle est depuis 1981 : d’abord un secteur économique. Son tort était sans doute de reposer sur des valeurs et de mettre en oeuvre des pratiques différentes, voire antagonistes, de celles du modèle dominant : l’économie capitaliste. Faute d’accepter ou de savoir lui reconnaître sa différence, les gouvernements préféraient jusqu’ici, à des degrés variables, ne retenir d’elle que sa capacité, par ailleurs réelle, voire supérieure, à créer des emplois durables et à contribuer à la cohésion sociale. Ce parti pris était d’autant plus affirmé dans les périodes où la situation de l’emploi se détériorait et où les tensions sociales s’exacerbaient. On l’instrumentalisait. Dans les périodes plus fastes, on l’ignorait, lorsqu’on ne la brocardait pas. L’actuel positionnement de l’économie sociale, désormais servie par un ministre délégué à l’Economie, aux Finances et au Commerce extérieur, chargé de l’Economie sociale et solidaire, l’affranchit de ce rôle, jusqu’à présent conféré, de Croix-Rouge de l’économie en crise . C’est ce qu’a indiqué le ministre, Benoît Hamon, lors de la passation de pouvoirs : « C’est la volonté aussi du président de la République et du Premier ministre de dire qu’il n’y a pas qu’un seul modèle économique, qui est le modèle d’entreprise classique tel qu’on le connaît, et c’est une forte volonté politique que de rattacher ce ministère à Bercy », car « on ne crée pas seulement de la richesse à travers le modèle économique classique ». Entreprendre autrement, collectivement, démocratiquement, proscrire l’appropriation individuelle des profits, tendre simultanément à l’excellence économique et à l’excellence sociale, en un mot mettre l’économie au service du plus grand nombre, c’est la mission qu’inlassablement les acteurs de l’économie sociale n’ont cessé de remplir à travers les coopératives, les mutuelles et les associations. L’utilité de leur rôle est enfin reconnu et encouragé. L’engagement avait été pris pendant la campagne pour l’élection présidentielle. Il a été tenu. Le Réseau Grand Ouest de recherche en économie sociale et solidaire (RgoRESS) été créé en 2004 par Henry Noguès, professeur à l’université de Nantes. Il visait alors à renforcer la coopération entre les chercheurs des Pays de la Loire et entre chercheurs et acteurs. Ce réseau devait permettre de croiser les approches disciplinaires et sectorielles, la recherche théorique et la connaissance empirique, afin de pouvoir répondre à des appels à projets, régionaux ou nationaux, sur les thématiques de l’ESS. En 2010, il a élargi ses frontières aux chercheurs inscrits dans l’annuaire des chercheurs en ESS sur le Grand Ouest , incluant les Pays de la Loire, la Bretagne et le Poitou-Charentes. Une réflexion commune a été engagée sur l’évolution de l’offre de formation dans le cadre des plans quadriennaux. Au cours de la journée d’étude du RgoRESS qui s’est tenue à Angers le 25 mai 2012, a été évoqué le déficit d’audience dont souffre l’ESS dans les milieux académiques en France. Alors que nul ne doute de la pertinence et du potentiel dynamique de la démarche interdisciplinaire d’un point de vue heuristique, l’obligation de passer sous les fourches caudines de commissions disciplinaires très cloisonnées pour obtenir une reconnaissance académique n’a aucun sens… particulièrement pour l’ESS, qui, de ce fait, reste un objet insuffisamment identifié. Deux tables rondes ont réuni chercheurs et praticiens du Grand Ouest autour des thèmes « Innover et entreprendre en ESS » …
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Marcel Caballero
Ciriec-FrancePatricia Toucas-Truyen
