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Suivre les pistes de Jacques Leplat, le défricheur

J. Leplat, l’ouverture et la force d’esprit[Record]

  • Yves Clot

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  • Yves Clot
    Professeur émérite de psychologie du travail au CNAM, chercheur au Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD)

Le travail critique sur le concept d’activité apparaît comme un passage obligé quand on repense au leg de J. Leplat. Ce concept n’a cessé de faire débat, une fois établi que l’activité se distingue de la tâche et sachant que le fossé doit toujours être comblé entre la prescription que cette tâche organise et l’activité qui dépend de situations de travail toujours singulières. Il y a les attendus de la tâche et les inattendus de l’activité réelle. La tâche est ce qui est à faire, l’activité ce qui se fait, a-t-on pris l’habitude de dire. Parfois, encore plus radicalement, on avance encore que la tâche décrit le pourquoi et l’activité le comment. Longtemps a justement fait référence un article de Leplat et Hoc : l’activité, jamais spontanée, est toujours « déclenchée et guidée par la tâche », et même si « l’activité débordera toujours les modèles qui en sont donnés » par la tâche, elle reste « ce qui est mis en jeu par le sujet pour exécuter ces prescriptions, pour remplir ces obligations ». Ainsi l’activité était elle définie par rapport à la tâche qui la « déclenche », cette tâche devenant, par contrecoup, la référence adéquate pour caractériser la situation tout entière. On voit le peu de cas qui était fait dans ce cadre à la subjectivité dans l’activité des travailleurs. Et on comprend que cette conceptualisation encore dominante au début des années 2000 dans la psychologie ergonomique ait dû se mesurer aux épreuves sociales vécues dans le monde du travail et rapatriées dans le champ scientifique par les cliniques du travail. La proposition avait alors été faite de définir l’activité par les opérations réellement mises en jeu à chaque instant par le travailleur pour atteindre ses objectifs, sous les contraintes du contexte. L’activité devenait ainsi l’intention présente de l’opérateur protégée contre les autres intentions compétitives. Mais il restait un problème : ce conflit d’intentions fait justement partie de l’activité. Il engage des sujets et pas seulement des opérateurs. Et parfois dans des conflits subjectifs sans issue. En fait, au cours de ces années, c’est sans doute J. Leplat qui est justement allé le plus loin dans la direction d’un renouveau de la psychologie ergonomique, car l’agent, pour lui, ne fait plus seulement que réaliser la tâche prescrite, mais il vise aussi, par cette réalisation, des buts personnels et collectifs. La tâche devient ici également un moyen au service de l’activité propre des sujets, individuelle et collective. On peut, bien sûr, aller plus loin jusqu’à rapprocher activité et santé. G. Canguilhem évoquait ce texte d’A. Artaud à propos de cette dernière, consistant à « se sentir à l’origine des phénomènes, tout au moins d’un certain nombre d’entre eux. Sans puissance d’expansion, sans une certaine domination sur les choses, la vie est indéfendable ». Dans cette perspective, l’activité devient, dans la réalisation effective de la tâche – par elle, mais aussi parfois contre elle –, production d’un monde d’objets matériels ou symboliques et de rapports humains, ou plus exactement recréation d’un monde. L’activité pratique d’un sujet n’est jamais seulement un effet des conditions externes ni même la réponse – fusse-t-elle mentale – aux obligations de la tâche. L’activité, pratique et psychique, est toujours le siège d’investissements vitaux : elle transforme les objets du monde en moyen de vivre ou échoue à le faire. Elle n’est pas déterminée mécaniquement par son contexte, mais le métamorphose. Elle affranchit le sujet – en risquant toujours l’échec – des dépendances de la situation concrète et se subordonne le contexte en question, à moins d’en être empêchée. C’est bien sûr souvent le cas et …

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