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Entretiens sociologiques

Entretien avec Francine Descarries[Record]

  • Lucie Pelletier-Landry

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Francine Descarries est professeure émérite au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Elle est membre-fondatrice de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM et du Réseau québécois en études féministes. Ses travaux portent sur les théories féministes, le mouvement des femmes québécois et diverses questions touchant la famille, le travail des femmes, la sexuation de l’espace public, les stéréotypes sexuels et la reproduction des rapports sociaux de sexe.

Note des autrices

Nous remercions Jessie Grégoire pour la retranscription de l’entretien qui s’est déroulé le 19 janvier 2019 dans les studios d’enregistrement du service de l’audiovisuel de l’UQAM.

Née en 1942, Francine Descarries est une sociologue québécoise et une pionnière des études féministes au Québec. Ayant participé à la fondation de l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) en 1990 et du Réseau québécois en études féministes (RéQEF) en 2011, Descarries est reconnue pour ses travaux portant sur la maternité, l’articulation travail-famille et les courants féministes contemporains. Professeure retraitée du Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis septembre 2022, elle est entre autres l’auteure de L’école rose… et les cols roses : reproduction de la division sociale des sexes (1980) et coauteure du Mouvement des femmes et ses courants de pensée : essai de typologie (1988) avec Shirley Roy. J’avais deux frères aînés. Michel, de 12 ans plus âgé que moi, que j’adorais. Il a été une figure paternelle dans mon cheminement. Le second, Laurent, avait trois ans de plus que moi. Il a été mon compagnon de jeunesse puisque nous avons passé, pendant 15 ans, nos étés ensemble à la campagne et que notre maison était très isolée. Mon père était un pianiste et un compositeur. Un musicien, comme je dis toujours, d’avant la Révolution tranquille. Un musicien, donc, qui devait trimer très dur pour gagner sa vie, mais qui a quand même assez bien réussi. Il avait une excellente réputation, bien que le Québec de l’époque fût un milieu qui laissait peu de place aux arts. Et même si vous étiez un prix d’Europe et un professeur réputé, votre possibilité de gagner votre vie et de rayonner comme musicien était mince. Plusieurs musiciens de sa génération ont dû exercer un autre métier pour subvenir aux besoins de leur famille. Le chef d’orchestre Jean Deslauriers, par exemple, a été vendeur d’automobiles pendant un certain temps. Il fallait vraiment être très attaché à son art, comme l’était mon père, pour survivre dans ce contexte-là. Ma mère a été la véritable collaboratrice de son mari. Elle a tenu à bout de bras les différentes initiatives mises en place pour soutenir l’école de piano de mon père. Pendant plus de dix ans, elle s’est occupée de L’entraide des élèves Auguste Descarries, qui organisait, à chaque année, sept ou huit concerts pour donner aux élèves de mon père une chance de se produire en public. Mes années de scolarité se sont bien passées pour l’essentiel. J’ai été externe quelques années à l’Académie Bonsecours, qui était à trois maisons de chez moi, et pensionnaire pendant sept ans dans trois institutions différentes. Il était assez normal, à l’époque, d’envoyer ses enfants au pensionnat, supposément pour leur donner une meilleure éducation. Cela a toutefois comme effet de vous couper, pendant de nombreux mois, de votre famille. Et donc, si vous me demandez quelle était la vie quotidienne de ma famille, bien, je vous dirais que pendant sept de mes onze années de scolarité, je n’étais pas tellement partie prenante de cette vie-là, sauf l’été, où, là, je retrouvais mon père et ma mère à la campagne, et où, essentiellement, je jouais avec mon frère Laurent. J’ai eu une enfance dans une famille plutôt dysfonctionnelle, mais une enfance où j’ai eu beaucoup d’amies. Je me suis relativement bien amusée, mais j’ai détesté chaque jour que j’ai passé au pensionnat. Il est assez évident que mes parents n’ont pas eu la vie dont ils auraient rêvé… En fait, disons… je vais me corriger. Outre l’insécurité économique, qui a lourdement entaché leur existence commune, c’est surtout ma mère qui n’a pas eu la vie à laquelle elle s’attendait. En 1917, au moment du débat sur la conscription au Parlement canadien, à l’encontre de …

Appendices