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Recensions

Le noeud démocratique. Aux origines de la crise néolibérale de Marcel Gauchet, Paris, Gallimard, 2024, 250 p.[Record]

  • Samuel de Brouwer

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  • Samuel de Brouwer
    Doctorant en science politique, Université York, Toronto
    sdebrouw@yorku.ca

Alors que le sentiment de la « crise » est une fois de plus exacerbé par la situation géopolitique mondiale, Le noeud démocratique de Marcel Gauchet offre une analyse précieuse de la dynamique démocratique et de la présente crise sous sa forme néolibérale. Cet ouvrage démontre une fois de plus la capacité du philosophe français à offrir un remarquable travail d’intelligibilité de phénomènes fort complexes à partir d’une perspective purement politique. S’il recèle de puissantes intuitions sur le cours et les travers de la démocratie moderne, l’ouvrage n’échappe pas pour autant à certaines des limites de l’oeuvre gauchetienne. Nous y reviendrons. Cette plus récente contribution prolonge la grande thèse qui traverse toute l’entreprise intellectuelle de Gauchet, des débuts avec Le désenchantement du monde (Gallimard 1985) jusqu’au quatrième volume de L’avènement de la démocratie (Gallimard 2017) : la démocratie moderne annoncerait la fin du processus politique de « sortie de la religion ». Selon cette perspective hautement spéculative, l’histoire de l’humanité serait marquée par un passage progressif des sociétés hétéronomes, ou religieuses, vers les sociétés autonomes, ou démocratiques. Dans les sociétés hétéronomes, l’ordre politique s’appuyait sur une source extérieure à la volonté humaine, qu’elle fût religieuse, mythique ou traditionnelle. À l’inverse, les sociétés autonomes se définissent par leur capacité à se donner elles-mêmes leurs propres lois sans fondement autre que l’élément humain. Ainsi, nous vivrions désormais dans le régime de l’autonomie démocratique, mais celui-ci, loin d’avoir atteint un équilibre stable, semble aujourd’hui en proie à ses propres tensions. C’est précisément à l’analyse de ces troubles que s’attelle Gauchet dans Le noeud démocratique. Il y défend la thèse que la crise actuelle de la démocratie, qui est également celle du néolibéralisme, résulte d’une « décantation du mode de structuration autonome ». Avant d’en examiner les implications, il convient d’en préciser les termes. Le mode de structuration autonome, qui s’est historiquement substitué à l’ancrage hétéronome des sociétés religieuses, repose sur trois éléments médiateurs constitutifs : le politique, le droit et l’histoire. La décantation, quant à elle, désigne le processus par lequel ces trois éléments médiateurs, tout en demeurant actifs, ont subi des mutations profondes qui en altèrent la cohérence et affaiblissent leur capacité à structurer l’être-ensemble. Ce phénomène marque, selon Gauchet, l’achèvement silencieux mais décisif de la sortie du mode de structuration hétéronome : les sociétés modernes, désormais pleinement autonomes, ne peuvent plus compter que sur elles-mêmes pour se produire symboliquement. Or, la présente crise résulte d’un déséquilibre dans l’agencement de ces éléments médiateurs. Ce dérèglement se manifeste avant tout par la réduction de la démocratie à une logique juridique, le néolibéralisme ayant imposé une conception où le droit, érigé en garant exclusif de la liberté individuelle, relègue le politique à une fonction purement gestionnaire. En marginalisant la dimension conflictuelle et collective de l’être-ensemble, cette configuration a fragilisé la capacité des sociétés à se représenter comme sujet politique. C’est dans ce contexte que le populisme émerge, en puisant dans les ressources de l’élément politique pour réaffirmer la souveraineté populaire et la centralité du collectif. La crise démocratique contemporaine apparaît ainsi comme le produit d’une tension interne au sein du mode de structuration autonome, entre une survalorisation du droit et une réactivation excessive du politique. Afin d’étayer cette thèse, Gauchet articule son analyse autour d’un triple mouvement : d’abord, un retour sur la genèse historique de l’autonomie moderne, pour en dégager les fondements ; ensuite, une exploration des transformations récentes des éléments médiateurs de l’autonomie, qui révèlent ses fragilités actuelles ; enfin, une mise en lumière des contradictions internes que ces mutations font surgir au coeur même des démocraties contemporaines. Cette lecture de …

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