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Pistes à suivre

Le travail à vif. Souffrances professionnelles, consulter pour quoi ? Thomas PérilleuxPérilleux, T. (2023). Le travail à vif. Souffrances professionnelles, consulter pour quoi ? Érès, Collection « Clinique du travail »[Record]

  • Simon Viviers

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  • Simon Viviers
    Professeur au Département des fondements et pratiques en éducation, Université Laval ; simon.viviers@fse.ulaval.ca

Thomas Périlleux est sociologue et clinicien du travail, professeur à l’Université Catholique de Louvain. Il est auteur de nombreux ouvrages sur la mise à l’épreuve de la subjectivité dans le travail à l’aune des nouvelles formes d’organisation du travail. Ses écrits portent plus spécifiquement, depuis une quinzaine d’années, sur les ressources et les exigences d’un travail clinique articulé à une perspective émancipatrice et critique du travail. Après plusieurs réflexions théoriques sur la question, l’auteur nous ouvre, avec cet ouvrage, les portes des consultations dans lesquelles il est engagé depuis plusieurs années afin que nous réfléchissions avec lui sur la manière dont peut se déployer un travail de relation d’aide « au singulier », qui ferait contrepoids aux approches psychologisantes et adaptatives hégémoniques, et qui se situerait plutôt aux frontières entre écoute thérapeutique et engagement politique. Pourquoi, en tant que sociologue, écrire un ouvrage qui décrit sa pratique clinique? Ancré dans une éthique du témoignage, l’ouvrage découle d’abord d’un désir de l’auteur de rendre compte de ce qu’il a entendu dans ses années de travail de relation d’aide à la clinique de Liège : « Les colères et les interpellations que des travailleurs m’ont adressées ne doivent pas rester dans le huis clos de la consultation. » (p.18) L’auteur souhaite affecter les lecteurs pour qu’ils deviennent ainsi témoins, avec lui, de ces drames humains dont les sources sont éminemment politiques et révèlent des pathologies sociales. Mais l’ouvrage s’inscrit aussi dans une éthique de la transmission en s’adressant à celles et ceux qui tentent d’aider les travailleurs en souffrance pour les faire entrer dans la « cuisine » et transmettre quelque chose de la passion pour cette clinique qui l’anime, cette clinique singulière qui « marche sur deux jambes », celle de l’éthique de la parole et celle de la politique de résistance. L’ouvrage se structure en trois parties. Les trois premiers chapitres sont des analyses de cas qui présentent, à travers l’histoire personnelle de trois travailleurs et travailleuses, l’histoire générique de milliers d’entre nous, aux prises avec ces trois affects qui marquent trop souvent l’expérience du travail contemporain : l’Épuisement, l’Impuissance et la Honte. Les quatre chapitres suivants abordent quatre thèmes traversant les histoires de celles et ceux qui consultent en clinique du travail, à savoir l’injonction au mauvais travail, l’expérience du mépris, les violences sournoises et la chape de plomb du silence. Enfin, l’auteur se sert des deux derniers chapitres pour exposer ses options théoriques de fond sur la question du travail et de la clinique. La première partie de l’ouvrage fait place aux histoires de Roland, technicien informatique d’une grande banque (chap. 1), de Virginie, intervenante dans une institution responsable d’adolescents (chap. 2), et d’Olivier, mécanicien dans une entreprise familiale (chap. 3). L’histoire de Roland ouvre la voie à Thomas Périlleux pour analyser la complexité de ce qui est souvent appelé burnout, ce processus parfois long au sein duquel s’alimentent fragilité psychique et problèmes d’organisation du travail – selon un raisonnement conjonctif et non disjonctif, insiste l’auteur. La violence d’une organisation du travail « paradoxante » déchire le travailleur de l’intérieur, entre contrainte et devoir : « L’impératif d’en faire plus alimente un besoin compulsif de performance, mais il s’associe à la recommandation de ne pas prendre son travail trop à cœur. » (p. 47) S’il prend clairement « position » sur certains enjeux, le rôle du clinicien n’est pas de raccommoder la déchirure, mais d’ouvrir la parole au conflit étouffé en soi, nous dit Thomas Périlleux. Détricoter la construction des « fortifications » défensives nécessite un travail clinique qui résiste à l’envie d’étouffer la colère et l’angoisse …